2001-2008, L’HEURE DU BILAN : GEORGE W. BUSH, MEILLEUR ALLIÉ OBJECTIF D’AL QAIDA

Publié le par Anomalie

On s’en doutait un peu, mais on avait sous-estimé l’ampleur du désastre. Après huit années à la tête des Etats-Unis, George W. Bush laisse un bilan désastreux en matière de guerre contre le terrorisme. Influencé par les néoconservateurs, George W. Bush, piètre homme politique, malléable et falot, n’a pas été en mesure de contrer la transformation de la « War on Terror » en une croisade idéologique pour « l’hégémonie américaine bienveillante ». Le 11 septembre 2001, « nous étions tous américains ». Le 11 septembre 2008, l’antiaméricanisme dans le monde a atteint des sommets jamais égalés. Le 11 septembre 2001, il a été décidé d’abattre le sanctuaire terroriste de l’Emirat Islamique d’Afghanistan. Le 11 septembre 2008, Al Qaida menace non seulement l’Afghanistan, mais a reconquis le terrain en Algérie, au Yémen, dans le Sahara, et surtout, lance désormais ses combattants à l’assaut de la seule puissance nucléaire du monde islamique, le Pakistan. Pourquoi un tel fiasco ? Le point nodal de cette catastrophe, c’est l’invasion américaine de l’Irak. Le cynisme des néoconservateurs était tel qu’ils n’ont jamais caché leur dessein ; que ce soit au travers des déclarations du Projet pour un Nouveau Siècle Américain, ou des conclusions du document « Clear Break », ou encore des multiples travaux des lobbyistes auprès de la Maison-Blanche et d’hommes politiques républicains et démocrates, ils ont annoncé la couleur. Un « nouveau Pearl Harbor » constituerait une divine surprise permettant de vendre à l’opinion leur projet de transformation du Moyen-Orient, dont la première étape doit être un changement de régime en Irak. Le 11 Septembre a fourni ces conditions inespérées : sans même attendre cinq jours, les néoconservateurs, par la voix de Donald Rumsfeld, préparaient la Propagandastaffel pour lier Saddam Hussein aux attentats. En faisant passer obsessionnellement leurs chimères idéologiques de recomposition du Grand Moyen-Orient avant toute anticipation des conséquences de leurs actes, ils ont ainsi dilapidé le capital sympathie colossal dont jouissait l’Amérique après les attentats, ils ont jeté des centaines de milliers de musulmans dans les bras de l’islamisme et du djihadisme, ils ont soudé les masses arabo-musulmanes autour de la haine du « Grand Satan », ils ont favorisé l’éclosion de pépinières du terrorisme. On ne pouvait imaginer désaveu plus cinglant pour les options stratégiques défendues par les inspirateurs de ce naufrage intellectuel et politique.


Huit années de présidence Bush jettent enfin une lumière crue sur ce dont les spécialistes les plus aguerris n’avaient cessé de mettre en garde :
les néoconservateurs sont les meilleurs alliés objectifs d’Al Qaida et du terrorisme islamiste. On appelle cela des idiots utiles, des idéologues irréfléchis, pétris de clichés simplistes et d’images d’Epinal théoriques, dont l’action empreinte de naïveté, d’ignorance et de platitudes rhétoriques, concourt à renforcer l’ennemi qu’ils prétendent combattreD’autres, plus minoritaires, poussent sciemment à la stratégie du chaos pour justifier a posteriori une guerre pour la civilisation, dont le point d’orgue doit être une lutte à mort contre l’Islam. Appuyés par les fondamentalistes néo-chrétiens, ils entendent mener la croisade à l’extérieur, en vertu de la supériorité de la civilisation judéo-chrétienne, et imposer, à l’intérieur, une contre-révolution moraliste fondée sur les principes religieux.



Tour d’horizon planétaire des conséquences tragiques de l’action de ces idéologues.



