ÉLECTIONS RÉGIONALES : RÉSULTATS DE L’EXTRÊME DROITE ET DES LIGUES IDENTITAIRES

Publié le par Anomalie

bloc-identitaire.jpgLa troupe du cirque identitaire a lancé ses clowns sous le chapiteau des régionales ! Pour être franc, il serait impossible, sans une double dose de paracétamol, de suivre avec précision les tribulations de tous les bouffons ambitieux qui ont quitté le paquebot frontiste pour se lancer dans la grande aventure du redressement national ! Scissions, revirements, créations de structures éphémères, sous-scissions au sein de ces structures, fondation de nouveaux courants, déchirements des coquelets et des roitelets : l’unique ressort de ce vaudeville est de consacrer présidents de partis fantômes les petits chefs qui ont renoncé à se voir confier un jour les clefs de la maison-mère FN que Marine a précautionneusement fourrées au fond de sa poche. Nouveau Monde Info a déjà esquissé, à l’occasion du dernier scrutin européen, le tableau grand-guignolesque de tous les groupuscules qui végètent à la marge du Front National, et narré les aventures burlesques de leurs leaders. Nous nous en voudrions de vous laisser un jour de plus sans nouvelles de vos comiques préférés ; nous vous offrons donc le bilan chiffré de la nouvelle aventure régionale des croisés de l’identité. Nous osons espérer que, pendant qu’on se moque, vous saurez montrer un peu de gratitude pour ces nouveaux chevaliers qui combattent courageusement, l’épée à la main, les envahisseurs mahométans et la décadence française et européenne.



L’extrême droite qui concourait face au Front National peut être divisée en trois catégories : les listes des identitaires et de leurs alliés ex-FN rassemblés autour des Ligues ; les listes du Parti de la France et de ses alliés encore plus groupusculaires que lui ; les listes « Non aux minarets » parfois soutenues, parfois non, par les précédentes !




PROVENCE-ALPES-CÔTE-D’AZUR

Jacques Bompard est le dernier rescapé des quatre maires Front National élus en 1995 et 1997 à Toulon, Marignane, Orange et Vitrolles. Bompard est donc toujours maire d’Orange, mais il n’est plus FN ! Il a quitté le paquebot lepéniste pour rejoindre le Mouvement Pour la France (MPF) de Philippe de Villiers ; mais il n’est plus MPF non plus ! Le voilà désormais « identitaire ». Il mène ainsi la Ligue du Sud, rassemblement hétéroclite qui va du Mouvement National Républicain (MNR) de feu Bruno Mégret (qui n’est pas mort, n’est-ce pas, il s’est juste retiré de la vie politique) au Parti de la France (PDF) de Carl Lang en passant par le Bloc Identitaire et ses mouvements affiliés (Recounquista contre l’islamisation et Nissa Rebela). Un bien bel attelage, donc, qui espérait faire de l’ombre à un Jean-Marie Le Pen menant là son dernier combat régional sur « sa » terre provençale. Résultat :


FN (Jean-Marie Le Pen) : 20,29%

Ligue du Sud (Jacques Bompard) : 2,69%



LANGUEDOC-ROUSSILLON

Ligue-du-Midi.jpgÀ l’instar de la Ligue du Sud, les identitaires de la région ont lancé une Ligue du Midi emmenée par Richard Roudier, ancien d’Unité Radicale (les allumés païens proches des néo-nazis et des racialistes du White Power), organisation dissoute après que Maxime Brunerie, membre du MNR de Mégret, a tenté d’assassiner Jacques Chirac en 2002. Mais alors que le Parti de la France soutient en PACA la Ligue du Sud, il a décidé de ne pas intégrer la Ligue du Midi en Languedoc et de faire cavalier seul avec son écuyer du MNR pour mener une liste dissidente enlevée par Jean-Claude Martinez, ex-vice président du FN ! C’est vrai, une seule liste d’extrême droite face au FN aurait été bien trop simple... Carl Lang a justifié son alliance à géométrie variable par ce subtil distinguo : « La liste Ligue du Midi est très identitaire, alors que celle de la Ligue du Sud, c’est une liste Bompard ». On applaudit l’équilibriste ! Mais la cocasserie ne s’arrête pas là en Languedoc-Roussillon ! Jean-Claude Martinez s’est donc vu octroyer l’étiquette PDF pour le scrutin, alors qu’il est par ailleurs président fondateur d’une autre chapelle d’extrême droite, la Maison de la Vie et des Libertés (MVL, tiens, vous n’en aviez jamais entendu parler ?), dont le positionnement est pour le moins atypique et en opposition avec le PDF partout ailleurs. Martinez est en effet le chef de file des « alternationaux », un concept que le brillant théoricien a forgé, et qu’il partage avec son grand ami... Hugo Chavez, dont il admire l’anti-impérialisme ! On ne s’ennuie décidément pas à l’extrême droite en Languedoc ! Résultat des courses :


