CA S’ARRANGE ! (SUR L’AIR DE TOUT VA TRÈS BIEN MADAME LA MARQUISE)

Publié le par Anomalie




L’actualité de cette dernière semaine a confirmé de manière spectaculaire les conclusions rendues le mois dernier par la Rand Corporation sur l’inanité de la « War on Terror » néoconservatrice. Ce concept creux, sur lequel se masturbent à l’envi quelques intellectuels de salon, n’en finit plus d'exhiber son désastreux naufrage à l’épreuve des faits. Alors qu’une poignée d’imbéciles heureux (ceux-là même qui ont soutenu cette option, comme de bien entendu…) cultivent jusqu’à la nausée l’autocongratulation, font tourbillonner en vase clos leurs petites certitudes idéologiques, claquemurés dans leur déni de réalité, le terrorisme international vient sournoisement leur rappeler qu’il a gardé tout son potentiel de nuisance, frappant les bastions les plus symboliques sur lesquels portait justement l’autosatisfaction de ces petits penseurs inconséquents. La déroute intellectuelle est telle que c'en devient gênant pour eux...




Récapitulons. Ce jeudi 21 août 2001, les talibans ont revendiqué le double-attentat meurtrier au Pakistan, devant la principale usine d’armement du pays, qui a fait 65 morts. Ce nouvel attentat est le dernier en date d’une vague sans précédent d'attaques perpétrées par des combattants islamistes, qui ont fait plus de 1200 morts en un peu plus d’un an dans le pays. Les talibans opèrent depuis le Waziristân, cette zone tribale frontalière de l’Afghanistan que tente sans succès de soumettre l’armée pakistanaise depuis plus de cinq ans, avec l’appui de conseillers militaires américains. En Afghanistan justement, le mouvement taliban n’a jamais été aussi puissant depuis qu’il a été chassé du pouvoir en 2001 par l’intervention de la coalition internationale. Le président-fantoche Ahmid Kerzaï ne contrôle plus que le tiers du pays, et l’offensive des talibans semble dessiner un encerclement progressif de Kaboul. Aussi l'agence Bassirat.net nous apprend-elle, le 31 juillet 2008, que la région-clé de Kandahar, qui fut l'un des berceaux des talibans, est fragilisée par la disparition en série des chefs tribaux alliés de la coalition. Une situation qui rappelle 1995... Et sur le front des libertés individuelles ? La chute des talibans n’a rien changé au sort des femmes dans le pays, la burqa emprisonne toujours les Afghanes dans les rues de Kaboul. Pis : la fameuse milice gouvernementale de la Répression du Vice et de la Promotion de la Vertu a repris du service sur décision du gouvernement. Une situation qui rappelle 2000... La plupart des experts observent, perplexes, l’incapacité de l’OTAN à gagner cette guerre, qui dure maintenant depuis près de 7 ans. Avant-hier, 10 soldats français de la coalition ont été décimés par un guet-apens tendu par les milices talibanes. Ce sont les plus lourdes pertes infligées au contingent français depuis le début du conflit.



Ahmed Rashid, l’un des plus grands spécialistes mondiaux de l’islamisme en général et des talibans en particulier, dont les travaux sur la question font autorité, précise le 21 août dans le Monde : « La stratégie talibane est désormais de gagner autant de territoires que possible, de gagner autant d’influence auprès de la population que possible, et de créer une telle crise au sein de l’OTAN qu’un ou deux pays annoncent leur retrait de la coalition militaire présente en Afghanistan. Les talibans donnent à leur combat une véritable dimension politique et stratégique. Des centaines de combattants sont en train d’arriver d'Irak, des Arabes. Arrivent aussi beaucoup de Pakistanais, et d’islamistes du Cachemire et d’Asie centrale. Tous ces gens sont bien entraînés et mieux armés qu’auparavant. L’opération contre les soldats français n’est pas si extraordinaire. Les attaques et les attentats-suicides sont de plus en plus sophistiqués, et vont continuer. Les combattants sont recrutés de l’autre côté de la frontière, au Pakistan. N’oublions pas qu’il y a autant de pachtounes pakistanais qu’afghans. Les talibans n’ont pas de problème pour trouver des combattants. En général, une guérilla perd une guerre parce qu’elle manque d’hommes et de moyens. Mais il est difficile de vaincre une insurrection qui n’a ni problème de combattants ni problème de ressources financières, les talibans pouvant compter sur l’argent de la drogue ».


