LE PAKISTAN PEUT-IL TOMBER AUX MAINS DES TALIBANS ?

Publié le par Anomalie

La situation ne cesse de se dégrader au Pakistan ; depuis deux ans, et le lancement de l’offensive terroriste d’Al Qaida couplée à la pression politico-militaire des talibans, elle est devenue alarmante. Le péril est désormais réel d’une confrontation généralisée entre les forces armées pakistanaises et les talibans alliés aux djihadistes salafistes. Le Pakistan paye ainsi le double jeu de son alliance de façade à la guerre contre le terrorisme (l’aveuglement de l’administration Bush à cet égard a été littéralement désastreux) et de son soutien – via les puissants services secrets de l’ISI – aux militants islamistes des zones tribales autonomes du Waziristân. La vague d’attentats à Islamabad, Peshawar, Karachi ou Lahore, qui a culminé avec l’attentat qui a coûté la vie à Benazir Bhutto, a fait depuis 2006 plus de 1500 victimes.


Les réseaux de ce que certains spécialistes nomment le triangle islamiste sunnite (Al Qaida pour son volet terroriste – talibans pour son volet militaire et idéologique – et ISI pakistanaise pour son volet institutionnel) sont en passe de prendre le contrôle de la majeure partie de l’Afghanistan et des zones tribales pakistanaises frontalières. Les derniers mois ont été marqués par une avancée irrépressible de ces réseaux au Pakistan. Les talibans sont déjà
maîtres de près des trois quarts de l’Afghanistan, signant l’échec dramatique de la War on Terror engagée dans le pays depuis 2001. Ils contrôlent également la totalité des zones tribales pakistanaises, ce que l’on appelle les FATA (Federally Administrated Tribal Areas), sanctuaire d’où ils lancent leurs attaques dans la double direction de l’Afghanistan voisin et surtout de la province du Nord-Ouest pakistanais, leur nouvelle cible. Ce sont sur les districts de cette province que se concentre la vaste offensive actuelle pour le contrôle de l’ensemble des districts du NWFP (North-West Frontier Province), sur la route d’Islamabad, la capitale. Via la vallée de Swat, octroyée aux talibans par le gouvernement pakistanais la semaine dernière, les islamistes se sont emparés il y a deux jours de la province de Buner, malgré leur promesse de déposer les armes une fois acquise leur souveraineté sur la vallée de Swat. La carte ci-dessous montre l’avancée inexorable des talibans qui campent désormais à moins de 100 kilomètres d’Islamabad, bien décidés à prendre d’assaut la capitale du géant nucléaire.



Source image : LongWar Journal


Publié dans Islam et islamisme

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Anomalie 27/04/2009 02:17

Le Pakistan,vraie cible des talibans 
L'éditorial de Pierre Rousselin du 24 avril.

Un État menacé d'implosion, disposant de l'arme nucléaire et traversé par un puissant courant islamiste : le mouvement djihadiste international ne peut rêver meilleure cible pour asseoir son projet de nouveau califat. Si les talibans ne sont plus, aujourd'hui, qu'à une centaine de kilomètres d'Islamabad, la capitale du Pakistan, ce n'est pas par hasard.Les alliés d'al-Qaida ont lancé une campagne redoutable qu'ils mènent avec application. Leur stratégie militaire et politique est autrement plus efficace que les atermoiements occidentaux en Afghanistan.Inexorablement, ils grignotent du terrain. Et ils le font là où cela compte : au Pakistan. L'Afghanistan n'est pour eux qu'un piège où ils ont attiré les forces de l'Otan. Les soldats de quarante-deux pays s'épuisent à y défendre un gouvernement corrompu et à contrôler des vallées inaccessibles pendant que les talibans poursuivent leur véritable objectif, de l'autre côté de la frontière.Au Pakistan, les islamistes profitent de la gangrène qui mine l'appareil d'État et de l'incapacité des États-Unis à trouver un point d'appui pour les combattre.L'accord conclu, en février, entre la province de la Frontière du Nord-Ouest et les talibans de la vallée de Swat est un cas d'école. Les autorités provinciales voulaient acheter le calme en autorisant les insurgés à faire régner la charia dans le district de Swat.En échange du contrôle de la vallée, qui ouvre sur le Pendjab, le cœur du pays, les talibans étaient censés déposer les armes. Évidemment, il n'en a rien été. Le gouvernement fédéral a hésité avant d'entériner l'accord. Quelques jours plus tard, les islamistes s'emparaient du district voisin de Buner. Désormais un émirat taliban est implanté à une centaine de kilomètres de la capitale, Islamabad. Il va servir de point de ralliement pour les terroristes et de tremplin pour leurs attaques. Le Pendjab, la région la plus peuplée du pays, est directement menacé. Le danger est d'autant plus pressant que les grandes villes plus au sud, Islamabad, Lahore ou Karachi, ont déjà montré combien elles étaient vulnérables aux attentats.L'épisode de la vallée de Swat illustre la difficulté de distinguer les «bons» talibans des «mauvais», de dénicher ces fameux «talibans modérés», avec lesquels la nouvelle Administration américaine veut négocier en Afghanistan. Comment le pourrait-elle alors que les services pakistanais n'ont pas réussi à encourager les talibans à combattre en Afghanistan pour avoir la paix chez eux ?Le Pakistan est à la dérive. Le pouvoir civil est dépassé par les événements et l'armée, seule colonne vertébrale du pays, est elle-même divisée. Beaucoup de militaires ne sont pas prêts à faire la guerre à une partie de la population ou à combattre des groupes djihadistes qu'ils ont eux-mêmes formés.La menace d'un effondrement du Pakistan devient réelle. Avant que les talibans ne s'emparent des leviers de commande de ce pays doté de l'arme nucléaire, il serait bon de trouver une riposte.