JOHN MCCAIN : AVEC DIGNITÉ ET ÉLÉGANCE
Éclipsé par la victoire historique de Barack Obama, un second événement a pourtant marqué la nuit du 4 novembre, un événement qui a constitué une parenthèse poignante dont la sincérité a d’emblée imposé le respect jusque dans le cœur du plus cynique des observateurs. Même la liesse s’est doucement tue pour écouter. Comme beaucoup, j’ai été très touché par le dernier discours de John McCain à Phoenix qui – pourquoi ne pas l’avouer ? – a réussi le tour de force d’être plus émouvant et plus « humain » encore que le premier discours du président Obama à Chicago devant une foule écrasante et en larmes. Accablé par une défaite cuisante, John McCain ne s’est pas départi de sa dignité et a su trouver les mots justes pour exhorter l’autre Amérique, celle qui l’a soutenue, à marcher derrière Barack Obama.
Mais il a très vite pris conscience du potentiel dévastateur pour l’unité de l’Amérique de ces véritables appels à la haine et à la suspicion – qui ne lui ressemblent pas – lors d’un meeting à Albuquerque dans le Nouveau-Mexique. À une militante arriérée qui vomissait sa bêtise en ces termes : « mais j’ai lu des choses sur lui, c’est un Arabe, vous savez », John McCain a arraché le micro pour se lancer dans un vibrant hommage à son rival attaqué, sous les huées d’un troupeau de militants hargneux. Ce sont ces mêmes huées qui ont salué son magnifique discours de réconciliation et d’apaisement au soir de la défaite. Et c’est à ce moment que l’on s’est dit que cette meute sordide et poussiéreuse ne méritait pas un candidat de valeur comme John McCain. Depuis la révolution conservatrice reaganienne dans les années 80 et le « nouveau contrat moral » de Newt Gingrich dans les années 90, la droitisation accélérée du Parti républicain a trouvé son point d’orgue avec l’OPA des néoconservateurs et de la droite religieuse. Le Parti Républicain demeure aujourd’hui l’otage de son extrême droite qui a pris progressivement l’ascendant sur son aile modérée. La pondération et l’élégance de John McCain étaient insupportables pour cette coalition extrémiste qui considère l’arène politique comme le champ de bataille idéologique d’une contre-révolution morale et religieuse.