Avant tout, prenons quelques minutes pour rappeler les
objectifs de la « guerre contre le terrorisme », tels qu’ils ressortaient des proclamations même de ses instigateurs. Premier volet : l’Afghanistan. Il s’agissait de localiser et de neutraliser Oussama ben Laden, de faire tomber le régime des talibans, et de priver ainsi Al Qaida de son sanctuaire. Résultat ? Oussama ben Laden court toujours. Les talibans, naguère haïs par des Afghans exténués, ont certes été chassés du pouvoir, mais ils se renforcent et capitalisent sur les conséquences désastreuses des « dommages collatéraux » sur une population civile qui constitue à nouveau un vivier de recrutement. Enfin, Al Qaida n’a jamais été aussi puissante dans la région depuis 2001. Échec total !
 




Deuxième volet : l’Irak. L’Irak « libérée » devait devenir un modèle démocratique pour la région duquel s’inspireraient les régimes voisins. Résultat ? Tout l’inverse ! En Iran, Mahmoud Ahmadinejad, représentant de l’aile la plus radicale du régime des Mollahs, est élu à la présidence du pays et s’approche de son objectif nucléaire. Au Liban, la catastrophique intervention israélienne de 2006 a conféré au Hezbollah une aura suffisante pour mener à bien son « coup d’Etat » institutionnel et s’imposer comme le pivot de la vie politique du pays. Dans la Bande de Gaza, le Hamas a éliminé l’Autorité Palestinienne pour ériger un Etat-confetti totalitaire, tandis que l’islamisation gagne la Cisjordanie. En Egypte, seules des fraudes électorales massives ont permis à Hosni Moubarak d’éviter un raz-de-marée islamiste. Voilà ce que disait George W. Bush le 9 janvier 2007 dans son Adresse à la Nation : «  Nous n’avons pas droit à l’échec en Irak. Notre présence là-bas nous aidera à gagner dans le combat contre le terrorisme. Les conséquences d’un échec sont claires : le radicalisme islamique extrémiste grandirait, grandirait en force et gagnerait de nouvelles recrues. Ils seraient en meilleure position pour renverser des gouvernements modérés, créer le chaos dans la région, et utiliser les revenus pétroliers pour financer leurs ambitions. L’Iran serait encouragée à poursuivre sa recherche d’armes nucléaires. Nos ennemis auraient des bases sûres d’où ils pourraient planifier et lancer des attaques contre le peuple américain ». Le « combat contre le terrorisme » a été mené de la pire manière qui soit, comme le notaient les conclusions la Rand Corporation et les travaux du journaliste Bob Woodward. « Le radicalisme extrémiste grandirait » : sauf à vivre dans une grotte, on constate que c’est justement ce qui se passe dans toute la sphère d’influence de l’islam. « Nos ennemis auraient des bases sûres » : ils les ont justement parce que l’intervention en Irak l’a permis ! Cette base est désormais au Pakistan, dans les zones tribales, ainsi qu’au Sahara. 



