HAINE ET CHAOS : LA DÉBÂCLE DES NEOCONS RÉVÈLE LEUR VRAI VISAGE
On pourrait croire qu’ils ont pété les plombs. Il s’agit en fait d’une stratégie réfléchie du chaos, dans la plus pure tradition des offensives du désespoir aux allures de suicide collectif. Que ce soit au Moyen-Orient ou en Pennsylvanie, les extrémistes ont engagé une fuite en avant funeste dans un refus autiste de prise en compte de la réalité. Les islamistes jubilent : les anges du chaos ont réussi leur coup. Au nom du « Bien » et de la « Civilisation », les Croisés de la démocratie commencent à préconiser leurs méthodes et à utiliser leur rhétorique pour rentrer enfin de plain-pied dans un ballet apocalyptique de feu, de fer et de sang. Aux Etats-Unis, les Républicains ont transformé la campagne électorale en une réplique de la guerre de civilisations opposant l’évangélisme néo-chrétien à la menace gauchiste/islamiste. Fini de rire : les réjouissances eschatologiques promises par les Prophètes de la Bible et du Coran qui ont savamment préparé le terrain peuvent commencer. En Iran, on attend le retour du Mahdi, que l’on dit imminent. En Israël, des fanatiques savent que les Temps de Gog et Magog sont venus, tandis que les néo-chrétiens se préparent pour la venue du Christ. Tour d’horizon d’un gigantesque gâchis sur fond d’atmosphère millénariste.
Gilles Kepel, le grand spécialiste de l’islam, l’une des dernières voix de la raison sur un sujet contaminé par les passions, écrit dans Terreur et Martyre : « Depuis le 11 septembre 2001, deux Grands Récits opposés se sont disputés l’intelligence du monde : la guerre américaine contre la Terreur et l’exaltation du martyre par les djihadistes. En voulant nous sauver du Mal – l’un pour parachuter la démocratie au Moyen-Orient, l’autre pour assurer l’apothéose de l’islamisme radical sur la planète – ils ont enfanté la barbarie. Mais sur le terrain, ni les néo-conservateurs ni Al Qaida ne l’ont emporté, basculant au contraire dans la déchéance morale. Avec les succès remportés par le Hezbollah face à Israël, la conquête de Gaza par Hamas, le fiasco de l’occupation de l’Irak, la paix américaine, qui devait simultanément sécuriser l'État hébreu et les flux d’hydrocarbures, s’est avérée une chimère. C’est le cercle vicieux de la Terreur et du Martyre ». Nous en sommes là. Les islamistes referment leur filet sur des néoconservateurs qui ont définitivement accepté leurs règles du jeu. Déjà, la semaine dernière, un communiqué de la Ligue de Défense Juive, émanation française de la JDL américaine, organisation raciste et terroriste interdite en Israël, justifiait l’attentat dont a été victime Zeev Sternhell avec la même rhétorique que celle des
islamistes. En inversant l’accusation de « victime » et de « bourreau », et en accréditant ainsi la sempiternelle justification des antisémites selon laquelle « il n’y a pas de fumée sans feu » et que, finalement, « ils l’ont bien cherché », les fascistes de la JDL légitiment ainsi le terrorisme comme moyen de répondre et de réparer une injustice. L’intitulé du communiqué était ainsi sans équivoque : « Qui sème le vent récolte la tempête ». Mais il y a bien plus inquiétant. Alors que les offensives néoconservatrices et israéliennes ont, par leur incroyable absurdité et leur potentiel contre-productif, offert sur un plateau les arguments permettant à des fanatiques islamistes de s’imposer au pouvoir (Mahmoud Ahmadinejad à Téhéran, le Hamas à Gaza et le Hezbollah à Beyrouth), la solution curative du mal par le mal s’impose progressivement. Un haut gradé de l’armée israélienne a décidé de rompre le silence et a donné une interview au journal israélien Yédiot Ah’oronot, dans laquelle il utilise la même rhétorique que... Ahmadinejad ! Dans un article intitulé « La stratégie de Dahiya ou l’abandon de la riposte proportionnelle », Gadi Eizenkot, commandant en chef de Tsahal pour la région Nord, appelle à la punition collective et indiscriminée de l’ensemble d’une population dont les dirigeants frayent avec le terrorisme. Exactement le même argument que les islamistes du Hamas ! En appelant à rayer de la carte le Liban et Gaza, comme l’a fait Ahmadinejad pour Israël, le malade mental génocidaire Gadi Eizenkot ne se distingue plus en rien de la clique islamiste qu’il prétend éradiquer.
