THE WRESTLER DE DARREN ARONOFSKY : LA CRITIQUE CINÉMA DE FRÉDÉRICK SIGRIST

Publié le par Frédérick Sigrist

 



Attention : cette critique contient quelques spoilers.

 

 

Ça y est, j’ai finalement vu The Wrestler. Précédé d’une réputation flatteuse dans divers festivals, ce film est censé marquer le grand retour de Mickey Rourke. Ce qui était déjà, à moins que je me trompe, le cas de Sin City, où il incarnait l’irascible et redoutable Marv ! Ils sont marrants aux Etats-Unis, ils sont tellement friands de « come back » triomphant, qu’ils font revenir les acteurs même quand ils ne sont pas partis. Il faut dire que ce genre de rédemption cinématographique après une longue traversée du désert, parsemée de cures de désintoxication, de démêlés judiciaires, a fait le succès d’acteurs tel que John Travolta, Robert Downey Junior et autre Russel Crowe. Donc pourquoi pas Mickey Rourke ?

 

J’avais particulièrement aimé le précédent film de Darren Aronofsky : The fountain. Une sorte de délire métaphysique, une histoire d’amour intemporelle entre Hugh Jackman et Rachel Weiss, qui avait laissé froid pas mal de monde. J’avais été charmé par l’audace du sujet, son aspect baroque et l’inventivité visuelle qui allait avec ; cependant il semble que les piètres chiffres de ce film au box-office ont ramené Aronofsky vers le royaume de l’austérité. The Wrestler est en effet très loin des de la surabondance graphique de son précédent métrage. Caméra à l’épaule, un grain de l’image qui évoque une forme de cinéma social européen, une couverture de nuage permanente qui donne l’impression que le film a été tourné chez les ch’tis. Il y a une volonté évidente d’hyperréalisme, le documentaire pris sur le vif n’est pas loin.

 

Mickey Rourke, longtemps pressenti pour l’Oscar 2009 du meilleur acteur (c’est finalement le colérique démocrate Sean Penn qui l’a obtenu pour Harvey Milk) est impeccable. Le visage bouffi déformé par une vie d’excès, un corps hypertrophié musculairement, devenu une véritable carte routière de la douleur, Rourke incarne Randy Robinson dit « Le bélier », une star du catch has been, à la vie sociale pathétique, obligé de raccrocher à cause d’un problème cardiaque, sous peine de mourir sur le ring. (Attention spoiler) Le trait n’est pas subtil. Le bélier vit dans une caravane pour laquelle il a du mal à payer le loyer, il a une fille qui le déteste pour avoir été trop souvent absent, il entretient une relation plus ou moins sentimentale avec une stripteaseuse que l’on voudrait nous présenter comme vieillissante (Marisa Tomei, véritable révélation du film, hallucinante de justesse et finalement bien trop rayonnante pour l’univers désespéré d’Aronofsky).

 

À l’instar de Requiem for a dream, l’œuvre la plus culte du réalisateur, rien n’est épargné au spectateur dans le domaine du pathos. Randy Robinson est constamment présenté comme une victime avec laquelle on ne peut que compatir tant l’auteur occulte par des ellipses quelque peu gênantes les zones d’ombre de son héros. Sa fille, Evan Rachel Wood lui en veut pour tout ce qu’il lui a fait subir ; mais s’il en est fait allusion, on n’en voit rien à l’image. Seules les colères hystériques de ladite fille rythment le film, et au final on n’en vient à lui en vouloir à elle et non à lui, tant la réalisation est partiale.

 

De la même manière, contraint de trouver un nouvel emploi, le bélier devient boucher dans une supérette et vit mal ce statut d’ouvrier. Il explose dans une séquence d’une maladresse confondante où un client a le malheur de le reconnaître. Ce qui provoque un craquage en bonne et due forme de Randy Robinson : la scène n’est pas fausse en tant que telle, mais il manque une fois de plus la lente progression intérieure qui légitime des effusions de ce genre. À ce stade, on n’attend plus que la stripteaseuse ait la chtouille ! Bon…Il n’en est rien, son truc à elle, c’est qu’elle a un fils. Ce fut pour moi la seule bonne surprise du film.

 

La tragédie a cela de plus facile que la comédie qu’elle obéit à un schéma on ne peut plus classique :

 

Une pauvre et gentille petite fille vit dans la rue.

Elle trouve un chiot tout mignon.

Le chiot devient son seul ami.

Elle est enfin heureuse.

Le chien traverse la rue ; il se fait écraser par une voiture qui ne s’arrête pas.

La petite fille est triste ; comme elle vit dans la rue,

Elle attrape une pneumonie.

Elle meurt.

FIN

 

 

 

Voilà à peu de choses près, la structure scénaristique de The Wrestler, rien de plus, rien de moins. Film moyen donc, bien joué, mais écrit sans panache ni originalité. À voir si l’on est en manque de rediffusion de La petite maison dans la prairie.

 

 

Publié dans Cinéma

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