Récapitulons : pendant que les Américains s’épuisaient à réparer les dégâts de leur invasion préparée par les néoconservateurs, Al Qaida recrutait tranquillement et se renforçait dans ses bastions originels. Fidèles à leur incomparable myopie stratégique, les neocons exultaient des coups « fatals » portés à Al Qaida en Irak, en essayant de faire oublier qu’ils ont eux-mêmes enfanté le chaos permettant à l’organisation d’Oussama Ben Laden de s’y implanter ! Ce que leurs œillères idéologiques leur interdisaient en revanche de comprendre, c’est qu’Al Qaida a progressivement engagé une démobilisation de ses combattants du terrain irakien pour les délocaliser sur les autres fronts du djihad. Les filiales algériennes, yéménites et afghanes de l’organisation terroriste ont ainsi reçu un afflux massif de moudjahiddin. En Afghanistan, cet afflux est tel que les talibans « locaux » sont désormais supplantés par les unités arabes (en grande partie irakiennes) du djihad déterritorialisé. Difficile de faire comprendre cela aux « intellectuels » du 
Weekly Standard dont la vision stratégique est à la complexité ce que le monde des Bisounours est au réalisme. Pourtant, ils ont été prévenus, et par des personnalités de leur propre camp, qui ont refusé de laisser leur lucidité se noyer dans l’aveuglement idéologique. Francis Fukuyama, pourtant néoconservateur, précisait le 25 juin 2007 que « la politique étrangère américaine se trouve aujourd’hui dans une situation critique. Nous avons réussi l’exploit de nous placer en opposition avec la presque totalité du monde. Loin d’avoir pu améliorer la situation en matière de terrorisme, nous l’avons même aggravée ». Daniel Pipes alertait déjà ses « amis néoconservateurs » en 2005 sur les conséquences de leur politique : « un retrait trop brusque des tyrannies ouvre la voie vers le pouvoir à des idéologues islamistes déchaînés ».


Le Figaro du 10 septembre 2008 rapporte [1] : « La majorité des insurgés qui ont tendu une embuscade aux soldats français le 18 août 2008 dans la vallée d’Uzbeen « n’étaient pas afghans », a récemment affirmé le secrétaire général de l’Elysée, Claude Guéant. D’où venaient-ils ? Surtout du Pakistan voisin. Mais aussi d’Irak, où les combattants islamistes arabes ont longtemps fait le coup de feu contre les troupes américaines. Tous les spécialistes le reconnaissent : derrière l’insurrection pachtoune qui veut chasser d’Afghanistan les troupes « d’occupation » étrangères se profile l’influence d’Al Qaida et de Ben Laden. « Al Qaida s’est reconstruit sur les ruines de l’après-11 Septembre en bénéficiant du soutien des zones tribales », explique Dominique Thomas [2], spécialiste des mouvements islamistes à l’École des hautes études en sciences sociales, l’EHESS. Une zone à cheval entre le Pakistan et l’Afghanistan, peuplée de Pachtounes, qui circulent librement d’un pays à l’autre sans tenir compte de la ligne Durand, l’immense frontière de 2 400 kilomètres tracée par l’empire britannique en 1893. En quelques années, les talibans et leurs complices étrangers d’Al Qaida, Libyens, Marocains, Yéménites, Égyptiens, se sont recréé un nouveau sanctuaire au Pakistan. Ce pays nucléaire et instable est devenu le principal lieu de passage des djihadistes du monde entier, qui y sont entraînés dans des camps militaires ».



« Transformées en une sorte de mini-Afghanistan où sont appliquées les normes talibanes (
comme en Afghanistan, les écoles sont brûlées, les femmes traquées, la loi coranique est devenue la seule norme en vigueur, ndlr), « les zones tribales pakistanaises sont le nouveau centre de gravité du terrorisme international, le nouveau quartier général d’Al Qaida et des talibans où sont préparées les opérations contre les Américains et les Occidentaux », explique Rohan Gunaratna, l’un des meilleurs spécialistes d’Al Qaida, expert dans un centre consacré au terrorisme international à Singapour [3]. Car la pieuvre, même si elle s’est tapie dans l’ombre, reste prête à bondir. Au Pakistan, donc. En Irak, où l’organisation demeure « dangereuse », de l’avis même du général Petraeus. Au Yémen, la patrie de Ben Laden, où les islamistes reprennent du poil de la bête (sous le nom « d’Al Qaida dans le sud de la Péninsule arabique – Brigades des soldats du Yémen », ndlr). Au Maghreb, où les candidats pour la guerre en Afghanistan sont de plus en plus nombreux. En Mauritanie et dans le Sahara, où leur implantation et les menaces qu’ils font peser sur les intérêts occidentaux furent à l’origine de l’annulation du Paris-Dakar en janvier dernier. Mais le véritable succès d’Al Qaida depuis deux ans est sans doute politique. « Ils ont imposé leur label. Dans le monde entier, les groupes islamistes salafistes se placent sous la bannière d’Al Qaida. Ils ont réussi à disséminer leurs idées et leur mode opératoire partout, c’est une grande victoire », estime Dominique Thomas. C’est ainsi qu’en 2007 l’ancien GSPC algérien, Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat, s’est transformé en Aqim, « Al Qaida au Maghreb Islamique ». En quelques années, la nébuleuse a réussi à internationaliser, grâce à une forte propagande, le discours de plusieurs groupes locaux ou régionaux ».