Et Ahmed Rashid de continuer : « J’espère un changement [de la stratégie des occidentaux au Pakistan, ndlr]. L’Etat pakistanais est en danger, la stabilité du Pakistan est menacée. On ne peut pas séparer les mouvements talibans afghan et pakistanais, car les talibans afghans offrent leur légitimité et exercent un leadership sur les talibans pakistanais. Le gouvernement pakistanais et l’armée doivent réagir. Le chef de l’armée pakistanaise vient d’effectuer une visite à Kaboul, pour la première fois. L’armée pakistanaise a repris le combat dans les zones tribales, j’espère que l’offensive sera sérieuse et durable ». Et de conclure, cruel pour les pitreries idéologiques des idiots utiles du Weekly Standard : « Au Pakistan et dans la région, Al-Qaeda est aujourd’hui beaucoup plus forte qu’en 2001. Les talibans ont reçu un fort soutien d’Al-Qaeda, appris de nouvelles tactiques, appris à organiser des attentats-suicides, à organiser leur communication médiatique. La réorganisation des talibans depuis 2001 est signée Al-Qaeda. Par ailleurs, l’organisation continue à entraîner des étrangers, dans des bases sécurisées. Des Arabes bien sûr, des Pakistanais, mais aussi, désormais, nous le savons, des Européens. Al-Qaeda a sans doute souffert en Irak, mais ici elle est de plus en plus puissante ». Mais les intellectuels néoconservateurs lisent-ils Ahmed Rashid ? Non, ils sont bien trop occupés à faire tourner à plein régime la machine propagandiste sur fond de mièvreries patriotiques.


Et pendant ce temps ? Deux attaques suicide en Algérie ont fait 45 et 12 morts les 19 et 20 août, au terme d’une semaine sanglante jalonnée d’embuscades et d’attentats suicide qui, au total, ont coûté la vie à plus de 70 personnes. Les attaques ont toutes eu lieu dans cette région montagneuse appelée le « quadrilatère de la mort », adossée à la Kabylie. Les attentats ont été revendiqués par « l’émir » Abdelmalek Droukdel, alias Abou Moussaab Abdelouadoud, chef d’Al-Qaeda pour le Mahgreb islamique (AQMI), branche nord-africaine du réseau d’Oussama Ben Laden. Tout va très bien, Madame la marquise, chantent pourtant les petits ménestrels qui se félicitent en chœur des « progrès » accomplis grâce à la politique de George W. Bush, qui sera de toute manière considéré avec le recul comme l’un des « plus grands présidents que l’Amérique ait connu » (Guy Millière, écrivain néoconservateur français) ! Celui qui rit, au fond la classe, je lui fais faire un stage dans la rédaction du Weekly Standard, attention ! Il y apprendra à motiver le moral des troupes !


Bref, comme le démontrait le rapport de la Rand Corporation, il est urgent de changer complètement de tactique dans la lutte contre le terrorisme islamiste ; parce que ces barbares moyenâgeux sont une menace persistante pour l’héritage libéral de nos civilisations occidentales, il est tout aussi urgent de mettre hors d’état de nuire la clique de truands néoconservateurs qui leur servent la soupe, et qui par leur inconséquence, leur incompétence, et leur aveuglement idéologique, contribuent à grossir leur rang. Encore et encore. En ouvrant un front idéologique en Irak, l'invasion américaine a laissé rentrer dans son sillage des dizaines de milliers de combattants d’Al-Qaeda, que George W. Bush a beau jeu de se vanter ensuite d’avoir défaits ! Belle illustration de la prophétie autoréalisatrice qui sert de bréviaire à ces illuminés. Et pendant ce temps ? L’Afghanistan, où l’intervention américaine était pour le coup légitime, est en train de devenir un véritable bourbier. Et pendant ce temps ?… Et pendant ce temps… Telle est la question qui rythme les actions de la calamiteuse administration Bush, sur fond de chimères néoconservatrices de « remodelage du Moyen-Orient ». On aimerait faire mentir la fameuse philippique de Bernanos : « Un intellectuel est si souvent un imbécile qu’il devrait toujours être tenu pour tel jusqu’à ce qu’il nous ait prouvé le contraire ». Force est de constater que William Kristol, ou encore John Podhoretz, ne nous facilitent pas la tâche…

 

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Anomalie 26/08/2008 01:03


Afghanistan : Karzaï furieux contre la coalition

Marie-France Calle, notre correspondante à New Delhi

25/08/2008 | Mise à jour : 12:19 |




Un homme se recueille sur la tombe de l'une des victimes du bombardement américain, samedi à Azizabad. Crédits photo : AFP

Plusieurs dizaines de civils auraient été tués vendredi dans le village d'Azizabad par un bombardement de l'Otan.