islamistes. En inversant l’accusation de « victime » et de « bourreau », et en accréditant ainsi la sempiternelle justification des antisémites selon laquelle « il n’y a pas de fumée sans feu » et que, finalement, « ils l’ont bien cherché », les fascistes de la JDL légitiment ainsi le terrorisme comme moyen de répondre et de réparer une injustice. L’intitulé du communiqué était ainsi sans équivoque : « Qui sème le vent récolte la tempête ». Mais il y a bien plus inquiétant. Alors que les offensives néoconservatrices et israéliennes ont, par leur incroyable absurdité et leur potentiel contre-productif, offert sur un plateau les arguments permettant à des fanatiques islamistes de s’imposer au pouvoir (Mahmoud Ahmadinejad à Téhéran, le Hamas à Gaza et le Hezbollah à Beyrouth), la solution curative du mal par le mal s’impose progressivement. Un haut gradé de l’armée israélienne a décidé de rompre le silence et a donné une interview au journal israélien Yédiot Ah’oronot, dans laquelle il utilise la même rhétorique que... Ahmadinejad ! Dans un article intitulé « La stratégie de Dahiya ou l’abandon de la riposte proportionnelle », Gadi Eizenkot, commandant en chef de Tsahal pour la région Nord, appelle à la punition collective et indiscriminée de l’ensemble d’une population dont les dirigeants frayent avec le terrorisme. Exactement le même argument que les islamistes du Hamas ! En appelant à rayer de la carte le Liban et Gaza, comme l’a fait Ahmadinejad pour Israël, le malade mental génocidaire Gadi Eizenkot ne se distingue plus en rien de la clique islamiste qu’il prétend éradiquer.
LA STRATEGIE DE DAHIYA
Ou l’abandon de la riposte « proportionnelle »
Par Yaron London
www.YnetNews.com, émanation de Yédiot Ah’oronot - 06/10/08
Article traduit par Albert Soued pour www.nuitdorient.com
La « stratégie de Dahiya » est une expression qui va s’installer dans le vocabulaire de notre défense sécuritaire. Dahiya est le quartier shiite de Beyrouth que nos pilotes ont transformé en amas de décombres, lors de la 2ème Guerre du Liban. Lors d’une interview le 3/10/08 du Commandant en chef de la région Nord, Gadi Eizenkot, par Yédiot Ah’oronot, il a énoncé clairement le changement de stratégie. Si jamais il y avait une nouvelle confrontation avec le Hizbollah, nous ne perdrons pas notre temps à rechercher les dizaines de milliers de lanceurs de missiles et nous ne gaspillerons pas le sang de nos soldats à démanteler les positions fortifiées de l’ennemi. Nous détruirons plutôt le Liban, sans tenir compte des protestations extérieures. Nous pulvériserons les 160 villages shiites qui sont devenues les bases armées de l’ennemi et nous n’épargnerons pas l’infrastructure d’un pays contrôlé en fait par le Hezbollah.
Cette stratégie n’est pas une menace proférée par un officier passionné, et elle correspond à un plan accepté par l’armée.
Jusqu’ici, la « stratégie de Dahiya » n’a pas été adoptée, tout simplement parce qu’Israël a essayé de se cramponner à l’idée de faire une distinction entre « bons et mauvais Libanais ». On pensait que si on frappait seulement « les mauvais gars », les « bons gars » allaient se renforcer. Mais on s’était trompé, les « mauvais gars » se sont emparés du pays. Aujourd’hui tout le Liban est devenu un avant-poste Iranien. Sur les plans démographique et militaire, sur le plan de la confiance, de l’infrastructure sociale, de l’esprit de combat et du soutien étranger, tout est en faveur de Nasrallah. Cette situation est à la fois bonne et mauvaise. Mauvaise, parce qu’au Nord, nous avons un état totalement pervers. Bonne, parce qu’on n’a plus besoin de faire de distinctions. Le nouveau point de vue des stratèges d’Israël est que le Liban est un ennemi, plutôt qu’un rassemblement de factions, dont certains sont des ennemis, alors que d’autres sont les victimes d’une situation qu’ils ne contrôlent pas.