Le Pakistan est aujourd’hui au bord du chaos. Soutenu à bout de bras par les Etats-Unis, le Président Pervez Mousharaf a constamment joué un double jeu : alliance occidentale de façade à la « guerre contre le terrorisme », stratégie du pourrissement dans les zones tribales du Waziristan. Or, et les Américains auraient dû le savoir, aucune stratégie efficace de lutte contre les talibans en Afghanistan ne pouvait faire l’impasse sur les talibans du Waziristan. Au lieu de cela, ils ont laissé la situation entre les mains du pouvoir pakistanais, corrompu, dont les membres des services secrets entretiennent des relations troubles avec les islamistes. Résultat ? La population pakistanaise fait face à une vague d’attentats sans précédent dans le pays. Des affrontements interconfessionnels meurtriers entre chiites et sunnites déchirent la zone tribale de Kurram, dans le Nord du pays. Le journaliste Eric Laurent écrivait le 26 janvier 2008 : « officiellement allié des Etats-Unis, le régime pakistanais a continué de soutenir en sous-main les talibans et de favoriser la sanctuarisation des dirigeants d’Al Qaida dans les zones tribales qui, théoriquement, échappent à son contrôle. Dans ce contexte, Washington a commis deux erreurs majeures, aux conséquences énormes : 1) Se détourner du dossier afghan, après le renversement du régime taliban, pour préparer l’intervention militaire contre l’Irak. La traque des dirigeants d’Al Qaida, leur neutralisation ainsi que celle des unités talibanes auraient certainement permis de réduire le niveau de la menace terroriste. 2) Cette erreur d’évaluation s’est doublée d’une confiance aveugle en la capacité affichée de Musharaff d’endiguer la menace islamiste. Entre 2001 et 2007, les Etats-Unis ont versé, dans le cadre de la lutte contre la terreur, plus de 10 milliards de dollars au Pakistan. Une large partie a été détournée par les militaires. Un expert militaire américain, récemment en tournée d’inspection dans ces zones tribales, a constaté, indigné, que les soldats pakistanais chargés de surveiller cette zone accidentée et enneigée, étaient équipés d’armes usagées et portaient aux pieds de pauvres sandales d’été ».

 



Une action coordonnée de lutte contre les talibans entre les Américains et le précédent pouvoir pakistanais avait pourtant la faveur de la population, en 2002. Au lieu de cela, constatant l’erreur majeure de stratégie effectuée, les Américains sont de nouveau tentés par le démon de l’unilatéralisme. Le 3 septembre 2008, les troupes de la coalition stationnées en Afghanistan ont fait une incursion au Waziristan, tuant 3 islamistes. Du coup, l’antiaméricanisme flambe dans le pays, et le nouveau Président Asif Ali Zardari, le veuf de Benazir Bhutto assassinée au début de l’année, doit faire face à des manifestations téléguidées par les islamistes, qui menacent à chaque instant de tourner à l’émeute. Une situation explosive dans un Etat qui dispose de l’arme nucléaire… Les néoconservateurs qui poussent à cette stratégie perpétuent alors la même dramatique erreur d’appréciation : en intervenant tardivement de manière unilatérale sous prétexte de lutte contre les talibans, ils s’apprêtent à susciter une explosion de colère dans la population pakistanaise, qui sera exploitée par les islamistes… Les mêmes causes produiront les mêmes effets…



