CRIMES NÉOCONSERVATEURS : UN TORTIONNAIRE BUSHISTE BIENTÔT DEVANT LA JUSTICE ?

Publié le par Anomalie

C’est une grande première, depuis la fondation des Etats-Unis d’Amérique il y a plus de 220 ans. Treize dirigeants de l’administration républicaine sortante, parmi lesquels l’ancien président George W. Bush lui-même, risquent de se retrouver devant la justice pour crimes de guerre et torture. Nouveau Monde Info ouvre aujourd’hui un grand dossier, qui sera alimenté au fil de l’actualité, pour rendre compte des révélations sur l’usage de la torture et les crimes de guerre avalisés par les plus hauts responsables de l’administration Bush et les néoconservateurs. Après les mensonges propagandistes sur la guerre d’Irak, le désastre de la War on Terror qui n’a en rien réduit les poches terroristes mais a au contraire exacerbé l’islamisme partout où elle s’est appliquée, les révélations en cascade sur les crimes commis pendant la période contemporaine la plus noire des Etats-Unis constituent une entreprise de mémoire salvatrice. Les néoconservateurs sont contre-productifs, nous le savions déjà. Nous découvrons désormais leur face criminelle.


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« John Yoo, poursuivi pour avoir légalisé la torture »
Par Pascal Riché | Rue89 | 14/06/2009


Malgré les hésitations d’Obama, l’étau judicaire se resserre sur ceux qui ont autorisé la torture dans la « guerre contre le terrorisme ».


John Yoo est un tortionnaire. Il n’a pas plongé lui même la tête de suspects dans une baignoire, ou lâché des chiens sur eux après les avoir privés de sommeil, mais c’est pire. C’est un juriste distingué qui, lorsqu’il travaillait au département de la Justice sous l’administration Bush, a signé des documents autorisant ce type de pratiques. En janvier 2008, un condamné, José Padilla, a porté plainte contre lui.


Alors que l’administration Obama s’est prononcée contre l’ouverture de poursuites, pour faits de torture, à l’endroit des agents de la CIA dans le cadre de la lutte antiterroriste, un juge fédéral de San Francisco, Jeffrey White, a non sans courage, vendredi, jugé recevable la plainte de José Padilla. Difficile de lui prêter des arrière-pensées politiques : il a été nommé par l’administration Bush.


C’est une première, et elle sera à suivre de près : derrière les juristes qui ont rédigé les circulaires pro-torture se trouvent d’autres « tortionnaires » plus importants encore. Le site
Salon.com avait recensé treize noms, parmi lesquels ceux de George W. Bush et Dick Cheney…


José Padilla, vous vous en souvenez peut-être, est cet Américain né à Brooklyn, converti à l’islam, qui avait été arrêté dans l’aéroport O’Hare de Chicago. Il était alors soupçonné de préparer une « bombe sale » radioactive. Il a ensuite été interné pendant quatre ans sur une base de la Navy, dont deux en isolement complet. Il affirme qu’il y a été torturé, par privation de sommeil, notamment. En 2007, il a finalement été jugé et condamné pour appartenance à une organisation terroriste : il était suspecté de chercher à monter un réseau d’Al Qaeda à Miami. Plus rien à voir avec la « bombe sale »…


Si José Padilla a subi des mauvais traitements, ils étaient alors « couverts » par le pouvoir. Notamment par les circulaires, rédigées entre 2001 et 2003 par John Yoo. Ce dernier travaillait au Bureau du conseil juridique (« Office of Legal Counsel ») auprès de l’attorney general (le ministre de la Justice) John Ashcroft. Dans le petit confort de son bureau de Washington, penché sur ses documents juridiques, il a défini la torture « interdite », en lui donnant un sens très restreint :


« La victime doit subir une peine intense ou une souffrance comparable à celle qui résulte d’une blessure physique si sévère qu'elle entraînerait probablement la mort, la perte d’un organe, ou un dommage permanent résultant de la perte d’une fonction corporelle importante ».


Yoo a évidemment aussi prévu l’immunité pour les auteurs de toutes les autres pratiques, autorisées par défaut. Il y a un peu plus d’un an, José Padilla a introduit une poursuite au civil contre Yoo pour « privation de ses droits constitutionnels ». Il ne réclame qu’un dollar de dommages et intérêt, mais aussi une déclaration formelle du gouvernement américain selon laquelle sa détention s’est faite en violation des principes de la constitution.


