APOCALYPSE CLIMATIQUE : LES ILLUMINÉS PROPHÉTISENT LA FIN DU MONDE
Longtemps tenu pour un défi plus polémique que vital, le réchauffement climatique figurait en bonne place au menu du G8, tenu en Italie début juillet 2009. Les Etats-Unis, c’est notoire, ont toujours minimisé les dégâts provoqués par la pollution industrielle. Et quand Barack Obama y a annoncé sa volonté de réduire de moitié l’émission de gaz à effet de serre, c’est pour le fixer à l’horizon… 2050. Cet optimisme temporisateur de la Maison-Blanche n’est pas le reflet, tant s’en faut, de l’opinion outre-Atlantique sur le sujet. Tout au contraire. En Amérique, pays à la décontraction fort codifiée, parler de la pluie et du beau temps n’est plus le biais favori pour “rompre la glace” avec un inconnu. De nos jours, les considérations climatiques sont devenues un sujet grave et polémique, existentiel et… quasi-mystique.
On assiste ainsi à une confusion troublante entre hypothèses scientifiques et prédictions bibliques, puisque les unes et les autres s’accordent sur la prévision d’une grande calamité imminente. Un canevas identique structure ces discours, du moins dans leur version vulgarisée pour le grand public, qui rappelle celui du Déluge dans la Bible : la méchanceté de l’homme et sa voracité matérialiste déclenchent une avalanche de désastres qui finit par engloutir l’univers habité. Rien n’illustre mieux cette confusion que la chaîne américaine du câble “Weather Channel”. Crée en 1982, ce “canal du temps”, qui ne dépend pourtant point d’une quelconque obédience évangélique, diffuse en continu, jour et nuit, un état du ciel proprement apocalyptique sur fond de musique dramatique. Il est vrai que les Etats-Unis, terre d’élection protestante, où l’on cultive une lecture littérale de la Bible, en a hérité une fascination pour la question des fins dernières.
Une course vers l’abîme qui, de catastrophes climatiques en guerres israélo-arabes, ou duels à mort entre Gog et Magog, forces du Bien contre légions du Mal, devrait déboucher sur la défaite de l’Antéchrist, le retour de Jésus, la conversion des Juifs invités ainsi à « se racheter » d’avoir jadis « rejeté » le Fils de Dieu et, enfin, l’instauration du Millenium, à savoir mille ans de règne de justice et de paix sur un monde « nettoyé » de toutes les âmes impures. Ce miracle interviendra après la bataille finale dite d’Armageddon, site du village palestinien d’El-Lajjoun détruit, justement, lors de la création de l’Etat juif, pour laisser place au prospère Kibboutz israélien Har-Meggido. S’agissant de l’Antéchrist, il aura pris tour à tour depuis, sous la plume de Hal Lindsay, la figure de l’Ours soviétique, puis de l’islam, ensuite de… l’Europe des Quinze avec l’affable Romano Prodi en tête d’affiche, puis de nouveau l’islam avant de pointer fin 2008 son doigt accusateur sur le président Barack « Hussein » Obama.
Pas seulement l’industrie culturelle : le « rapport secret » sur les risques climatiques, commandé par le Pentagone fin 2003 (et qui vient de tomber dans le domaine public) regorge lui aussi de ces inquiétudes eschatologiques. Que dit donc ce document, fruit d’un intense travail collectif sollicitant climatologues, physiciens, océanologues, historiens, agronomes et géopoliticiens ? Qu’un « changement brusque et imminent » de température interviendrait dès 2010 – cela me rappelle une affiche populaire du début du XX° siècle fixant la fin du monde à 1910 ! – et se traduirait par une chute vertigineuse du mercure entraînant une réduction de la circulation thermohaline et de l’humidité des sols à cause de l’apparition de vents violents…
Voilà donc le décor planté, celui de la grande catastrophe, du péril imminent. Le tic-tac de la conflagration cosmique accompagne-t-il déjà la descente aux enfers ? L’Horloge de l’Apocalypse existe bel et bien, en tout cas, aux Etats-Unis, à Chicago. Cette « Doomsday Clock », sur le cadran de laquelle minuit représente la fin du monde, a été inaugurée en 1947, suite aux bombardements atomiques de Nagasaki et Hiroshima. Un Bulletin des scientifiques atomistes tient à jour le minutage en fonction de l’actualité internationale. La fin du monde a été ainsi avancée et reculée dix-huit fois. La dernière fut en janvier 2007, suite au défi nucléaire lancé par l’Iran et la Corée du Nord, l’avant-dernière en 2005 suite au tsunami qui ravagea l’Asie du Sud Est. Les aiguilles sont actuellement réglées sur minuit moins cinq (23:55). Plus que cinq minutes avant la fin des temps !Climat : les 5 dernières minutes
Par Slimane Zeghidour
Deux Ex Machina, 15 juillet 2009
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