ESCALADE TERRORISTE EN INDE

Publié le par Anomalie

La stratégie américaine de Guerre contre la Terreur a échoué. C’est entendu. Chaque jour nous confirme un peu plus le fiasco de la stratégie désastreuse adoptée par les Américains sous l’ère Bush. Des attaques terroristes d’un nouveau genre ont visé le Yémen le mois dernier. Les moudjahiddin pachtounes ont déclaré la guerre au pouvoir pakistanais et multiplient les attentats à Karachi ou Islamabad depuis leurs bases arrière du Waziristan. En Afghanistan, les talibans se rapprochent de Kaboul, au point que le président fantoche Kerzaï, prenant acte de l’incapacité de l’OTAN à contenir la progression de la guérilla, souhaite les associer au pouvoir. Al Qaida, dans la région, est au faîte de sa puissance depuis 2001. En Somalie, les moudjahiddin islamistes d’Al-Chabaab encerclent Mogadiscio et s’apprêtent à prendre un pays en plein chaos. Et aujourd’hui, c’est au tour de l’Inde d’être frappée par des attaques terroristes d’une ampleur inégalée.



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La capitale économique indienne, Bombay, est à feu et à sang. La communauté internationale a unanimement condamné avec force le carnage dans la ville, en proie à une furieuse panique collective. Le poumon économique indien a en effet été la cible, dans la nuit de mercredi 26 à jeudi 27 novembre, d’une attaque terroriste d’une ampleur sans précédent, dont le bilan provisoire s’établissait, jeudi matin, à plus de 100 morts et plusieurs centaines de blessés. Bombay avait déjà été visée par des groupes terroristes – la dernière attaque ayant fait 186 morts, en juillet 2006, dans l’explosion de bombes dans des gares et trains de banlieue. Mais un tel assaut, de type militaire, conduit par différents groupes armés, vraisemblablement arrivés par la mer, est inédit dans l’histoire déjà troublée de la capitale du Maharashtra. Vers 23 heures (heure locale), un nombre indéterminé d’hommes lourdement armés – notamment d’AK-47 et de grenades – a attaqué sept sites de Bombay, dont des hôtels de luxe, un restaurant, un cinéma multiplexe, deux hôpitaux. Ils ont fait feu de manière indiscriminée autour d’eux. La police indienne et les commandos de l’armée ont repris jeudi matin le contrôle de l’hôtel Taj Mahal, mais de nouvelles explosions ont été entendues à l’hôtel Oberoi où des groupes armés se sont retranchés. 200 personnes – parmi lesquelles des Occidentaux – y sont retenues en otage. Avec le Taj Mahal et le Trident (le nouveau nom de l’ancien Hilton), l’Oberoi est le troisième hôtel de luxe de Bombay visé par les attaques. Par ailleurs, une action est en cours à la Nariman House, où un rabbin, Gavriel Holtzberg, a été pris en otage. Une aile du Taj Mahal, fleuron de Bombay dont le dôme rouge domine le port, avait été la proie des flammes quelques heures dans la nuit. La Marine indienne a également annoncé avoir arraisonné un cargo suspecté d’être lié à la série d’attaques. Selon l’Indian Express, les terroristes seraient effectivement arrivés à Bombay par la mer, via un bateau baptisé le « M V Alpha ».



Qui est derrière ces attentats ? Al Qaida, ou un djihadisme autochtone ? Dernière en date d’une série d’actions sanglantes ayant frappé l’Inde en 2008, l’opération a été revendiquée dans des messages adressés aux médias locaux par un groupe jusqu’alors inconnu, les Moudjahiddin du Deccan. L’origine, les motivations et les soutiens de ces islamistes auteurs de cette attaque unique dans les annales du terrorisme indien demeurent encore mystérieux. « Nous exigeons que tous les moudjahiddin soient libérés et que les musulmans d’Inde ne soient pas dérangés », a déclaré au téléphone, à une chaîne de télévision indienne, un des preneurs d’otages de l’hôtel Oberoi, s’identifiant comme Sahadullah. Le mode opératoire rappelle toutefois l'attaque contre l'hôtel Mariott d'Islamabad le mois dernier : viser un hôtel de luxe et des cibles civiles étrangères, Anglais et Américains pour la plupart. 