Dans son arrêt, le juge White déclare recevable sa plainte : « Comme tous les fonctionnaires, les juristes au service du gouvernement sont responsables des conséquences prévisibles de leur conduite ».


John Yoo, aujourd’hui professeur de droit à l’université de Berkeley, s’était défendu l’an dernier des accusations dans une
tribune publiée par le Wall Street Journal. Selon lui, des actes décidés dans le cadre d’une « guerre » ne peuvent être poursuivis devant des tribunaux de droit commun :


« En novembre 2002, selon la presse, un drone Predator a tué deux leaders d’Al Qaeda qui roulaient sur une route dans le désert du Yémen. L’un d’eux était un Américain, Kamal Derwish, suspecté de diriger une cellule terroriste à Buffalo. Si la poursuite de Padilla devait aboutir, la famille de Derwish pourrait alors poursuivre en dommages et intérêts toutes les personnes de la chaîne de commandement, depuis l’agent qui a appuyé sur le bouton ».


L’affaire s’inscrit dans un bras de fer beaucoup plus vaste, qui oppose l’ancienne administration à ceux qui souhaitent faire toute la lumière sur ce qui s’est passé en matière de torture pendant les années Bush. Mais Barack Obama, soumis à des pressions contradictoires, donne aujourd’hui l’impression de tanguer. D’un côté, il condamne fermement la torture (il s’est même excusé au nom du peuple américain) ; il a interdit certaines pratiques comme le « waterboarding » (simulacre de noyade) ; il a accepté de rendre publics, en mars dernier, neuf documents jusque-là secrets concernant l’usage de la torture. De l’autre, le département de la Justice fait tout pour que les anciens agents soupçonnés de torture ne soient pas poursuivis ; Obama a avalisé le fait que des suspects puissent être détenus indéfiniment sans être inculpés et jugés, et le Pentagone continue de renforcer le « Guantanamo afghan », prison bâtie sur la base aérienne de Bagram… Et selon certains journalistes américains, si le « waterbording » a disparu, d’autres techniques d’interrogatoires dégradantes subsistent, comme la privation de sommeil.



LA LISTE DES TREIZE TORTIONNAIRES
Par Pierre Haski | Rue89 | 23/05/2009


Il y avait déjà les « sept mercenaires », les « douze salopards », voici les « treize tortionnaires ». Il ne s’agit pas d’un film, mais de la liste, diffusée par le site américain
Salon.com, des treize officiels américains responsables du recours à la torture dans le cadre de la « guerre contre le terrorisme ». Un élément de plus dans la formidable polémique entourant les dossiers noirs de l’ère Bush qui empoisonnent les débuts de Barack Obama.


À l’image de la France, qui a été hantée pendant des décennies par la question de la torture en Algérie, les Etats-Unis n’en sont qu’au début d’un long calvaire provoqué par cet héritage empoisonné légué par l’administration Bush. L’échange acrimonieux cette semaine, entre Barack Obama et l’ancien vice-président Dick Cheney, autour des prisonniers de Guantanamo, ainsi que le refus des sénateurs démocrates de voter les fonds nécessaires pour fermer l’indigne camp de prisonniers situé sur l’île cubaine, montre l’ampleur des dégâts.


Cette liste est intéressante car, aux côtés des noms les plus connus – Bush, Cheney, Rumsfeld, Tenet –, on trouve les petites mains obscures nécessaires dans toute dérive totalitaire : celles des juristes qui rédigent les actes nécessaires dans ce qui se veut toujours un Etat de droit, des psychologues qui déterminent quelles tortures sont acceptables et d’autres pas… Sans eux, la façade démocratique ne tiendrait pas. Voici, dans l’ordre donné par Marcy Wheeler sur
Salon.com, ces douze hommes et une femme qui portent cette lourde responsabilité, et qui échappent, pour l’instant, à toute action en justice.


Dick Cheney, vice-président de George W. Bush
Vice-Président des Etats-Unis pendant les deux mandats de George W. Bush (2001-2009). Avec son conseiller David Addington, il a déterminé au lendemain du 11 Septembre que les lois internationales ne pouvaient pas empêcher les Etats-Unis de pratiquer la torture dans le cadre de leur guerre contre le terrorisme. Cheney est soupçonné d’avoir ordonné lui-même des actes de torture sur des prisonniers.


