LE YEMEN VA-T-IL REJOINDRE LE CLUB MAUDIT DES COLLAPSED STATES ?

Publié le par Anomalie

L’Afghanistan, le Waziristan, et surtout la Somalie : trois régions du monde où l’Etat a, de facto, cessé d’exister. Même si un gouvernement central y existe toujours de jure, il n’exerce en fait son autorité que sur une portion réduite du territoire. Le Yémen est-il sur le point de sombrer à son tour dans le tribalisme anarchique et le féodalisme ? Le cauchemar d’un territoire mis en coupe réglée par des baronnies mafieuses, des clans criminels, des illuminés religieux, semble prendre corps, et suscite l’inquiétude des monarchies voisines, en particulier de l’Arabie Saoudite. Dans ce contexte, les puissances régionales tentent d’instrumentaliser ces conflits tribaux en les insérant sur une ligne de front religieuse. L’autocratie sunnite des Saoud redoute en effet la contagion des troubles, et l’importation d’une déstabilisation dans laquelle elle voit la main de l’Iran chiite, lancé toutes voiles dehors dans son entreprise d’hégémonie régionale, qu’a facilitée l’effondrement de son contrepoint historique, l’Irak. On dit merci aux néoconservateurs, qui ont livré sur un plateau ce qui reste de l’Irak à son ennemi héréditaire perse… Le piège du désastre de 2003 se referme, comme prévu, lentement mais sûrement, sur l’Irak qui, à l’instar de l’Espagne en 1936, s’apprête à devenir le terrain d’affrontement des djihadistes salafistes d’Al Qaida et des chiites liés à l’Iran, le théâtre miniaturisé d’une future conflagration générale à l’intérieur de l’islam. La partition ethnique et religieuse de l’Irak n’est plus qu’une question de temps, ce que les observateurs aguerris n’avaient pas manqué de relever dès 2002… Mais un fou messianique dirigeait alors le Bureau Ovale, et ces voix de la raison et de la lucidité étaient méprisées par les arriérés idéalistes de la Pravda télévisuelle Fox News, et par les faucons de l’administration (dont le mafieux corrompu Dick Cheney et le criminel de guerre Donald Rumsfeld), occupés à entamer leur partie de Risk grandeur nature, et à vendre aux crétins leur fable d’une démocratisation par les bombes… Le résultat est devant nos yeux, dans le bourbier afghan, dans le chaos irakien, mais aussi, on l’oublie souvent, dans l’anarchie somalienne. Ce qui n’empêche pas, mais ça devient une habitude, le comique troupier Guy Millière d’écrivasser ses chroniques hebdomadaires qui dénoncent obsessionnellement le désastre de… la politique de Barack Obama (dernière pitrerie en date : « Obama, l’échec généralisé ». À savourer sans modération) ! Certains ne manquent décidément pas d’air, aidés, il est vrai, par la naïveté servile de leurs lecteurs…




Deux articles, le premier de Georges Malbrunot pour le Figaro (le Yémen au bord du gouffre) le second de Gil Mihaely pour Causeur (Bienvenue en Afghanistan-sur-mer), reviennent sur la situation yéménite. Les articles sont consultables sur leurs pages d’origine, via les liens, ou dans la section commentaires du présent article. Une fois encore, c’est un pays d’une rare beauté (voir le magnifique reportage de Geo, dont les photos du présent article sont tirées), serti de joyaux architecturaux, qui risque de finir sous les cendres. Déjà, les Juifs ont pratiquement été éliminés du pays, alors qu’ils en constituaient l’une des plus anciennes communautés, et une part de l’âme.




Revenons à l’Irak. J’ai lu, çà et là, à propos de l’Irak, des anthologies de charlatanisme et des monceaux de fourberie sous la plume de (per)roquets qui bredouillent comme des automates les « vérités » avec lesquelles on leur a bourré le crâne. Dernière fadaise : le nombre de morts en Irak a explosé depuis que Barack Obama est au pouvoir, et depuis, surtout, sa décision de retirer les troupes américaines à l’horizon 2010. La raison de cette soi-disant « explosion » ? Le signal de faiblesse (sic) ainsi envoyé aux djihadistes, qui peuvent enfin s’en donner à cœur joie, après avoir été contenus par l’action courageuse de W. (re-sic), un homme qui en avait et qui ne bradait pas, lui, l’Occident aux barbares, et blablabla et blablabla. Or, les informations disponibles sur icasualties, peu suspect d'être un nid de gauchistes et dont la réputation de sérieux n’est plus à faire, pulvérisent ce baratin. Ainsi, le nombre de morts civils, c’est-à-dire tués dans des attentats-suicides ou des embuscades de combattants islamistes, en Irak, est plus important au cours des huit derniers mois de la présidence Bush (de mai à décembre 2008, en rouge sur le camembert ci-dessous) qu’au cours des huit premiers mois de la présidence Obama (de janvier à août 2009, en bleu sur le camembert ci-dessous).




