C’EST OFFICIEL : LES NEOCONS SONT INEFFICACES ET CONTRE-PRODUCTIFS

Publié le par Anomalie

Il est parfois des nouvelles qui vous mettent du baume au cœur. Le Figaro du 29 juillet livre les conclusions d’un think-tank américain, la Rand Corporation, sur la fameuse « War on Terror » (guerre contre le terrorisme), slogan publicitaire favori des faucons néoconservateurs. Et les conclusions sont accablantes : non seulement la guerre contre le terrorisme est inefficace, mais elle est en outre contre-productive. C’est exactement ce que nous disons sur notre blog depuis des mois : le néoconservatisme contribue à nourrir l’ogre qu’il prétend affamer. Le néoconservatisme, par son idéalisme puéril et son impérialisme démocratique, contribue à jeter par centaines de milliers des musulmans dans les bras (armés) des islamistes. Bref, si vous voulez réellement combattre le nouveau totalitarisme qu’est l’islamisme, vous devez également combattre les idiots utiles qui contribuent à grossir ses rangs ! Gageons que les néoconservateurs ne tarderont pas à jeter le discrédit sur une étude qui lamine leurs simplismes conceptuels, que ce soit le manichéisme imbécile ou la stratégie de l’amalgame, et qu’ils utiliseront leur arme favorite : la stigmatisation munichoise. Ils auront pourtant fort à faire : la Rand Corporation n’est pas précisément une officine gauchiste : il s’agit d’un organisme très conservateur, comptant dans ses rangs… Lewis Libby, Condoleeza Rice ou encore Donald Rumsfeld !



La « guerre contre le terrorisme » ne sert à rien

Laurent Suply (lefigaro.fr) avec AFP
29/07/2008

 

Un groupe de réflexion a mis en évidence que la solution militaire est inefficace contre la plupart des groupes terroristes. Pour battre Al-Qaeda, il préconise une nouvelle stratégie basée sur le renseignement et la police, et de changer de vocabulaire.


Une autopsie du terrorisme pour trouver la stratégie susceptible de vaincre Al-Qaeda. C'est à cet exercice statistique que s'est livré la RAND Corporation, un groupe de réflexion américain qui travaille régulièrement pour le Pentagone. Pour tenter de comprendre le destin des groupes terroristes, les chercheurs ont compilé des données sur 648 groupes recensés à travers le monde entre 1968 et 2006.


Ils ont distingué chaque groupe en fonction de ses effectifs, ses buts, ses revenus financiers, du régime politique de son territoire d'implantation, de son orientation (religieux ou politique) et de ses buts. Ils ont ensuite passé au crible leurs destins. Sur les 648 groupes étudiés, 244 sont toujours actifs, et 136 se sont fragmentés ou ont fusionné avec d'autres groupes.


Les groupes religieux plus tenaces


Et parmi ceux qui ont effectivement cessé d'utiliser le terrorisme, les statistiques parlent d'elles-mêmes. La « bonne nouvelle » est que seuls 27 groupes (10%) ont cessé leurs activités après avoir rempli leurs objectifs, par exemple le FLN algérien. 114 (43%) ont déposé les armes suite à un accord politique avec l'Etat. Quant à ceux qui ont été réellement vaincu, 107 (40%) l'ont été par des moyens policiers et juridiques, les principaux étant le renseignement humain, l'infiltration des cellules, l'arrestation des leaders et le développement de la législation antiterroriste. Et 20 groupes seulement ont été écrasés sur le champ de bataille, par des moyens militaires, soit un pourcentage de 7%.


L'objectif du rapport étant d'évaluer les bonnes pratiques pour défaire Al-Qaeda, les historiques des mouvements similaires ont été spécialement étudiés. Mauvaise nouvelle : les groupes d'inspiration religieuse sont bien plus résistants que ceux qui ont une vocation politique. Depuis 1968, 62% des groupes terroristes ont cessé de nuire. Sur la même période, ce pourcentage tombe à 32% si l'on ne compte que les groupes religieux.


L'étude exclut d'office la solution politique pour Al-Qaeda, dont le but avoué est de renverser les gouvernements du Maghreb, du Proche et du Moyen-Orient, pour unir le monde musulman sous une même bannière. La RAND Corporation estime que la probabilité d'un succès d'Al-Qaeda est proche de zéro, mais les statistiques montrent que les chances de parvenir à un accord politique sont d'autant plus faibles que les objectifs d'un groupe sont larges et ambitieux.


Quant à la solution militaire, à l'œuvre actuellement, l'étude conclut qu' « il n'y a aucun solution au terrorisme sur le champ de bataille ». Et d'ajouter que la force brute a souvent « l'effet inverse » en attisant l'hostilité des populations, fournissant ainsi un réservoir de recrue aux terroristes. Le groupe note une augmentation des actions d'Al-Qaeda dans un rayon plus large, et juge que la stratégie américaine de « guerre contre le terrorisme » n'a pas réussi à affaiblir la nébuleuse terroriste.