Le plus consternant dans tout cela : qu’il reste une cohorte d’idiots utiles pour gober la propagande du néoconservatisme, dont les faits condamnent pourtant un peu plus chaque jour l’inanité. Que ces idiots utiles soient de tristes ignorants volontaires, qui continuent à répandre mensonges et manipulations pour sauver les derniers résidus d’un mythe en lambeaux, ou de sincères crétins lobotomisés par le manichéisme simpliste qui affleure de chaque publication néoconservatrice, la question reste la même : trancheront-ils ce lien qui unit leur courant de pensée à la propagation de l’islamisme ? Sûrement pas… L’Histoire se chargera alors de trancher pour eux.




[1] « Sur la défensive en Irak, Al-Qaida revit en Afghanistan », le Figaro, 10 septembre 2008.

[2] Dominique Thomas : « Les Hommes d'al-Qaida », Michalon, 2005.

[3] Rohan Gunaratna : « Al Qaida, au cœur du premier réseau terroriste mondial », Autrement, 2002.

 

Publié dans Islam et islamisme

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Anomalie 16/09/2008 19:34

Il y a quelques éléments de réponse dans le rapport de l'Institute for Defenses Analysis (IDA) remis au pentagone en novembre 2007 et publié dans la plus totale discrétion en mars 2008 : Saddam Hussein a financé certains groupes terroristes comme le Jihad islamique, mais à aucun moment il n'a financé directement Al Qaida.On sait également que quelques groupes terroristes étaient entraînés sur le sol irakien, mais ces informations sont volontairement grossies par les néoconservateurs, qui surinterprètent les éléments du rapport, fidèles à leur stratégie révisionniste. Ainsi, s'il est vrai que Saddam avait des liens avec certains groupes terroristes, les conclusions du rapport de l'IDA sont formelles, et bien sûr passés sous silence par les néocons : "le terrorisme d'Etat était devenu un outil de routine du maintien du pouvoir, mais les cibles privilégiées de cette terreur d'Etat étaient les citoyens irakiens". Et le rapport de conclure : "il y avait des relations avec des organisations terroristes notamment palestiniennes, mais aucun lien direct et clair avec Al Qaida".Par exemple, l'une des coqueluches des néocons est Laurie Mylroie, une "spécialiste" en fait très proche des néocons qui affirme que Saddam était derrière l'attentat d'Oklahoma City en 1995, arguant, accrochez-vous, que Timothy McVeigh était pote avec un membre de la garde nationale irakienne qui serait en fait membre des services secrets de Saddam !  Pourquoi ne le sait-on pas ? Parce qu'une théorie du complot expliquerait le silence autour de cette affaire ! Comme de bien entendu !

Fra 16/09/2008 19:03

J'ai une question à vous poser. J'ai cherché des infos, mais je ne parvient pas à avoir assez d'éléments pour faire une idée "objective" de la chose. Bon, nul ne doute de la présence néfaste d'Al-Qaida en Irak. Mais pendant le conflit américain. Qu'en est-il réellement de l'état de sa présence en Irak avant l'intervention américaine?

Anomalie 15/09/2008 16:28


MONDE
/ MOYEN-ORIENT
Le Yémen, entre tribus et barbus
Lundi 11 août
par ANNE GIUDICELLI pour Bakchich
Info
 
L’envoyée spéciale de « Bakchich
», de retour du Yémen, a constaté la situation toujours plus inquiétante du
pays. Les forces du gouvernement doivent faire face aux nouvelles alliances entre les tribus rebelles dont les attaques se
renouvellent, toujours plus fortes. Et ce, pendant qu’Al-Qaïda étend sa menace
sur le pays, et revendique son premier attentat suicide.
 