Nos voisins sont totalement responsables de ce que font leurs dirigeants. Nous avons échoué quand nous avons essayé de faire une distinction entre « personnes innocentes » et « dirigeants coupables ». Nous avons échoué dans nos efforts de distinguer entre des « personnes simples qui ont des parents et des enfants » et ceux qui les incitent. Sans le dire explicitement, nous sommes parvenus à la conclusion que les nations sont responsables des actes de leurs dirigeants. En termes pratiques, les Palestiniens de Gaza sont tous des Khaled Mashaal, les Libanais sont tous des Nasrallah et les Iraniens sont tous des Ahmedinejad. Il est regrettable que cette doctrine n’ait pas prévalu dans les jours qui ont suivi notre retrait du Liban, et immédiatement après notre désengagement de Gaza, lorsque des salves de roquettes se sont abattues sur le nord du Néguev. Dans les 2 cas, nous nous sommes fait des illusions en pensant que le peuple était différent de ses dirigeants ou qu’il était surtout préoccupé de sa survie, étant l’otage « d’éléments radicaux et irresponsables ». Si on avait adopté immédiatement la stratégie de Dahiya, on aurait évité beaucoup d’ennuis. Et appliquer cette stratégie à Gaza aurait fait comprendre au Hamas que nos frappes ne seraient plus « proportionnelles ».
En fait, la stratégie de Dahiya est une doctrine adoptée par la plupart des Arabes. De leur point de vue, les sionistes sont des criminels, tous les citoyens d’Israël sont des sionistes, y compris les Juifs qui ne le sont pas. Ce sont seulement les agents de la propagande arabe, élevés en Occident, qui arrivent à faire la distinction entre un « gouvernement sioniste » et le peuple juif, « avec lequel nous n’avons pas de conflit historique et avec qui nous avons vécu en harmonie pendant de siècles ». Je ne propose pas d’adopter la manière de penser arabe, mais plutôt de tirer les conclusions d’une situation qui perdure où des États et des groupes politiques qui prétendent être représentatifs se défilent de leur responsabilité vis-à-vis de ceux qu’ils représentent. Je me réfère à la situation où les civils arabes se plaignent d’être punis du fait de leurs dirigeants, alors qu’ils les craignent plus qu’ils ne nous craignent. Aujourd’hui il faut inverser la situation et semer une peur plus grande parmi eux.
Ce genre de délires exterminateurs illustre à merveille la stratégie de la prophétie auto-réalisatrice mise en œuvre par les faucons, couplée à une réécriture révisionniste de l’Histoire pour servir les desseins de la propagande. Ainsi, l’intervention israélienne de 2006 n’a jamais fait le distinguo entre « bons » et « mauvais » gars comme le prétend ce criminel de guerre en puissance, mais a justement été aussi inefficace dans l’action (1000 morts libanais et un pays ravagé) qu’erronée dans son concept (guerre totale aérienne contre une guérilla islamiste infiltrée dans la population et très mobile). Tous les rapports de l’armée israélienne ont pointé l’échec tant stratégique que militaire de cette opération aventureuse, plongeant Tsahal dans l’un des plus grands malaises de son histoire. Pis : la dramatique intervention israélienne a en outre renforcé l’ennemi qu’elle prétendait combattre. Israël pensait couper les Libanais d’un Hezbollah rendu responsable du carnage ? C’est l’inverse qui s’est passé. Auréolé de cette « victoire », le Hezbollah a mobilisé à son profit une rhétorique d’union nationale autour de laquelle se sont même agrégés, comble de l’ironie, les Chrétiens libanais ! Echec sur toute la ligne, donc, auquel Gadi Eizenkot se propose de répondre par une réitération des mêmes erreurs, à une échelle bien plus grande…