La dénomination « moudjahiddin » renvoie à des labels déjà utilisés ces derniers mois lors de revendications d’attentats en Inde. Les Moudjahiddin Indiens ont ainsi assumé la paternité des attentats de Jaipur dans l’Etat du Rajasthan le 13­ mai (au moins 61 morts), d’Ahmedabad dans l’Etat du Gujerat le 26 ­juillet (58 morts) puis ceux de New Delhi le 13 ­septembre (24 morts). Puis un obscur groupe Force de Sécurité – Moudjahiddin indiens a revendiqué la série d’explosions qui a fait, le 30 ­octobre, 77 morts dans l’Assam, un Etat du Nord-Est, théâtre d’un mouvement séparatiste autochtone sur fond d’immigration accélérée en provenance du Bangladesh musulman voisin.


Selon de nombreux analystes, l’émergence de ces Moudjahiddin indiens marquerait un tournant. Il consacrerait, soulignent-ils, une forme « d’autochtonisation » du terrorisme d’inspiration djihadiste, jusque-là imputé à des manœuvres de déstabilisation en provenance du Pakistan ou du Bangladesh. Le radicalisme islamiste se serait ainsi enraciné au cœur même de la jeunesse musulmane indienne en réaction aux offensives violentes orchestrées par le fondamentalisme hindou. Car l’Inde est depuis quelques mois confrontée à la montée en puissance inquiétante du terrorisme hindouiste, visant particulièrement les Chrétiens et les Musulmans. Cette poussée de fièvre extrémiste s’inscrit dans une radicalisation religieuse du BJP, le principal parti politique du nationalisme hindou.


De ce point de vue, les pogroms anti-musulmans dans l’Etat du Gujarat en 2002, qui ont fait environ 2 000 morts, sont considérés comme une rupture dans les relations déjà difficiles entre la majorité hindoue et la minorité musulmane (150­ millions de personnes, soit 14% de la population). Illustrant cette « indigénisation » de la tentation djihadiste, certains villages de l’Etat de l’Uttar Pradesh (Nord) sont apparus au fil des enquêtes policières comme le berceau des Moudjahiddin indiens. La plupart de ses cadres, soulignent les experts, ont une formation technique solide. Le Premier ministre indien, Manmohan Singh, avait lui-même reconnu cette « nouvelle dimension » du péril terroriste en Inde. Le cas de Bombay présente toutefois un caractère totalement inédit. En menant une opération quasi militaire impliquant un haut degré de préparation et en s’attaquant à des hôtels de prestige, lieux de passage des VIP étrangers, où Américains et Britanniques ont été singularisés, les combattants des Moudjahiddin du Deccan semblent délivrer un message qui va bien au-delà de l’Inde ­: l’Occident et l’axe anglo-américain.


Sources : le Monde | le Figaro | Rue89


Publié dans Islam et islamisme

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Anomalie 28/11/2008 12:55

Attentats de Bombay : un nouveau mode opératoire
Isabelle Lasserre Le Figaro28/11/2008 
Les attaques par armes à feu étaient destinées à provoquer un «effet de surprise», selon un spécialiste. Crédits photo : AP
Les terroristes se sont inspirés des méthodes d'al-Qaida. Mais ils ont innové en menant leurs attaques simultanées au fusil d'assaut.

Des méthodes de commandos, des fusillades aveugles, des attaques parfaitement synchronisées contre une dizaine d'objectifs, dont certains fréquentés par des Occidentaux et des prises d'otages : le mode opératoire utilisé à Bombay révèle un changement de stratégie dans l'histoire du terrorisme en Inde, jusque-là davantage habituée aux attentats à la bombe contre des trains, des gares ou des marchés.
 