Pour un peu, on se croirait à
Beyrouth, avec tous ces signes extérieurs de guerre civile. Cernant l’entrée de
la capitale Sanaa, les check points se dressent en plein milieu de la route. Contrôle
au faciès, fouille de coffres et de corps. Les soldats sont fébriles et n’y
vont pas de main morte. C’est que les Houthi ont encore frappé la veille. Pas
seulement à Sa’ada dans le nord du pays, où ces tribus rebelles ont leur fief
et tiennent toujours leur position depuis six mois à coups de roquettes, de
grenades et de véhicules piégés contre les bombardements de l’Armée Populaire.
Pire.
 
Voilà que depuis quelques jours,
les hommes d’Abdelmalik Al-Houthi se sont rapprochés de la capitale, à la faveur
d’une alliance inédite avec les tribus de l’Est à Bani Housheih et à Harf
Soufian à quelques kilomètres de Sanaa. Une première, de mémoire de Sanaani,
qui en a pourtant vu d’autres. De quoi mettre à cran l’armée qui sur le terrain
pilonne sans relâche les combattants de la « Jeunesse croyante » pour stopper
leur dangereuse expansion vers la capitale, hérissée de barrages comme une
forteresse convoitée et aux abois.
 
Quatre ans que le mouvement fondé
par feu Hussein Badr Al-Houthi, un Cheikh de la secte zaydite - une branche
dissidente du chiisme, minoritaire dans ce pays à majorité sunnite - s’en prend
au président Ali Abdallah Saleh, pourtant issu de la même confession, qu’il
accuse de vendre le pays aux États-Unis et à Israël, et prône la restauration d’un
imamat zaydite révolu depuis 1962. Le gouvernement l’accuse en retour d’avoir
fait opportunément allégeance au chiisme iranien et à ses mollahs, histoire
d’en tirer des bénéfices politiques et logistiques. Même la médiation du Qatar,
initiée en juin 2007, n’a pu aboutir à un compromis. A chaque nouvelle flambée
de violence, et son lot de victimes civiles et de déplacés, le régime affirme
en avoir terminé avec les rebelles, qui finissent toujours par revenir et
recommencer. Encore plus forts. Le 20 juillet dernier, le Président déclarait
unilatéralement la fin des hostilités. Jusqu’à quand ?
 
MAIS AL-QAÏDA FAIT DE LA
SURENCHÈRE…
 
En attendant la prochaine
convulsion nordiste, le régime a de quoi s’occuper. Dans Sanaa, le déploiement
inhabituel des forces de sécurité, aux abords des bâtiments officiels locaux
étrangers, vise un autre ennemi intérieur. S’il n’a pas encore de visage, il a
déjà un nom : « Al-Qaïda dans le sud de la Péninsule arabique – Brigades des
soldats du Yémen ». Et il fait peur. Apparu officiellement en janvier dernier
sous ce label, le groupe a déjà revendiqué de multiples attaques contre les
forces de sécurité mais aussi contre des occidentaux et leurs représentations,
qui ont depuis tous choisi l’option bunkérisation. Faits que Bakchich avait
rapportés dans un précédent article.
 
L’Italie, attaquée sur le site de
son Ambassade en avril, doit déménager ses services diplomatiques dans un lieu
plus sûr et oblige ses nombreuses équipes de restaurateurs de mosquées – un
savoir faire très prisé au Yémen – à se cloitrer dans des hôtels sécurisés. Les
États-Unis ont réduit au strict minimum leur présence dans le pays. La France,
qui s’emploie, via les communiqués du Quai d’Orsay, à dissuader ses
ressortissants de se rendre dans le pays, a gratifié l’ambassadeur de gardes du
corps permanents – des gendarmes - comme en Afghanistan ou en Irak, et fermé
l’École française. Le 25 juillet, le groupe revendiquait son premier attentat
suicide, contre un QG de police dans la région de Hadramout, la patrie
d’origine d’Oussama ben Laden. Entre tribus et barbus, le Yémen - ses 50
millions d’armes en circulation pour ses 25 millions d’habitants– n’a pas fini
de se battre contre ses démons.