Aux Etats-Unis cette fois, l’offensive populiste de la tension a engagé la campagne électorale dans une spirale incontrôlable dont nul ne peut prédire l’issue. Les incitations à la haine martelées par les plus extrémistes des Républicains exaltent les pires instincts de foules chauffées à blanc, au risque d’ouvrir une dangereuse boîte de Pandore agissant comme un exutoire de pulsions meurtrières inavouables. La stratégie assumée d’une campagne négative à outrance a fini par échapper à ses concepteurs pour laisser libre cours à une déferlante de fantasmes et de stigmatisations. Ce déchaînement de haine encouragé par les discours vindicatifs de Sarah Palin a pris toute sa mesure lors d’un meeting de la colistière de McCain sur le campus de l’université de Lehigh en Pennsylvanie, le 8 octobre. Avant le meeting, un responsable républicain local, Bill Platt, a électrisé la salle en scandant comme un mantra le nom honni de « Hussein Obama », puis Cindy McCain, la femme du candidat républicain, est intervenue pour hurler que Barack Obama « lui faisait froid dans le dos ». Durant le discours de John McCain, la foule hystérique a crié à plusieurs reprises : « terroriste ». Et quand McCain a demandé : « Qui est le sénateur Obama ? », cette masse haineuse a répondu en chœur : « C’est une bombe ! », en écho aux accusations républicaines selon lesquelles le candidat démocrate « copine avec des terroristes » (en raison des liens qui ont uni Barack Obama et l’ancien terroriste d’extrême gauche Bill Ayers).
Deux jours plus tôt, un correspondant du Washington Post présent à un meeting de Palin relate avoir entendu crier « Kill him ! » après une attaque virulente contre Barack Obama. Le même jour, à Albuquerque, au Nouveau-Mexique, dans les mêmes circonstances, un militant hurle suffisamment fort pour interrompre le discours de McCain : « Terroriste ! », sous les rires de la foule. McCain regarde autour de lui, esquisse un petit sourire, et continue sans même corriger l’insulte. Or le premier des commandements de la doctrine Bush est de tuer les terroristes. À partir du moment, donc, où la campagne républicaine s’ingénie à flatter les peurs et les instincts de haine autour d’un candidat présenté comme un « danger » pour l’Amérique en raison de sa « proximité culturelle » avec l’Islam, une campagne qui dépeint Obama comme un « terroriste », un « gauchiste », un élément d’une cinquième colonne islamiste qui s’apprête, dans une délirante théorie du complot, à prendre possession de la Maison-Blanche, je vous laisse appliquer le théorème… Le grand déversoir de clichés populistes vomit également la racaille politicienne de Chicago, les journalistes, les intellectuels de la côte Est, pour finir par flatter une Amérique éternelle de pionniers aux valeurs conservatrices ancrées dans la morale religieuse, à laquelle Sarah Palin a donné un visage. Plusieurs analystes politiques américains commencent à s’alarmer de cette libération des pulsions de haine favorisées par des Républicains en déroute dans les sondages.
Car voilà bien le point commun entre cette fuite en avant des néoconservateurs en politique étrangère et des Républicains sur la scène intérieure : la conscience de perdre pied, de voir ses idées battues en brèche par la réalité. Tous les éthologues vous diront qu’il n’y a pas d’animal plus dangereux qu’un animal blessé, qui se sent menacé. La propension des néoconservateurs à semer le chaos est décuplée par la perspective prochaine de voir l’application de leurs solutions abandonnées. Toute la doctrine néoconservatrice repose sur un fondement simple, exposé dans la Stratégie pour un Nouveau Siècle Américain : empêcher le déclin naturel de l’Amérique par une politique belliciste qui lui garantirait unilatéralement une « hégémonie bienveillante ». C’est ivres de ce rêve idéaliste que les néoconservateurs mènent la croisade pour inverser le cours de l’Histoire. Et c’est cette ivresse, altération des facultés d’observation et de réaction, qui concourt à faire de la politique néoconservatrice un échec permanent, dont les effets sont systématiquement contraires aux intentions recherchées. C’est la dichotomie colossale qui existe entre la poursuite entêtée de ce rêve et les réalités d’un monde redevenu multipolaire qui fonde l’aporie néoconservatrice. Ceux qui refusent de le comprendre sont condamnés à une fuite en avant dévastatrice que nous devons à tout prix endiguer avant qu’elle ne sème les germes des chaos futurs. Encore une fois, c’est Francis Fukuyama qui apporte un éclairage décisif sur les chimères de ces rêveurs-fous. Guéri du néoconservatisme par une lucidité recouvrée, il en dissèque mieux que personne les ressorts psychologiques dans un article pour Newsweek, « La chute d’America, Inc. », dont voici les extraits les plus marquants concernant la politique étrangère.