Hamid Karzaï n'en est pas à son premier «coup de gueule» contre les forces de l'Otan. Depuis quelques semaines, déjà, les critiques du président afghan s'étaient faites plus acerbes, dénonçant à l'envi les inadmissibles «bavures» de la coalition sous commandement américain. Depuis vendredi, il ne décolère pas. Quatre-vingt-quinze civils, dont une cinquantaine d'enfants et une vingtaine de femmes, auraient été tués lors d'un bombardement américain près du village d'Azizabad, dans la province d'Hérat, à l'ouest de l'Afghanistan.
Vendredi soir, le ministère de l'Intérieur de Kaboul avait d'abord avancé le chiffre de 76 morts. Mais, après s'être rendus sur les lieux, des membres du gouvernement ont revu le chiffre à la hausse. Soixante-dix ou quatre-vingt-quinze… il s'agirait d'ores et déjà de la «bavure» la plus meurtrière depuis 2001. Le mois dernier, les forces internationales avaient tué 64 personnes lors de deux incidents séparés.
Compromise depuis longtemps, la popularité des troupes occidentales en Afghanistan risque de souffrir encore davantage du drame d'Azizabad. Sur les quelque 700 civils afghans qui ont trouvé la mort au cours des six derniers mois dans le cadre de ce qu'il est convenu d'appeler les «dommages collatéraux», 255 auraient été tués par l'armée afghane et les troupes de la coalition. Les autres auraient été fauchés par les tirs des talibans, ou auraient sauté sur les bombes artisanales que les rebelles islamistes plantent le long des routes. Destinées aux convois militaires, elles explosent souvent à l'aveuglette. «Ce dernier incident nous met dans une situation extrêmement difficile, car il apporte de l'eau au moulin des talibans», reconnaît un responsable de Kaboul qui ne veut pas dire son nom.
Après avoir démenti l'implication des forces de la coalition dans le bombardement d'Azizabad, des officiers américains ont indiqué qu'une enquête serait ouverte. S'en tenant pour l'heure à la version officielle : l'opération visait des talibans, et 30 rebelles ont été tués. Karzaï, qui vient d'annoncer qu'il sera candidat à sa propre succession lors des élections présidentielles de l'an prochain, est une fois de plus pris entre le marteau et l'enclume. Sa loyauté envers Washington ne fait aucun doute, mais elle risque, à terme, de lui coûter cher.
 
«Acte cruel et barbare»
 
«Le président Hamid Karzaï condamne vigoureusement le manque de coordination de cette attaque aérienne par les forces de la coalition, dans le district de Shindand, qui a entraîné la mort de civils, dont des femmes et des enfants», indiquait dès vendredi un communiqué de la présidence à Kaboul. Annonçant dans la foulée que Karzaï avait ordonné une enquête sur ce massacre, et demandé à plusieurs ministères d'«élaborer un plan dans le but d'éviter qu'il y ait d'autres victimes civiles».
Furieux, plusieurs députés ont dénoncé un «acte cruel et barbare». Sur place, des centaines de personnes sont descendues dans la rue samedi, exigeant le retrait des Américains. «Nous continuerons de protester jusqu'à ce que la communauté internationale nous entende et que ceux qui ont bombardé vendredi soient traînés devant la justice», a déclaré Shah Nawaz, un «ancien» du district de Shindand. Un autre se lamentant : «Ils n'ont vraiment rien compris, ils ont tué des ennemis des talibans.»
Dimanche matin, une petite délégation, dont les membres avaient été nommés par Hamid Karzaï, est arrivée à Azizabad. Un peu plus tard dans la journée, le président a limogé le général Jalandar Shah Behnam, chargé de la sécurité à l'ouest de l'Afghanistan. L'armée afghane participe de plus en plus souvent aux opérations de l'Otan.
Le président afghan ne s'en cache plus, ce sont en fait les officiers occidentaux reconnus coupables de «bavures» qu'il aimerait voir comparaître devant la justice afghane. «On ne peut justifier aucune victime civile (…) Les Afghans ont fait d'énormes sacrifices dans la guerre contre le terrorisme. Sept ans après, ils meurent encore dans leurs villages», expliquait Karzaï dans une interview au magazine américain Time, mardi dernier. Et de trancher : «Oui, le Sénat, qui est la voix du peuple, a raison.»