David Addington, conseiller de Dick Cheney
Conseiller (2001-2005), puis chef de cabinet (2005-2009) du vice-président Dick Cheney. Addington a pris la tête de la croisade pour justifier le fait que le président des Etats-Unis ne pouvait pas être limité par la loi, pas même celle qui interdit la torture. Il a créé un « Conseil de guerre » avec Jim Haynes, John Yoo, John Rizzo et Alberto Gonzales, chargé de faire le travail légal pour permettre la torture.


Alberto Gonzales, conseiller juridique puis ministre de la Justice
Conseiller juridique de la Maison-Blanche (2001-2005) puis Attorney General des Etats-Unis (2005-2008), Gonzales a incarné « l’opinion légale » du Président. À ce titre, en 2002, il a exempté des prisonniers membres d’Al Qaeda du cadre légal des Conventions de Genève, estimant que la guerre contre le terrorisme était « une autre forme de guerre ».



James Mitchell, psychologue militaire
Psychologue militaire à la retraite, un des artisans du programme SERE (acronyme pour « Survival, Evasion, Resistance and Escape ») de l’armée américaine qui a servi de base à certaines méthodes d’interrogatoire musclé. Avant même le feu vert légal, Mitchell a personnellement supervisé l’interrogatoire d’un membre d’Al Qaeda avec des méthodes « borderline torture » (à la limite de la torture), et a pratiqué la méthode de la simulation de noyade au-delà de ce qui était légalement prescrit.


George Tenet, directeur de la CIA
Directeur de la CIA (1997 à 2004), Tenet a eu la responsabilité suprême pour le programme de capture, de détention et d’interrogatoire des membres présumés d’Al Qaeda, et devait en rendre compte personnellement au sommet de l’Exécutif. C’est sous sa responsabilité que le programme Sere a été inversé pour servir de technique d’interrogatoire.



Condoleeza Rice, conseillère à la Sécurité nationale puis secrétaire d’Etat
Conseillère à la Sécurité nationale (2001-2005), puis secrétaire d’Etat (ministre des Affaires étrangères) de 2005 à 2009, Rice a approuvé (elle dit aujourd'hui qu’elle a « transmis l’approbation ») le premier recours à la torture contre un membre présumé d’Al Qaeda, le Saoudien d’origine palestinienne Abu Zubaydah en 2002. Ce feu vert a conduit à un usage accru de la torture contre ce prisonnier.


John Yoo (justice)
Vice-Attorney General adjoint (2001-2003), Yoo a rédigé les premiers mémorandums établissant les règles de la torture, et déterminant les pouvoirs illimités du Président en temps de guerre. Il a aussi rédigé les textes garantissant l’impunité pour les auteurs de ces actes.




Jay Bybee (justice)
Attorney General adjoint (2001-2003), ByBee a donné son nom à deux mémorandums sur la torture préparés par son adjoint John Yoo. A été promu juge après avoir signé les deux documents désirés ardemment par la Maison-Blanche.




William « Jim » Haynes (Pentagone)
Conseiller juridique du département de la Défense (2001-2008), il a supervisé les bases légales des techniques d’interrogatoire des prisonniers détenus par l’armée. Il a en particulier servi d’intermédiaire entre les spécialistes du programme Sere et la CIA, qui, dès la fin 2001, s’est posé la question des interrogatoires de prisonniers d’Al Qaeda. Haynes a délibérément ignoré les avis provenant de l’intérieur de l’institution militaire, estimant que ces techniques violaient les règles sur la torture et du traitement « humain ».


Donald Rumsfeld, secrétaire à la Défense
Secrétaire à la défense (2001-2006), Rumsfeld a approuvé les méthodes d’interrogatoire des militaires dans les prisons d’Abu Ghraib (Irak), de Bagram (Afghanistan), et de Guantanamo (Cuba). Son feu vert a déplacé le recours à la torture de la CIA à l’armée. Un récent rapport bipartisan du Sénat américain lui attribue la responsabilité directe de l’usage de ces méthodes d’interrogatoire à Guantanamo, y compris le recours à des chiens ou à la nudité.