« Les idées constituent l’une de nos principales exportations, et deux idées fondamentalement américaines ont dominé la pensée mondiale depuis le début des années 1980 avec l’élection de Ronald Reagan à la présidence. La première est une certaine vision du capitalisme selon laquelle une faible imposition, une régulation minimale et un gouvernement réduit constitueraient les moteurs de la croissance économique, non seulement aux Etats-Unis mais dans le monde entier. La seconde grande idée était que faire de l’Amérique le champion de la démocratie libérale dans le monde tracerait le meilleur chemin vers un ordre international plus prospère et plus ouvert. Il est difficile d’évaluer à quel point ces traits caractéristiques de la marque américaine sont aujourd’hui discrédités. Entre 2002 et 2007, alors que le monde bénéficiait d’une période de croissance économique sans précédent, il était aisé d’ignorer les socialistes européens et les populistes sud-américains qui dénonçaient dans le modèle économique américain un « capitalisme de cow-boy ».
[…]
Mais la démocratie était d’ores et déjà ternie. Alors même qu’il avait été prouvé que Saddam Hussein ne possédait aucune arme de destruction massive, l’administration Bush tenta de justifier la guerre en Irak en l’intégrant à son vaste « agenda de la liberté » ; d’un seul coup, la promotion de la démocratie devenait une arme essentielle dans la guerre contre le terrorisme. Aux yeux de beaucoup de gens dans le monde, la rhétorique américaine sur la démocratie s’est mise à ressembler à une excuse visant à perpétuer l’hégémonie des Etats-Unis […] Rétablir notre réputation et restaurer l’attrait de notre marque représentent sous bien des aspects des défis tout aussi importants que la stabilisation du secteur financier. Quel que soit, de Barack Obama ou John McCain, celui qui l’emporte en novembre, il aura à mener un combat difficile se prolongeant sur des années. Et nous ne pourrons pas entreprendre cette tâche avant d’avoir clairement compris ce qui a cloché – en déterminant, parmi tous les aspects du modèle américain, lesquels sont sains, lesquels ont été appliqués de manière erronée, et lesquels doivent être purement et simplement abandonnés.
De nombreux commentateurs ont remarqué que l'effondrement de Wall Street marquait la fin de la période Reagan. Ils ont parfaitement raison […] Au plan international, la révolution reaganienne s’est traduite par le « Consensus de Washington », en vertu duquel Washington – ainsi que les institutions sous son influence, comme le Fonds monétaire international et la Banque mondiale – a incité les pays émergents à ouvrir leurs économies. Régulièrement voué aux gémonies par des populistes comme le Vénézuélien Hugo Chavez, ce Consensus a quand même réussi à amortir la crise de la dette sud-américaine du début des années 80, à un moment où le fléau de l’hyperinflation secouait des pays comme le Brésil ou l’Argentine. Ce sont également des politiques de même type qui ont permis à la Chine et à l’Inde de devenir les puissances économiques qu’elles sont aujourd'hui. Et ceux qui auraient besoin de preuves supplémentaires n’ont qu’à se pencher sur les exemples les plus extrêmes de gouvernement hypertrophié dans le monde – les économies centralement planifiées de l’ancienne Union soviétique et d’autres Etats communistes. Leur implosion après la chute du Mur de Berlin n’a fait que confirmer que ces Etats providence gavés de stéroïdes étaient une impasse historique. Comme tout mouvement transformateur, la révolution reaganienne s’est dévoyée lorsqu’elle est devenue, pour beaucoup de ses partisans, une idéologie irrécusable, et non plus une réponse pragmatique aux excès de l’Etat providence. Deux de ses concepts étaient sacro-saints : le premier affirmait que les baisses d’impôts s’autofinanceraient ; le second, que les marchés financiers étaient capables de s’autoréguler.
