BARACK OBAMA OU JOHN MCCAIN ? J-7 ET 5 SCENARII
Plus que sept jours. Sept petits jours qui vont clore la campagne électorale la plus passionnante de l’histoire récente des Etats-Unis. Le vainqueur, quel qu’il soit, aura la lourde tâche de restaurer le prestige international d’une Amérique mise plus bas que terre par la clique de truands qui a occupé la Maison-Blanche pendant huit ans. George W. Bush achève son règne de manipulation, de corruption et de mensonges dans une atmosphère crépusculaire, en atteignant les cimes de l’impopularité, couronné du titre inavouable de pire président de l’après-guerre aux Etats-Unis. Jamais les Américains n’ont autant été la proie du doute, constatant un peu plus chaque jour l’ampleur des ravages économiques et politiques laissés par cette marionnette entre les mains d’idéologues fanatisés et inconscients qui n’auraient osé rêver jouet plus malléable pour mener à bien leurs desseins. C’est l’une des raisons de l’espoir fou et de la frénésie quasi-extatique qui se sont répandu sur l’ensemble de la surface du globe pour un homme, Barack Obama, symbole d’une Amérique pour laquelle des milliards d’êtres humains sont toujours prêts à s’enflammer. Voilà qui aura au moins un mérite : renvoyer définitivement dans les poubelles de la pensée les procédés de terreur intellectuelle qui consistaient à faire croire qu’être anti-Bush, c’était l’échappatoire convenue pour ne pas avouer son anti-américanisme. Ce genre de manipulations staliniennes est donc enfin caduc. Reste une inconnue de taille : Barack Obama peut-il être élu ? La question paraît surréaliste au moment où les sondages lui font un pont d’or, et que sur le papier, il est déjà virtuellement le quarante-quatrième président des Etats-Unis. À une semaine du scrutin, les projections en termes de grands électeurs donnent à Barack Obama une avance considérable sur son rival républicain. Selon l’excellent site RealClearPolitics, Obama dispose d’ores et déjà de 306 grands électeurs, soit 36 de plus que la barre fatidique des 270 nécessaires à la victoire, alors même que 7 Etats demeurent indécis. Cela signifie que même si John McCain arrachait ces 7 Etats le soir du scrutin, et en prenait 1 autre à Barack Obama, le candidat démocrate serait tout de même élu (voir la carte ci-dessous) ! Et même si McCain devait remporter l’élection, il ne pourrait le faire que d’une très courte tête : il doit ravir à Barack Obama des Etats qui paraissent cette année inexpugnables (le Michigan, le Minnesota, le Wisconsin, le Nouveau-Mexique ou la Pennsylvanie) et son propre réservoir d’Etats très limité lui interdit d’espérer une vague républicaine. En revanche, Barack Obama peut aussi bien gagner sur le fil que surfer sur un véritable raz-de-marée : il est déjà confortablement assis sur tous les Etats remportés par Al Gore en 2000, et mène avec une avance allant de 2 à 8 points dans dix Etats remportés par Bush la même année. Statistiquement, la marge de manœuvre de McCain est donc quasi-nulle : il doit remporter les Etats indécis qui sont tous, à une semaine de l’échéance, en faveur d’Obama, ET ravir un gros Etat démocrate. En apparence, mission impossible, donc, pour John McCain.
Pourquoi le doute, alors ? Pour plusieurs raisons.
Premièrement, évacuons la raison principale qui est mon pessimisme naturel ! Je préfère envisager le pire et ne m’autoriserai à croire à la victoire de Barack Obama que lorsque je verrai son visage apparaître sur l’écran dans la nuit de mardi à mercredi prochain !
Deuxièmement, le « Bradley Effect ». Tom Bradley était le candidat afro-américain pour l’élection au poste de gouverneur de Californie en 1982. À la surprise générale, il perdit les élections alors que les sondages, y compris les sondages sortis des urnes le jour du scrutin, le donnaient largement en tête durant toute la campagne. On appelle donc « Bradley Effect » la distorsion qui existe, lorsque le candidat est noir, entre le comportement effectif des votants dans l’isoloir et les déclarations de ces mêmes votants aux sondeurs, motivées par le politiquement correct et la crainte de paraître raciste. Or dans certains Etats, comme la Pennsylvanie, la Virginie, l’Ohio et le Colorado, où Barack Obama est légèrement ou plus largement en tête, il est très difficile de mesurer le phénomène. La question est donc de savoir si la marge d’erreur naturelle des sondages couplée au « Bradley Effect » ne pourrait pas faire basculer l’élection dans ces Etats.
Enfin, Barack Obama est le candidat le plus à gauche susceptible de jamais rentrer à la Maison-Blanche. Il est donc également difficile de connaître dans les sondages l’impact qu’aura eu sur un électorat américain traditionnellement conservateur et patriotique la campagne négative menée par le camp républicain sur le thème : Barack Obama est le candidat du socialisme et des forces anti-américaines, qu’elles soient intérieures (le terroriste d’extrême gauche Bill Ayers) ou étrangères (le profil atypique de Barack Obama, élevé en Indonésie dans la foi musulmane, avant d’embrasser un christianisme « douteux » sous la houlette de son « guide spirituel », le pasteur raciste et antisémite Jeremiah Wright).
À une semaine du scrutin, nous avons élaboré cinq scénarii pour le Collège électoral américain. Pour chacun d’entre eux, nous indiquerons la plausibilité de sa réalisation.
