LE PAKISTAN DÉCLARE LA GUERRE AUX TALIBANS

Publié le par Anomalie


Grâce au soutien des talibans pakistanais, Al Qaida a reconstitué depuis plusieurs années ses forces dans les zones tribales du nord-ouest du Pakistan (les FATA), frontalières avec l’Afghanistan, et les talibans afghans leurs bases arrières. Mais les talibans pakistanais avaient progressé ensuite hors des zones tribales en s’emparant à l’été 2007 de la vallée de Swat, jusqu’alors le site le plus touristique du pays, d’où ils ont lancé leur conquête de la province voisine de NWFP.

 

Les autorités pakistanaises ont enfin décidé de réagir, avec détermination. Trop tard ou non, l’avenir le dira. Dès mardi, l’armée a lancé une vaste offensive sur plusieurs fronts pour reprendre aux talibans leurs conquêtes récentes dans la province de la Frontière du Nord-Ouest, voisine des zones tribales du Waziristân. La région de Malakand – comprenant les districts de Swat, Dir, Shangla et Buner – avait été sacrifiée il y a deux semaines par le pacte de dupe qu’avaient conclu les talibans et le gouvernement : l’établissement des tribunaux islamiques dans cette zone contre la promesse des islamistes de déposer les armes. Las ! À peine deux jours plus tard, le 12 avril, les talibans entreprenaient la conquête militaire de Buner, tombée sans grande résistance. Mais mieux vaut tard que jamais : le président pakistanais a enfin compris qu’à défaut de paix, ces accords n’apporteraient que la charia et la guerre. Le Pentagone, qui avait qualifié de dramatique « abdication » les accords de cessez-le-feu entre les talibans et le gouvernement, s’est réjoui de cette offensive par la voix de Geoff Morell, et appelle le Pakistan à « maintenir ces opérations au même rythme talonner les activistes pour finir par les vaincre ».

 

Les forces pakistanaises ont donc investi aujourd’hui, 29 avril, le district de Buner, tandis qu’était lancée il y a deux jours une offensive dans le secteur de Dir, sur la frontière afghane, où les combats ont été très violents. Plus de 30000 personnes selon Amnesty International ont déjà fui les zones de combat. Des avions de chasse, appuyés par un déploiement de forces au sol, ont bombardé les bastions talibans, contraignant les islamistes à reculer : 70 combattants islamistes ont été tués durant les combats, selon l’armée, alors que le chef des talibans de Dir, Maulana Amir Khitab, un Afghan se faisant appeler « Hafeezullah », ne revendique que quatre pertes dans ses rangs… La guerre de communication se met donc progressivement en place, et promet de faire rage. Car la situation semble loin d’être aussi favorable que les déclarations lénifiantes de l’armée le laissent croire. Si la ville de Dagar, chef-lieu du district de Buner, a été aujourd’hui libérée des talibans, après que les forces aéroportées ont opéré une jonction avec la police et les forces au sol, près d’un demi-millier de talibans campent toujours dans la vallée de Buner, à environ 140 km au sud-est de la frontière afghane. Ils ont même remporté une bataille d’importance aujourd’hui : la capture de 70 policiers, dont seuls 18 ont pu être libérés par l’armée…



Pire : les talibans, qui considèrent désormais caducs les accords « charia contre paix », qu’ils ont eux-mêmes violés, avertissent désormais les autorités d’une reprise du djihad contre le gouvernement. Une nouvelle plus qu’inquiétante, rapportée par Dawn au moment de boucler cet article, doit inciter à la prudence dans le relais des informations. Alors que les talibans ont attiré l’armée dans les lointains districts de Dir et de l’ouest de Buner, un contingent de combattants islamistes sont entrés dans la région jusqu’alors relativement préservée de Manshera, pour y établir un camp d’entraînement et une nouvelle base arrière… La perte du contrôle de Manshera pour le gouvernement serait catastrophique, dans la mesure où la grande route stratégique reliant le Pakistan à la Chine via le Cachemire, la route Karakoram, traverse le district. Les talibans pourraient ainsi opérer la jonction avec leurs frères islamistes et terroristes cachemiris, menaçant alors l’Inde… Malgré la vaste offensive menée par le gouvernement, les talibans se rapprochent donc encore un peu plus d’Islamabad, capitale d’un Etat qui joue en ce moment même sa survie…

 

Source image : Long War Journal



Publié dans Islam et islamisme

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