John Rizzo (CIA)
Vice-Conseiller juridique de la CIA (2002-2004), puis conseiller juridique encore en poste (2004 à aujourd’hui), son nom apparaît sur bon nombre de documents controversés relatifs à la torture, et même s’il a qualifié certaines méthodes d’inefficaces, il les a approuvées et a recommandé à la CIA de demander l’autorisation de les utiliser.


Steven Bradbury (justice)
Premier Vice Attorney General adjoint (2004), puis Attorney General Adjoint (2005-2009), il a été chargé en 2005 de contrer un rapport de l’inspecteur général de la CIA estimant que les méthodes d’interrogatoire pourraient violer la Convention internationale contre la torture. Dans ses mémorandums, il pèse le pour et le contre, mais considère ces méthodes comme « nécessaires dans les cas de grave menace ».


George W. Bush, président des Etats-Unis
Last but not least… POTUS himself ! George W. Bush a initialement gardé ses distances avec les questions liées à la torture, et, selon Cheney, s’est contenté de les autoriser… Mais il en est devenu le premier défenseur et avocat, défendant, notamment en 2006 à propos du cas d’Abu Zubaydah, leur efficacité et leur nécessité. Et, selon la logique de ses principaux partisans, s’il ne s'y est pas opposé, c’est que ce n’était pas de la torture. CQFD.


On comprend mieux pourquoi Dick Cheney, cette semaine, est monté au créneau pour s’opposer à Barack Obama, dans un échange de discours assez extraordinaire et assez exemplaire de valeurs opposées : celles de la sécurité nationale par dessus tout pour l’ancien Vice-Président, contre celles d’Obama qui défend l’idée que la sécurité des Etats-Unis n’est pas incompatible avec le maintien de ses valeurs, et en particulier celles des droits de l’homme. Là où ça se complique, c’est lorsque les démocrates cèdent aux sirènes sécuritaires, et ne trouvent pas grand intérêt à aider Obama à tenir sa première promesse de son mandat : fermer Guantanamo. Ou quand on apprend que Nancy Pelosi, la présidente démocrate de la Chambre des Représentant, avait été informée dès 2002-2003 des techniques d’interrogatoire de la CIA, et n’avait rien dit…


On lira également avec intérêt, pour alimenter ce débat, la traduction française des mémorandums sur la torture rendus publics en avril par l’administration Obama. Ils viennent d’être publiés sous le titre « Techniques d’interrogatoire à l’usage de la CIA », aux éditions des Equateurs, avec une préface de Jean-Pierre Perrin dont on extraira la phrase suivante :


« Le combat pour découvrir l’étendue de ce continent de l’ombre ne fait d’ailleurs que commencer. Il ne sera pas facile. La publication des quatre mémorandums a d’ores et déjà suscité une violente polémique au sein de l’administration américaine. De hauts responsables de la CIA craignaient que cette décision ne suscite un dangereux précédent. Si Obama est passé outre, il est à craindre que la poursuite de l’enquête, au fur et à mesure qu’elle approchera les hauts responsables ayant permis à cette part d’ombre de prospérer au sein du pouvoir, se heurte à des obstacles de plus en plus élevés. Que celle-ci puisse aboutir est une nécessité absolue. Pour la démocratie bien sûr. Mais aussi, si l’on opte pour la version cynique des choses, parce que l’exigence de vérité fait partie de la guerre contre les forces obscures ».

 

LIRE L’INTÉGRALITÉ DES MÉMOS DE L’ADMINISTRATION BUSH SUR LA TORTURE RENDUS PUBLICS PAR BARACK OBAMA LE 3 MARS 2009

DOCUMENTS

 

Commenter cet article

Anomalie 17/06/2009 11:19

Que dire à part : merci !Merci de vos compliments, je ne peux que vous encourager à parler de Nouveau Monde Info autour de vous, à l'heure où la nouvelle droite fait le plein auprès d'une population inculte et déboussolée.  

SecretsPills 16/06/2009 23:48

Merci Anomalie Votre site est sans conteste un des meilleurs sites d'information "non professionnelle" que j'ai lu. Vos dossiers sont fouillés bien écrits documentés avec des liens à la source. Bravo, mille bravos pour votre travail qui change du politquement correct.