JOHN MCCAIN : AVEC DIGNITÉ ET ÉLÉGANCE

Publié le par Anomalie

Éclipsé par la victoire historique de Barack Obama, un second événement a pourtant marqué la nuit du 4 novembre, un événement qui a constitué une parenthèse poignante dont la sincérité a d’emblée imposé le respect jusque dans le cœur du plus cynique des observateurs. Même la liesse s’est doucement tue pour écouter. Comme beaucoup, j’ai été très touché par le dernier discours de John McCain à Phoenix qui – pourquoi ne pas l’avouer ? – a réussi le tour de force d’être plus émouvant et plus « humain » encore que le premier discours du président Obama à Chicago devant une foule écrasante et en larmes. Accablé par une défaite cuisante, John McCain ne s’est pas départi de sa dignité et a su trouver les mots justes pour exhorter l’autre Amérique, celle qui l’a soutenue, à marcher derrière Barack Obama.




On s’est alors souvenu de la campagne électorale de 2000, lorsque les séides de George W. Bush n’avaient reculé devant aucune abjection pour exécuter publiquement celui qui a porté les couleurs du GOP cette année. Homme de principes et de convictions, John McCain, dont le pedigree centriste et franc-tireur n’a jamais vraiment convaincu dans ses rangs, a toujours rechigné à employer les méthodes mafieuses inscrites dans l’ADN de son parti. Une seule fois, il a cédé : lorsque la perspective de la défaite se faisait plus sûre, la campagne a dérapé, et il a rejoint la meute d’excités xénophobes qui a déversé en continu sa haine sur un Barack Obama accusé de camoufler ses intentions, de frayer avec les forces obscures de l’anti-américanisme, d’être le « candidat de l’étranger », ces poncifs qui ont de toute éternité constitué le cœur de la sémantique antisémite. Peut-être influencé par des conseillers affolés, ou par le déchaînement pathologique de la furie en peau de caribou qu’on lui a, malgré lui, collée dans les pattes, il s’est laissé aller à ces procès d’intentions et à ces attaques douteuses sur le profil atypique de son rival et sur ses fréquentations, jusqu’à en faire l’élément d’une cinquième colonne islamo-gauchiste s’apprêtant à infiltrer la Maison-Blanche.


Mais il a très vite pris conscience du potentiel dévastateur pour l’unité de l’Amérique de ces véritables appels à la haine et à la suspicion – qui ne lui ressemblent pas – lors d’un meeting à Albuquerque dans le Nouveau-Mexique. À une militante arriérée qui vomissait sa bêtise en ces termes : « mais j’ai lu des choses sur lui, c’est un Arabe, vous savez », John McCain a arraché le micro pour se lancer dans un vibrant hommage à son rival attaqué, sous les huées d’un troupeau de militants hargneux. Ce sont ces mêmes huées qui ont salué son magnifique discours de réconciliation et d’apaisement au soir de la défaite. Et c’est à ce moment que l’on s’est dit que cette meute sordide et poussiéreuse ne méritait pas un candidat de valeur comme John McCain. Depuis la révolution conservatrice reaganienne dans les années 80 et le « nouveau contrat moral » de Newt Gingrich dans les années 90, la droitisation accélérée du Parti républicain a trouvé son point d’orgue avec l’OPA des néoconservateurs et de la droite religieuse. Le Parti Républicain demeure aujourd’hui l’otage de son extrême droite qui a pris progressivement l’ascendant sur son aile modérée. La pondération et l’élégance de John McCain étaient insupportables pour cette coalition extrémiste qui considère l’arène politique comme le champ de bataille idéologique d’une contre-révolution morale et religieuse.




 


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Anomalie 11/11/2008 18:17

Sphax : il y a deux choses :1. McCain a perdu l'élection en échouant à rallier l'électorat majoritaire en Amérique, que l'on pourrait qualifier de "centre droit". Il a, au contraire, laisser à Sarah Palin le soin de taper à bras raccourcis sur un Obama gauchiste, socialiste, arabe, musulman etc etc etc, brouillant le massage du GOP alors même qu'Obama se recentrait. 2. En revanche, le GOP reste un parti phagocyté par son extrême droite, puritaine, obscurantiste, religieuse. C'est la figure même de Sarah Palin, soutenue par la base du parti. Si le GOP échoue à se recentrer et demeure le bras armé de la droite chrétienne et des néoconservateurs, il n'est pas impossible que l'amie des dinosaures porte ses couleurs en 2012. 

sphax 10/11/2008 18:59

Ce qui m'a étonné aussi est de voir un commentateur politique américain dire que Mccain faisait de la politique de façon dépassée et que Palin avait peut être un avenir à la tête du parti républicain.
Bizarre, moi je pensait l'exact contraire

Anomalie 08/11/2008 15:03



Sphax : j'avais remarqué à plusieurs reprises déjà des similitudes étonnantes entre les erreurs de la campagne McCain et celles de... Ségolène Royal ! Une campagne EXCLUSIVEMENT fondée sur la peur de l'adversaire, diabolisé, accusé de tous les maux, dangereux... Et j'en sais quelque chose : j'ai relayé certaines de ces mises en garde, qui n'étaient pas toutes erronées d'ailleurs, mais c'est un autre débat :-) Non, le problème est que la PERCEPTION par l'opinion de ce genre de campagnes négatives est désastreux. C'est moi, ou le chaos. Sarah Palin va peut-être enfin comprendre que sortir la tête de Wasilla, Alaska, n'est pas si inutile que ça... Elle aurait ainsi pu prendre connaissance de l'existence de la politique d'un continent, la France (euh, d'un pays, pardon), et méditer sur le précédent Royal pour éviter de mener la même campagne... On ne se refait pas ! Sphax : j'avais remarqué à plusieurs reprises déjà des similitudes étonnantes entre les erreurs de la campagne McCain et celles de... Ségolène Royal ! Une campagne EXCLUSIVEMENT fondée sur la peur de l'adversaire, diabolisé, accusé de tous les maux, dangereux... Et j'en sais quelque chose : j'ai relayé certaines de ces mises en garde, qui n'étaient pas toutes erronées d'ailleurs, mais c'est un autre débat :-) Non, le problème est que la PERCEPTION par l'opinion de ce genre de campagnes négatives est désastreux. C'est moi, ou le chaos. Sarah Palin va peut-être enfin comprendre que sortir la tête de Wasilla, Alaska, n'est pas si inutile que ça... Elle aurait ainsi pu prendre connaissance de l'existence de la politique d'un continent, la France (euh, d'un pays, pardon), et méditer sur le précédent Royal pour éviter de mener la même campagne... On ne se refait pas ! 

sphax 08/11/2008 14:45

Oui c'est vrai, les républicains ne méritaient pas John McCain. J'ai vu ça quand il se faisait huer parce qu'il remettait les pendules à l'heure sur "l' arabité" d'Obama, ou encore la réaction de ses "partisans" quand McCain a félicité Obama. Je risque de vous étonner mais le comportement de ces républicains me rappelle les réactions irrationnelles et hautement stupides de la crasse gauchiste en France, je les ai vu faires : ils gueullent et ils ne savent même pas pourquoi.
Même s'ils n'ont pas les mêmes idées que les néocons et autres extrémistes, ils ont la même mentalité destructrice.