Anomalie 15/09/2008 16:26


Les Etats-Unis déniaisés au Pakistan
Samedi 26 janvier 2008
par ERIC LAURENT
Bakchich.Info
 
En six ans, les Etats-Unis ont
versé 10 milliards de dollars au Pakistan pour l’aider à lutter contre le
terrorisme et Al Qaida. Un bien mauvais calcul…
 
A la suite des attentats du 11
septembre 2001, Georges W. Bush déclarait d’un ton catégorique : « Ceux qui ne
sont pas avec nous sont contre nous. » Il aurait mieux fait de dire : « ceux
qui sont avec nous sont contre nous. » Dans sa « guerre contre le terrorisme »,
l’administration américaine s’appuyait en effet sur deux faux alliés : l’Arabie
Saoudite, qui n’a jamais cessé de financer les extrémistes islamistes, et le
Pakistan. Le président Musharaff, aujourd’hui au pied du mur, pratique depuis
2001 un double jeu retors.
 
ERREURS GROSSIÈRES DE LA PART DE
WASHINGTON
 
Officiellement allié des
Etats-Unis, le régime pakistanais a continué de soutenir en sous-main les
talibans et de favoriser la sanctuarisation des dirigeants d’Al Qaida dans les
zones tribales qui, théoriquement, échappent à son contrôle. Dans ce contexte,
Washington a commis deux erreurs majeures, aux conséquences énormes : 1) Se
détourner du dossier afghan, après le renversement du régime taliban, pour
préparer l’intervention militaire contre l’Irak. La traque des dirigeants d’Al
Qaida, leur neutralisation ainsi que celle des unités talibanes auraient
certainement permis de réduire le niveau de la menace terroriste. 2) Cette
erreur d’évaluation s’est doublée d’une confiance aveugle en la capacité
affichée de Musharaff d’endiguer la menace islamiste. Entre 2001 et 2007, les
Etats-Unis ont versé, dans le cadre de la lutte contre la terreur, plus de 10
milliards de dollars au Pakistan. Une large partie a été détournée par les
militaires. Un expert militaire américain, récemment en tournée d’inspection
dans ces zones tribales, a constaté, indigné, que les soldats pakistanais
chargés de surveiller cette zone accidentée et enneigée, étaient équipés
d’armes usagées et portaient aux pieds de pauvres sandales d’été.
 
 
 
LE PAKISTAN, BASE ARRIÈRE D’AL
QAIDA
 
Musharaff est un illusionniste.
Avec Georges W. Bush et les autres dirigeants américains, il invoque Abraham
Lincoln. Mais, en réalité, il a laissé croître et proliférer les mouvements
taliban et les réseaux d’Al Qaida, persuadé ainsi qu’il achèterait leur
neutralité. En 2006, il a signé un cessez le feu qui autorisait les
responsables terroristes et leurs militants à se regrouper dans ces zones
tribales renforçant ainsi leur sanctuarisation. Une situation potentiellement
explosive. En juillet 2007, un rapport du National Intelligence Estimate,
opérant la synthèse des informations recueillies par les 16 agences de
renseignement américaines, évoquait le retour en force alarmant d’Al Qaida au
Pakistan. L’organisation avait installé des camps d’entraînement sur le
territoire pakistanais et préparait de nombreuses attaques terroristes.
Celles-ci ont été déclenchées en 2007 quand Musharaff a mis fin au
cessez-le-feu. Désormais, le Pakistan n’est plus un allié des Etats-Unis mais
la plus importante base arrière d’Al Qaida.
 
BIENTÔT L’ENVOI DE COMMANDOS DE
LA CIA ?
 