FN (France Jamet) : 12,67%

Ligue du Midi (Richard Roudier) : 0,68%

Parti de la France (Jean-Claude Martinez) : 0,74%

 


ALSACE

Dernière région où le Bloc Identitaire présente et soutient des listes : l’Alsace. La liste identitaire est ici rassemblée autour d’Alsace D’abord, mouvement longtemps incarné par un vieux de la vieille du régionalisme d’extrême droite, Robert Spieler. Ancien du Parti des Forces Nouvelles, groupuscule issu des néo-nazis d’Ordre Nouveau, puis passé par le FN, qu’il quitte en 1992 pour fonder Alsace d’Abord, Robert Spieler poursuit son voyage intersidéral dans les trous noirs de l’extrême droite en participant à la création, en 2008, de la NDP, la Nouvelle Droite Populaire, dont une scission interviendra à peine six mois plus tard sous l’égide de Jean-François Touzé qui, estimant avoir lui aussi le droit d’être chef, après tout, s’en alla porter la Nouvelle Droite Républicaine (NDR) sur les fonts baptismaux. Ça va, on suit, derrière ? Bien. La liste régionaliste Alsace d’Abord qui rassemble donc le Bloc Identitaire et des déçus du Front National et du MNR est conduite par Jacques Cordonnier. Son score est deux fois moins important que celui obtenu par Robert Spieler en 2004.


FN (Patrick Binder) : 13,49%

Alsace d’Abord (Jacques Cordonnier) : 4,98%

 


HAUTE ET BASSE-NORMANDIE, PICARDIE, CENTRE

Venons-en à présent au Parti de la France (PDF) de Carl Lang. Très fâché que Marine lui ait piqué sa place dans le Nord-Pas-de-Calais, l’ancien délégué général du FN s’en est ouvert au Parrain qui, ingrat, l’a suspendu du Bureau politique en novembre 2008 ! Qu’à cela ne tienne : le voilà maintenant président du PDF. Na ! Ça en jette, président ! Outre, donc, le cas particulier du Languedoc-Roussillon, le Parti de la France s’est jeté dans la bataille des régionales sous ses propres couleurs dans quatre régions : la Haute-Normandie, la Basse-Normandie, la Picardie et le Centre. Il agglomère autour de lui tous les autres résidus de l’extrême droite périphérique et des électrons libres orphelins de Le Pen et de Mégret. En Haute-Normandie, Carl Lang prend lui-même la tête de liste. Un peu à contrecœur, il faut bien l’avouer, puisque la situation financière de son grand parti ne lui a pas permis de constituer une liste dans son fief nordiste, pour grappiller quelques voix qui auraient bien fait chier Marine... On rêve les revanches qu’on peut... En Basse-Normandie, la liste PDF est conduite par Fernand Le Rachinel, bailleur de fonds historique du FN, passé lui aussi à la félonie. La Nouvelle Droite Populaire (NDP) qui s’ennuyait sur son blog est de la partie. En Picardie, un troisième larron est venu faire la queue leu leu avec le PDF et la NDP, le MNR. Enfin, dans la région Centre, c’est Jean Verdon qui mène le bal. Résultat des courses : le pauvre Carl Lang réalise le score le moins important des quatre listes, alors que c’est quand même lui, le Führer, non ? La vie est vraiment injuste...


Haute-Normandie : Parti de la France (1,46%)

Basse-Normandie : Parti de la France (3,71%)

Picardie : Parti de la France en alliance avec le MNR (2,02%)

Centre : Parti de la France (3,55%)

 


LORRAINE ET FRANCHE-COMTÉ

NON-aux-minarets-en-Lorraine.pngEt voici, sous vos applaudissements, les deux listes « anti-minarets » de l’Est de la France ! Surfant sans vergogne sur la votation suisse qui a interdit la construction de nouveaux minarets au sein de la Confédération, des petits malins ont constitué en catastrophe des listes identitaires sous le label « NON aux minarets » ! Il est certain que le titre est bien plus accrocheur que « Tous ensembles vers la renaissance nationale avec Bruno Mégret » ! Quand on parle de renaissance nationale, il faudrait mieux s’assurer que l’on n’est pas soi-même mort et enterré... Bref.