[…]
L’autre composant essentiel de la marque américaine est la démocratie et la volonté des Etats-Unis de soutenir les autres démocraties à travers le monde. Cette veine idéaliste de la politique étrangère américaine a été une constante au cours du siècle écoulé, depuis la Ligue des Nations de Woodrow Wilson jusqu’aux Quatre Libertés de Roosevelt en passant par l’appel lancé par Ronald Reagan à « démolir ce mur ». Promouvoir la démocratie – à travers la diplomatie, l’aide aux groupes de la société civile, les médias libres et le reste – n’a jamais fait l’objet de controverse. Le problème à présent est qu’en utilisant la démocratie pour justifier la guerre en Irak, l’administration Bush a convaincu beaucoup de gens que le terme démocratie n’était qu’un mot codé recouvrant l’intervention militaire et le changement de régime. Le Moyen-Orient en particulier restera un champ de mine pour n’importe quelle administration américaine du fait que les Etats-Unis y soutiennent des régimes non démocratiques comme celui d’Arabie Saoudite tout en refusant de travailler avec des groupes comme le Hamas et le Hezbollah qui ont pourtant été portés au pouvoir par des élections. Nous n’avons guère de crédibilité lorsque nous nous proclamons les champions d’un « agenda de la liberté ». Le modèle américain a également été gravement terni par l’utilisation de la torture par l’administration Bush. Après le 11 Septembre, les Américains ont donné la triste image d’un peuple prêt à renoncer aux garanties constitutionnelles dans l’intérêt de la sécurité. Aux yeux de nombreux non-Américains, la prison de Guantanamo et le détenu encagoulé d’Abou Ghraib ont depuis lors remplacé la statue de la Liberté en tant que symboles de l’Amérique. […] Au plan mondial, les Etats-Unis n’occuperont plus la position hégémonique qui était la leur jusqu’à présent ».
Traduit de l’anglais par Gilles Berton
Copyright 2008, « Newsweek », inc.
Published Oct 4, 2008
From the magazine issue dated Oct 13, 2008
Pour toutes ces raisons, nous souhaitons ardemment que Barack Obama remporte l’élection présidentielle le 4 novembre. Chasser du pouvoir les néoconservateurs, et réduire leur influence délétère dans le domaine des idées, est une absolue priorité pour la sécurité du monde. En privant ainsi les islamistes et les djihadistes de leur miroir inversé, la lutte contre le terrorisme et l’obscurantisme religieux pourra repartir sur des bases saines et efficaces, autour de plusieurs points.
1. La « guerre contre la terreur » est devenue une « guerre des civilisations ». Or la guerre des civilisations est souhaitée, revendiquée, et menée par les islamistes. Y donner corps et crédit comme l’ont fait les néoconservateurs constitue la principale victoire des islamistes.
2. Afin de briser cet engrenage, il faut troquer la rhétorique civilisationnelle contre une rhétorique de contre-terrorisme, et couper l’herbe sous le pied des terroristes en cessant d’épouser leur conception du monde. Lorsque l’on épouse les conceptions du monde de groupes fanatiques, on finit par épouser leurs modes d’action, comme le prouve l’article du faucon israélien psychopathe dont nous avons reproduit des extraits.
3. Ainsi, des actions coordonnées d’infiltration menées conjointement par les services de renseignement de tous les Etats, couplées à un travail incessant de démantèlement des réseaux dans le cadre d’une guerre asymétrique, seront bien plus efficaces pour réduire les poches du terrorisme que l’invasion d’un Etat au nom de la démocratie.
4. Surtout, il s’agit d’agir en amont et de briser la racine sociale du mal sur laquelle prospère l’islamisme. Favoriser ainsi les réformistes et les démocrates au sein de la société civile des Etats de l’ère musulmane est le meilleur moyen de saper l’instrumentalisation du politique par le religieux.
Abandonner les chimères hégémoniques du Nouveau Siècle Américain constitue ainsi un préalable indispensable afin que les Etats-Unis puissent tirer la meilleure part de l’émergence d’un monde redevenu multipolaire. Ou alors, la fuite en avant des néoconservateurs conduira le monde au chaos, main dans la main avec leurs frères-en-pensée islamistes.
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