SCÉNARIO 1 : LE SCÉNARIO-CATASTROPHE POUR BARACK OBAMA
Dans ce scénario, « l’effet Bradley » joue à plein. Obama parvient certes à maintenir ses positions dans les Etats traditionnellement démocrates, mais échoue à conquérir les Etats républicains qui pouvaient basculer cette année, dans lesquels les sondages le donnaient largement devant (Ohio, Virginie, Colorado, Nouveau-Mexique). Mais le choc vient surtout de la perte de la Pennsylvanie et du New Hampshire, où Barack Obama menait dans les sondages par respectivement 10,8 et 8,5 points d’avance. Rappelons-nous que ces deux Etats étaient pourtant très serrés en 2004 (John Kerry ne remporta le New Hampshire que de 0,9 points). Ce scénario, bien que plausible, est peu probable.
SCÉNARIO 2 : VICTOIRE SUR LE FIL POUR JOHN MCCAIN
C’est l’exacte configuration de l’élection très serrée de 2000 entre Bush et Al Gore. Obama remporte les mêmes Etats que Gore, et McCain l’emporte dans ceux de Bush. C’est un désaveu majeur pour les sondages, qui avaient donné à Obama la possibilité de créer la surprise dans une dizaine d’Etats à sa portée, qui se sont rangés in extremis derrière McCain. C’est le scénario qui a longtemps eu ma faveur. Mais la crise financière et la catastrophe Sarah Palin sont passées par là ! Ce scénario n’en demeure pas moins probable. C’est celui que nous redoutons. Variante : avec ou sans le New Hampshire pour McCain.
SCÉNARIO 3 : LE SCÉNARIO LE PLUS PROBABLE, OBAMA GAGNE LA VIRGINIE ET LE COLORADO
Voilà le scénario qui risque fort de devenir réalité dans une semaine ! C’est le plus probable, le plus conforme aux trends des sondages, et à la dynamique du candidat démocrate. Barack Obama remporte tous les Etats de Gore en 2000, et ravit les bastions républicains du Colorado et surtout de Virginie (qui n’a pas voté démocrate depuis 1964 !) à John McCain.
SCÉNARIO 4 : LA VAGUE DÉMOCRATE
Il s’agit du second scénario en terme de probabilité. La dynamique de Barack Obama est telle qu’elle annule l’effet Bradley et, conformément à la tendance lourde des enquêtes sondagières depuis un mois, pousse le candidat démocrate dans l’Ohio, en Floride, et dans le Nevada. C’est une défaire cinglante pour John McCain.
SCÉNARIO 5 : LE RAZ-DE-MARÉE
L’effet Obama rafle tout sur son passage. Il s’agit du scénario le plus optimiste, peu probable mais plausible. Tous les sondages, depuis un mois, donnent une légère avance à Barack Obama dans le Missouri (qui, depuis 1964, a toujours voté en faveur du vainqueur de l’élection) et en Caroline du Nord, et une très légère avance dans l’Indiana. Barack Obama remporte également des bastions républicains pluri-décennaux que les sondages ne donnaient pas à Barack Obama mais où McCain ne disposait que d’une très maigre avance, un désastre pour sa campagne en comparaison avec celle de George W. Bush quatre ans plus tôt. Il s’agit du Montana (+3,1 pour McCain selon les derniers sondages contre +20,5 pour Bush en 2004), du Dakota du Nord (+3 pour McCain contre +27 pour Bush en 2004), et de la Georgie (+5,2 pour McCain contre +17 pour Bush en 2004). C’est la victoire la plus éclatante pour un candidat démocrate depuis l’élection triomphale de Lyndon Johnson en 1964.
Cette année, l’élection de Barack Obama se jouera donc à l’Ouest. Alors que, traditionnellement, une élection se gagne dans le Midwest ou le Nord-Est (Pennsylvanie, Ohio, New Hampshire), le bouleversement de la démographie et de la sociologie électorale dans les Etats de l’Ouest (Nevada, Colorado, Nouveau-Mexique) rebattent les cartes. L’électorat latino, très présent dans ces Etats, ainsi que l’afflux de classes moyennes supérieures, constituent un véritable vivier pour Barack Obama. Pour finir, et compléter ainsi ce panorama électoral, voici le trend des dix derniers sondages Etat par Etat à J-7.
Barack Obama sera-t-il élu ? Je n’ose l’espérer. Mais quoi qu’il en soit, sa campagne a été menée avec une intelligence et surtout une justesse remarquables. Dans un pays où il y a encore cinquante ans on lynchait les Noirs dans les rues, où les droits civiques les plus élémentaires leur étaient refusés, où la ségrégation et le racisme conféraient aux Etats du Sud un statut d’Apartheid, Barack Obama a su dépasser les clivages raciaux en refusant de jouer la détestable partition revancharde et la fragmentation communautariste. Au contraire, par le choix judicieux de porter une candidature post-raciale, il a offert à l’Amérique la chance de sa rédemption. À cet égard, le fait que la Virginie, bastion des anciens Etats sudistes et confédérés, jadis forteresse de l’esclavage puis de la ségrégation, s’apprête, selon les sondages, à élire un candidat noir à la présidence des Etats-Unis, est en soi un incroyable symbole de la réconciliation de l’Amérique avec elle-même et avec son passé. Un achèvement. Peu importe, à ce jour, que l’esprit critique de certains puisse être aveuglé par la force du symbole et que la réalité d’une présidence Obama nourrisse au final une désillusion inversement proportionnelle à l’espoir que le candidat Obama a su susciter. Reste qu’une fois de plus, l’Amérique nous a donné avec cette campagne une incroyable leçon.
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