Une claque pour les désinformateurs professionnels ! Il ne s’agit là, pourtant, que de la conséquence logique de l’invasion du pays, que l’amélioration sécuritaire entre 2006 et 2007 avait provisoirement voilée aux yeux de ceux qui ont adopté la posture de l'autruche. Mais de deux choses l’une : si Barack Obama est tenu responsable des morts irakiens depuis son élection, alors on doit aussi admettre que les morts, plus nombreuses, survenues pendant la fin de règne crépusculaire de George W. Bush, lui sont imputables ! Vous avez dit cohérence ? Mais la cohérence semble parfois écrasée sous la tonne de mensonges et d’aveuglements… Les faits, pour peu que l’on se résolve à les prendre en compte, anéantissent une fois encore la propagande bien-pensante des néoconservateurs, dont il faut s’attendre à voir redoubler le matraquage mensonger dans les mois à venir. Nous resterons vigilants !






Publié dans Islam et islamisme

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Anomalie 08/09/2009 15:41


Le Yémen, un pays au bord du gouffre
Par Georges Malbrunot, le 7 septembre 2009 | Blog le Figaro, l'Orient indiscret
Alerte à Sanaa! La guerre civile meurtrière, qui fait rage dans le plus grand silence au nord entre l’armée et les rebelles d’obédience chiite (voir Le Figaro du 7 septembre), n’est pas le seul problème auquel est confronté le Yémen, ce pays le plus instable et le plus pauvre du Moyen-Orient.Les autres ont pour nom : Al Qaïda, menace de sécession du sud, et corruption endémique. Ajoutés les uns aux autres, ces handicaps font du Yémen « une véritable pétaudière », comme le dit ce général français qui en revient.L’Occident commence à en prendre conscience. Depuis le début de l’année, les Américains - dont l’ambassade à Sanaa a été la cible d’un attentat par Al Qaida en septembre 2008 - tirent la sonnette d’alarme. Washington redoute que le Yémen ne devienne une nouvelle Somalie.Ce n’est pas encore un « failed state » (un Etat failli), mais la dérive est dangereuse. Le pouvoir du président Ali Abdallah Saleh est faible. L’autorité centrale n’arrive à contrôler que la capitale et quelques villes de province.Face au président Saleh, les contrepouvoirs sont multiples. Il y a d’abord les tribus, matrice de la société traditionnelle yéménite. Elles possèdent de l’armement lourd. Elles sont capables de bloquer des routes, et accessoirement d’abriter des terroristes liés à Al Qaida.Dans la patrie ancestrale d’Oussama Ben Laden, le terreau djihadiste est prospère. Ce n’est pas un hasard si les Yéménites constituent le plus important contingent des détenus de Guantanamo (97 sur 240 exactement). Malgré les efforts du pouvoir pour écarter la jeunesse des sirènes du djihad, « la guerre sainte pour libérer une terre d’islam occupée » est une valeur partagée par de nombreux yéménites, que l’on retrouve d’ailleurs en Irak, aux côtés de Ben Laden dans les zones tribales afghano-pakistanaises, voire même dans la bande de Gaza.A la fin des années 90, Ben Laden lui-même l’avouait à ses proches : « si jamais je devais un jour quitter l’Afghanistan, j’irais me réfugier au Yémen ».Autorité centrale faible, tribus fortes, et présence de grottes pour se cacher : les similitudes avec l’Afghanistan sont frappantes. Et pour ne rien arranger, au début de l’année, la branche locale d’Al Qaida a fusionné avec sa voisine saoudienne. L’objectif de ce regroupement est clair : profiter d’un terrain plus favorable, et de frontières poreuses pour s’y replier avant de s’infiltrer en Arabie pour y commettre des attentats terroristes.La tactique semble être « payante » : le kamikaze, qui a cherché à tuer il y a dix jours le prince Mohamed Bin Nayef, patron de la lutte anti terroriste en Arabie, venait du Yémen. Depuis les autorités saoudiennes sont sous le choc.Comme si le tableau n’était pas suffisamment noir, le président Ali Abdallah Saleh est de nouveau confronté à une menace de sécession du sud, indépendant jusqu’en 1990, où les affrontements avec l’armée ont repris. « La domination du régime de Sanaa sur les provinces du Sud-Yémen s’est traduite par la nomination d’une majorité de hauts fonctionnaires d’origine nordiste dans l’administration locale et les services de sécurité, mais aussi par la spoliation de terrains anciennement nationalisés distribués parmi les affidés du régime », écrit le spécialiste Franck Mermier. Conséquence : sur fonds de violence, les appels à la séparation se multiplient.Comment aider le Yémen à sortir du gouffre ? Par une aide financière de ses voisins de la Péninsule, en premier lieu l’Arabie saoudite, dont l’intérêt est de sortir son voisin de la spirale pauvreté-islamisme-terrorisme-répression. Par un soutien occidental renouvelé au président Saleh, mais pas un chèque en blanc. L’aide à Sanaa doit être assortie d’exigences claires en matière de lutte anti corruption, tout particulièrement.