Visibilité médiatique
 
«Les attentats multiples et simultanés comme le caractère aveugle des attaques établissent un lien, même symbolique, avec al-Qaida. Il y a un effet d'imitation certain», commente Farad Khosrokhavar, spécialiste du terrorisme international. La manière dont les terroristes ont agi dans le centre névralgique de l'Inde prouve selon lui le haut degré d'organisation des assaillants et leur probable appartenance à un groupe islamiste radical.
Mais les terroristes de Bombay ont aussi pris des libertés avec le modus operandi classique d'al-Qaida, des engins explosifs déclenchés de manière simultanée contre plusieurs objectifs. Ils ont attaqué leurs cibles au fusil d'assaut et à la grenade. Une «innovation» destinée, selon le spécialiste, à provoquer un «effet de surprise». «Les attentats à la bombe ont un fonctionnement instantané. Lorsque la bombe a explosé, c'est fini, le pouvoir peut reprendre le dessus. Mais les forces de l'ordre ne sont pas en mesure de répondre à des fusillades qui éclatent un peu partout. Ce type d'attaques donne aux terroristes une capacité d'action de plusieurs heures. Il permet de braver le pouvoir et de l'humilier», poursuit Farad Khos rokhavar.
La tactique des terroristes, de même que le choix des cibles, luxueuses et fréquentées par des étrangers, révèle aussi une volonté de donner un caractère spectaculaire à leurs attentats. «Les groupes de Bombay cherchaient avant tout à faire entendre leur cause. Le fait de cibler des Occidentaux leur donne une grande visibilité médiatique. S'ils avaient agi de manière plus classique, en ciblant uniquement des Indiens, on n'en aurait presque pas parlé. Tout cela est insuffisant pour établir un lien avec al-Qaida. Seule une longue enquête permettra de le faire. En revanche, il est probable que ces groupes vont vouloir frapper de plus en plus fort et qu'ils pourront très bien changer à nouveau de mode opératoire la prochaine fois», prévient Dominique Thomas, spécialiste d'al-Qaida à l'École des hautes études en sciences sociales, l'EHESS.

Anomalie 28/11/2008 00:05

Barack Obama avait vu juste depuis le début : le noeud du terrorisme est bien la zone Pakistan/Afghanistan, qui pourrit toute l'Asie centrale et du sud, et menace désormais de faire tâche d'huile pour embraser l'Inde. Pendant ce temps, les vrais abrutis néoconservateurs envahissaient l'Irak, faisant pousser un sourire radieux sur les visages des islamistes d'Al Qaida ou des talibans, qui avaient le champ libre pour reconquérir cette zone stratégique. Bush est définitivement le plus mauvais président américain, entouré d'idéologues fanatisés à la myopie stratégique hallucinante, multipliant les décisions contre-productives.
Les services secrets pakistanais de l'ISI ont pendant cette période cruciale continué à jouer un double-jeu en renseignant et finançant les islamistes pachtounes. Tout en faisant risette aux Américains crédules et aveuglés par les stupidités néoconservatrices, qui leur répondaient par l'envoi de mannes financières considérables. 
Aujourd'hui, cette gigantesque opération terroriste en Inde, un 11 Septembre hindou, est la résultante de ces tragiques erreurs stratégiques. Car ne soyons pas dupes : une telle opération n'a pu être organisée que de longue date, bénéficiant certes de complicités d'islamistes "indigènes" de la région de Bombay (les Mudjahiddin), mais qui porte la marque du terrorisme internationale. La planification est étrangère, compte tenu de la masse de combattants débarqués par un cargo avec armes lourdes, AK-47, grenades. etc. Le Pakistan, éberlué par le carnage et soumis presque quotidiennement aux mêmes attaques sur son sol depuis un an (plus de 1300 morts), nie toute implication. 
Cet attentat s'inscrit dans la droite ligne des grandes attaques depuis le 11 Septembre, et par sa complexité et ses objectifs, il est le plus important avec celui de Bali. Là, il s'agit de punir l'Inde et ses nouvelles alliances stratégiques avec Israël et les Etats-Unis : les juifs, les Américains, et les Anglais étaient les catégories les plus visées par les attaques.