En Franche-Comté, le PDF a donc fait liste commune avec le Mouvement National Républicain (MNR) et la NDP sous les couleurs de la « Ligue Comtoise – Non aux minarets », menée par les identitaires du Front Comtois de Christophe Devillers. Mais attention, subtilité : la Ligue Comtoise ne saurait être confondue avec la Ligue du Sud ou la Ligue du Midi, non non non. Le Front Comtois n’est pas soutenu par le Bloc Identitaire, qui juge la liste « Non aux minarets » « opportuniste et de circonstance, et ne représente pas la vision régionaliste du Bloc Identitaire ». Est-ce la présence du MNR sur leur liste ? Le MNR fait pourtant partie de l’attelage de la Ligue du Sud de Bompard. On en est réduit à penser que le Bloc Identitaire est quand même un peu intégriste ! Pourquoi diable les identitaires cancoillotte n’ont-ils pas la même saveur que les identitaires pastis ?


Rebelote en Lorraine. Le MNR et le PDF (hein ? Oui, avec la NDP, promis, on ne vous oublie pas) ont également fait le même coup marketing de se lancer dans la course derrière une liste baptisée « Non aux minarets ». C’est quand même du neuf avec du vieux tout ça, puisque la liste est conduite par Annick Martin, chef de file des mégrétistes dans la région.


Ligue Comtoise NON aux minarets : 2,46%

NON aux minarets en Lorraine (PDF-MNR-NDP) : 3%



Au plan national, d’après les résultats officiels du Ministère de l’Intérieur, l’ensemble des listes d’extrême droite – PDF, MNR, NDP, Ligues diverses, Bloc Identitaire et tutti quanti – réalise le score mirifique de 1,49% des voix ! Pas de doute : la résistance est en marche. Nous espérons que ce petit voyage dans la galaxie de l’extrême droite alternative et identitaire vous a plu ! Rendez-vous dans six ans avec, promis, plein de nouvelles structures (d’ici là le groupuscule PDF se sera sans doute éclaté en 4 résidus de groupuscule) plein de nouveaux petits chefs (conséquence des nouvelles structures !), plein de retours aussi au FN sans doute, bref, largement de quoi s’amuser.

 

Affiche-Front-National-defendons-nos-couleurs.jpg



Et le Front National dans tout ça ? Contrairement à ce qu’ont dit nombre de commentateurs, le FN n’a pas progressé à la faveur des élections régionales, qui ont toujours constitué les scrutins phares du mouvement. Si victoire du FN il y a, elle est essentiellement symbolique : le parti est en effet parvenu à enrayer son déclin régulier depuis les élections présidentielles et législatives de 2007 en renouant, après les désastreuses municipales et européennes, avec les résultats à deux chiffres. Mais si l’on prend comme étalon le scrutin régional de 2004, le Front est, arithmétiquement, en net recul. Avec 11,42% des suffrages, le parti frontiste maintient certes son pouvoir de nuisance (il est en mesure de se maintenir dans 12 régions, et de provoquer ainsi des triangulaires mortelles pour la droite) mais demeure loin de son résultat de 2004 où, avec 14,70%, il avait dépassé la barre fatidique des 10% dans 17 régions. Il fait même moins bien qu’en 1998 (15%) et 1992 (13,6%). Les deux membres de la Famille, Jean-Marie et Marine, dépassent ou tutoient néanmoins les 20% en PACA et dans le Nord-Pas-de-Calais : les deux régions s’affirment ainsi comme les principales terres d’élection du Front.

 

FN carte régionales 2010



Les 12 régions où le FN se maintient – triangulaires


PACA : Jean-Marie Le Pen (20,29%)

Nord-Pas-de-Calais : Marine Le Pen (18,31%)

Champagne-Ardenne : Bruno Subtil (15,89%)

Picardie : Michel Guiniot (15,8%)

Lorraine : Thierry Gourlot (14,87%)

Rhône-Alpes : Bruno Gollnisch (14,01%)

Alsace : Patrick Binder (13,49 %)

Franche-Comté : Sophie Montel (13,14%)

Languedoc-Roussillon : France Jamet (12,67%)

Bourgogne : Edouard Ferrand (12,04%)

Haute-Normandie : Nicolas Bay (11,79%)

Centre : Philippe Loiseau (11,21%)



Les 10 régions où le FN est éliminé


Midi-Pyrénées : Frédéric Cabrolier (9,44%)

Île-de-France : Marie-Christine Arnautu (9,29%)

Basse-Normandie : Valérie Dupont (8,7%)

Auvergne : Eric Faurot (8,39%)

Aquitaine : Jacques Colombier (8,27%)

Limousin : Nicole Daccord-Gauthier (7,76%)

Poitou-Charentes : Jean-Marc de Lacoste-Lareymondie (7,72%)

Pays de la Loire : Brigitte Neveux (7,05%)

Bretagne : Jean-Paul Félix (6,18%)

Corse : Tony Cardi (4,16%)



POUR EN SAVOIR PLUS SUR NOUVEAU MONDE INFO

DOSSIER-EXTREME-DROITE-EUROPE.png

 

 

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