Après l’assassinat de Benazir
Bhutto, le 27 décembre 2007, une réunion de crise s’est tenue à la
Maison-Blanche et a réuni le vice-président Dick Cheney, Condoleeza Rice, les
chefs du renseignement ainsi que Stephen Hadley, le responsable du Conseil
national de sécurité. Au menu : l’aggravation de la menace terroriste au
Pakistan et les risques de déstabilisation du pays. Au cours de cette rencontre
plusieurs responsables ont insisté sur la nécessité de s’impliquer davantage
militairement pour contrer les Talibans et Al Qaida. L’un d’eux a confié : «
pendant des années nous nous sommes focalisés sur l’Afghanistan alors que les
extrémistes, eux, prenaient pour cible prioritaire le Pakistan. » Lors de deux
autres rencontres au cours des jours suivants, en présence cette fois de
Georges W. Bush, l’envoi de forces spéciales, notamment de la CIA, dans les
zones tribales pour contrebalancer l’inertie de l’armée pakistanaise et traquer
les dirigeants d’Al Quaeda a été évoqué. Une solution écartée en raison du
refus d’Islamabad.
 
DOUBLE JEU PAKISTANAIS
 
A l’heure actuelle les Etats-Unis
n’ont que cinquante soldats stationnés sur le sol pakistanais et assistent
impuissant à la dégradation de la situation. L’ISI, le puissant service secret
militaire a perdu tout contrôle sur des réseaux entiers de militants islamistes
radicaux, proches des talibans ou d’Al Qaida. Un officier de l’ISI responsable
de l’un de ces réseaux a confié « nous les avons endoctriné en leur disant
qu’ils iraient au Paradis en cas d’attentat. Ils nous ont cru mais désormais,
c’est contre nous qu’ils agissent. » Pire, de nombreux cadres de l’ISI sont
soupçonnés d’être passés dans le camp des islamistes et de continuer à les
protéger et à les renseigner. Pour un responsable du renseignement américain,
cette dérive est le résultat du « double jeu » pratiqué par Musharaff et l’ISI.
« Ils prétendaient coopérer avec nous pour traquer les membres d’Al Qaida et
les talibans, alors qu’en réalité ils les ménageaient et les gardaient en réserve.
»
 
ATTENTATS EN SÉRIE
 
Un autre fait alarme désormais la
communauté du renseignement américain : plusieurs attentats soigneusement
ciblés ont récemment visé l’ISI et l’armement nucléaire pakistanais. Par
exemple, un bus dépourvu de toute immatriculation, assurant le transport
d’employés travaillant au quartier général de l’ISI, a été frappé par la bombe
d’un kamikaze. Bilan : 25 morts. Quelques semaines plus tard, un autre bus a
explosé alors qu’il allait pénétrer au siège de l’ISI, pourtant soigneusement
gardé. Six membres d’un réseau d’Al Qaida, tous pakistanais, ont été arrêtés
récemment alors qu’ils préparaient des attentats contre des cibles militaires.
Leur chef était un ancien major de l’armée qui avait organisé, le 1er novembre
2007, une attaque suicide contre un bus militaire, dans la ville de Sarghoda où
sont stockées les armes nucléaires pakistanaises.
 
LA STRATÉGIE DE BEN LADEN
 
La stratégie d’Oussama Ben Laden
s’articule depuis toujours autour de deux cibles : la péninsule arabique et notamment
sa bête noire, l’Arabie Saoudite, dont les réserves en pétrole pourraient
devenir demain une arme imparable envers l’occident ; et le Pakistan où l’ISI
l’a toujours soutenu. Un pays précieux à ses yeux, puisqu’il demeure la seule
puissance nucléaire du monde musulman, et qu’il s’emploie désormais à
déstabiliser, mettant à profit l’aveuglement persistant des Etats-Unis et le
fascinant état de déni dans lequel Musharaff et ses proches paraissent plongés
face à cette montée de l’extrémisme.