Anomalie 27/11/2008 13:29

L’Inde confrontée à l’émergence d’un "terrorisme hindou"


Par Morgane Jézéquel | Aujourd'hui l'Inde.com | 20/11/2008 | 16H21



(De Delhi) Jusqu’ici, les attentats récurrents perpétrés en Inde étaient systématiquement attribués à des extrémistes musulmans. Mais pour la première fois, plusieurs personnalités hindoues ont été arrêtées ces dernières semaines dans le cadre d’enquêtes sur plusieurs attaques à la bombe.
Elle s'appelle Pragya Singh Thakur. Suspectée d'être la tête pensante de l'attentat du 29 septembre à Malegaon, elle est devenue, en quelques semaines, le symbole de l'émergence d'un "terrorisme hindou" jusqu'ici inconnu. Cette femme aux cheveux courts et aux habits safran fait ainsi la une des journaux depuis son arrestation, suscitant au passage l'incompréhension de nombreux Indiens.
Pragya Singh Thakur, 38 ans, est en effet une Sadhvi, sorte de guide spirituel respecté dans l'hindouisme. D'autres personnalités hindoues assez haut placées ont également été interpellées par les brigades antiterroristes (ATS) de différents Etats de l'Union, notamment le leader d'un ashram. Un député régional de l'Etat de l'Uttar Pradesh, Yogi Adityanath, doit aussi être interrogé dans le cadre de l'enquête. De quoi provoquer un véritable tollé.
Un pays habitué aux attentats depuis quinze ans
Car si l'Inde est habituée aux attentats terroristes, récurrents depuis une bonne quinzaine d'années, ceux-ci étaient jusqu'ici systématiquement imputés à des extrémistes musulmans soutenus par le Pakistan voisin. Les arrestations récentes sont donc inédites et posent, pour la première fois, l'existence d'un "terrorisme hindou", qui plus est soutenue par des personnalités religieuses respectées.
L'affaire ne cesse de prendre de l'ampleur puisqu'au fil de l'enquête, les ATS remontent désormais à des attentats plus anciens, comme celui déjà perpétré à Malegaon en 2006 qui, à l'époque, avait été hâtivement attribué à des musulmans bien qu'il ait été commis dans une mosquée.
Reviennent aussi sur le devant de la scène des événements passés relativement inaperçus. Comme la mort, en avril 2006 au Maharastra, de deux jeunes hindous dans l'explosion d'une bombe qu'ils étaient en train de manipuler, et un incident similaire survenu en août dernier dans l'Uttar Pradesh.
Toutes les victimes étaient membres du Bajrang Dal, la branche jeunesse du Vishwa Hindu Parishad (VHP), un mouvement nationaliste hindou radical. Et les enquêtes semblent indiquer qu'elles préparaient des attentats contre des musulmans.
Paradoxalement, ces affaires avaient cependant été mises de côté, probablement parce qu'aucun enquêteur ne croyait alors à l'hypothèse d'un "terrorisme hindou". Après les récentes arrestations, les autorités sont cependant confrontées à une nouvelle problématique, et envisagent même d'interdire certains groupes comme le Bajrang Dal ou sa branche féminine Durga Vahini.
La nébuleuse des nationalistes
Les enquêtes remontent également à diverses mouvances d'extrême droite, appartenant toutes à la même nébuleuse des nationalistes hindous.
A quelques mois des élections fédérales, ces arrestations mettent le BJP -facette politique de ce nationalisme hindou et principal parti d'opposition au niveau fédéral- dans une situation embarrassante. Le fait que les attentats soient jusqu'ici attribués aux islamistes renforçait en effet son discours antimusulmans, chaque explosion attisant d'une certaine manière le sentiment nationaliste.
Mal à l'aise, le BJP a cependant choisi de défendre les suspects et voit dans ces arrestations une conspiration politique visant à ternir le nationalisme hindou. Rajnath Singh, le président du BJP, affirme dans l'Hindustan Times:

"Il s'agit de détourner l'attention du public sur l'échec du gouvernement à prévenir les attentats de ces quatre dernières années."

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Photo: des membres du groupe Durga Vahini s'entraînent au maniement des armes à feu, en 2001 (Stringer India/Reuters).