Une armée présente mais discrète


Quelle stratégie adopter alors ? L'étude préconise un combat sur deux fronts. D'abord, mettre l'accent sur la solution policière contre Al-Qaeda dans le monde, en augmentant les budgets de la CIA et du FBI. Objectif : cibler les principaux « nœuds » du réseau Al-Qaeda, qu'il s'agisse de points de décision, de communication ou de financement. Cela implique également de mettre hors d'état de nuire les chefs des réseaux, avec les règles qui s'imposent dans un état de droit. Le rapport cite notamment un membre de l'Unité de Coordination de la Lutte Antiterroriste française, qui fait part d'une tactique citée en exemple : concentrer les efforts de polices sur des délits annexes tels que le trafic de drogue, plus facile à prouver devant un tribunal, pour mettre les suspects « à l'ombre » sans attendre qu'ils aient commis un attentat.


Ensuite, l'étude ne plaide pas pour un désengagement militaire total, en particulier pour la situation particulière de l'Irak, où Al-Qaeda participe à une insurrection armée globale. L'histoire montre que la solution militaire est plus efficace contre les larges groupes de terroristes insurgés (19%) que contre les groupes terroristes en général (7%). Dans ces zones, la présence militaire est « nécessaire », mais le rapport souligne qu'il ne doit pas nécessairement s'agit d'une présence américaine. Les forces locales y auraient une plus grande légitimité, et une meilleure compréhension. Il faudrait donc, selon cette étude, que les Etats-Unis cantonnent leur rôle militaire en Irak à de la formation ou de l'armement.


La RAND Corporation suggère quelques pistes idéologiques. Par exemple, le groupe estime que les fatwas émises par le Conseil des Oulemas en Afghanistan clamant que les kamikazes n'auraient ni vierges, ni vie éternelle, ont été bien plus efficaces que les tonnes de tracts de propagande largués par l'aviation américaine.


Autre changement symbolique mais crucial : troquer la « War on Terror » (guerre contre le terrorisme), qui laisse croire à une solution purement militaire, contre le plus classique « counterterrorism » (antiterrorisme). De même, il s'agit de ne plus faire passer Ben Laden et consorts pour des guerriers engagés dans une guerre sainte mais pour de simples criminels.

 

Commenter cet article

Marcoroz 31/07/2008 18:05

ça c'est l'hôpital (psychiatrique) qui se moque de la charité.

chantal 31/07/2008 03:49

Les néocons sont inefficaces, contre-productifs, et.. très dangereux, il faut le dire aussi !Chantal, écrivain engagéehttp://chantaldupille.over-blog.com

Anomalie 30/07/2008 22:34

Le monde occidental européen a toujours était anti-américain avant l' Iark Je suis d'accord. Seulement, JAMAIS dans de telles proportions. Les diverses enquêtes coïncident toutes, et sont formelles.A propos , c'est grandpas et non GrandPas, cheer!Ca m'est égal, pour moi c'est Petitpas :-) Ou petitpas, d'accord.  

grandpas 30/07/2008 21:24

Le monde occidental européen a toujours était anti-américain avant l' Iark simplement pour oublier sa propre incurie à se sauver de son auto-destruction.Pour les autres régions du monde, les peuples  regardent des énerguménes se prenant pour des dieux dans leurs écrans de télévision.A propos , c'est grandpas et non GrandPas, cheer!

Anomalie 30/07/2008 20:14

« Avec l'arrivée au pouvoir de l'administration Bush et particulièrement après le 11 septembre 2001 s'est imposée l'idée selon laquelle l'Amérique étant la première puissance du monde, elle se devait de s'occuper des problèmes les plus importants de la planète : le terrorisme, les droits de l'homme et les crises humanitaires. Et ce point de vue, doublé de la guerre en Irak, a été à l'origine d'une vague d'antiaméricanisme sans précédent dans le monde. Il s'est avéré que même nos plus proches alliés européens ne considéraient pas que nous ayons le droit de nous comporter de la sorte. Je pense que la politique étrangère américaine se trouve aujourd'hui dans une situation critique. Nous avons réussi l'exploit de nous placer en opposition avec la presque totalité du monde. Loin d'avoir pu améliorer la situation en matière de terrorisme, nous l'avons même aggravée. Dans « L'Amérique à un carrefour », je me demande de quelle manière nous pourrions parvenir à nous sortir de là, et comment rétablir l'image de l'Amérique aux yeux du reste du monde.
Francis Fukuyama : America at the crossroads