LE NOUVEAU VISAGE DE L'AMÉRIQUE

Publié le par Anomalie




AMERICA IS BACK


BARACK OBAMA EST ÉLU PRÉSIDENT DES ETATS-UNIS



Commenter cet article

Laurent G 16/11/2008 11:43

Un peu en écho à cet article du Monde (''Un 11 septembre à l'envers''),voici un article d' Uri AVENRY, de Gush Shalom ( en hébreu = le Bloc de la Paix ). Il émet quelques petits espoirs, quelques hypothéses quant à cette nouvelle donne, quant à la situation israélienne  (où sont prévues des élections à la mi février) .... =
Ury AVNERY, 8 / 11/ 2008
YES, YOU CAN !
EN JUILLET 2004, la convention du Parti Démocrate était sur le point de désigner John Kerry comme candidat à la présidence. Il appartenait au comité organisateur de décider qui prononcerait le discours inaugural. Dans la tradition américaine, ce discours donne le ton pour l'ensemble de la Convention.
"Peut-être devrions-nous avoir un orateur noir cette fois-ci?" a suggeré quelqu'un .
''Bonne idée'', a répondu le président."Mais qui?"
Ensuite, quelqu'un, d'une voix hésitante, a dit qu'il avait rencontré un jeune gars avec un drôle de nom, à Chicago. "Il est noir et excellent orateur. Peut-être que nous pourrions l'essayer ? "
Je ne sais pas si une telle conversation a eu lieu.Si c'est le cas, c'est le genre de celles qui font l'histoire.
''Donnez-moi des maréchaux qui soient chanceux !'', s'est exclamé un jour Napoléon.
Il y a des gens qui ont de la chance parce qu'ils savent saisir leur chance des deux mains et courir avec celle-ci. C'est une question de talent.. Barack Obama est ce genre de personne.
Son discours à cette convention, il y a seulement quatre ans, avait fait sensation. Il a inspiré de l'émotion à son parti et à toute l'Amérique. Il a exprimé un message édifiant, un message d'espoir, et, surtout, un message unificateur. Son principal motif était : ''Réunifions l'Amérique ! ''
Il est apparu parmi des centaines de messages possibles, ce fut celui qui a touché le cœur déchiré de la nation américaine. Entre l'orateur et le public, un contact a été établi - le contact mystique que s'efforce d'établir chaque orateur et que seuls quelques-uns réussissent. Il s'agit du lien avec la chose mystérieuse chose que le philosophe allemand a appelée le Zeitgeist, l'esprit du temps.
Obama a senti qu'il avait établi le contact avec la psyché américaine. A partir de ce moment-là, il a maintenu ce message. Il a collé à sa personne tout au long de la longue campagne électorale. Il l'a conduit à la victoire.
CE N'ETAIT PAS facile. En tant qu'individu qui a réussi plusieurs campagnes électorales infiniment moindres, je sais combien il est difficile de fixer un thème central - et encore plus difficile de s'y tenir soi-même.
Au cours d'une campagne électorale, il existe d'innombrables tentations de se détourner du message central pour réagir à des événements divers, pour saisir les opportunités de passage, pour répondre aux attaques de l'adversaire. Il est difficile de se serrer la bride à soi-même maintenir le cap.
Cette semaine, de nombreuses personnes ont fait l'éloge de la campagne d'Obama.Je ne suis pas sûr que chacun d'entre eux ait tout à fait compris à quel point ils ont raison. Il est resté calme quand il aurait pu se mettre en colère, il aurait pu réagir violemment à la diffamation et aux insultes et rendre la monnaie.Il ne l'a pas fait . John McCain, d'autre part, ne pas s'est pas départi de son personnage choisi – celui d'un héros de la guerre, un type bien, symbole de décence. Plusieurs fois, il a fait cesser la diffamation. Il s'est adjoint la vulgaire pourvoyeuse d'invectives, Sarah Palin. Au tout dernier moment, il a autorisé ses partisans, en Floride, à publier un coomuniqué absurde accusant Obama d'être un ami de Fidel Castro et de conspirater pour transformer les Etats-Unis en un deuxième Cuba. Pour ce seul fait, il méritait de perdre, et effectivement, il a perdu.
Obama n'a pas couru derrrière la chance. C'est la chance qui l'a poursuivi. Le phénomène Palin, un acte de folie tout à fait extraordinaire de la part de son adversaire, lui a livré le vote des femmes. L'effondrement économique qui s'est produit au moment le plus intense de la campagne lui a assuré la victoire. Toutes les composantes de la société américaine criaient un message édifiant, un message de salut.
DANS DES CENTAINES d'endroits autour du globe, des foules en liesse et nombreuses se sont répandues dans la rue pour exprimer leur joie après les résultats de l'élection. Par ces instants-là, le contact des Etats-Unis avec le monde, qui avait été coupé par la main maladroite de Bush, a été rétabli.
À Tel-Aviv, aucune célébration n'a eu lieu. Dans tout Israël, il y avait une ambiance d'appréhension. L'Israël officiel était gravement préoccupé par cet homme neuf.
S'il y avait eu une fête sur la place centrale de Tel-Aviv, j'y aurais certainement pris part. Mais ma joie n'aurait pas été sans limites, car je n'aurais pas oublié ce qui s'est passé sur la même place quelques neuf ans plus tôt. C'est alors que notre Barak à nous, Ehud, a remporté les élections. Cela avait été ressenti comme un jour de délivrance. Le mandat de Benyamin Netanyahou avait été un désastre absolu, un cauchemar de corruption, de polarisation et un échec total. Barak devait être notre sauveur. Une centaine de milliers de personnes en liesse affluèrent sur la place Rabin, sans attendre un appel. Ils ont dansé, chanté, se sont réjouis et écouté attentivement le discours de Barak, le Rédempteur.
Tout le monde sait ce qui s'est passé ensuite. En quelques mois, le public en est venu à haïr Barak, il a échoué à tous les égards et a enterré tout ce qui avait été construit par Yitzhak Rabin. Le public s'est détourné de lui et a passé la couronne à Ariel Sharon. L'ensemble de l'épisode a duré moins de deux ans.
Je souhaite de tout mon coeur que rien de sembablale ne se produise avec le Barack américain. Mais cette semaine, de nombreuses personnes ici se souviendront de ce chapitre. Aujourd'hui, dans quelques heures, de nombreuses personnes affueront de nouveau sur la place - la même place- afin de participer au rassemblement annuel en mémoire d'Itzhak Rabin, le Premier Minsitre assassiné sur cette place, qui porte aujourd'hui son nom.. Le principal orateur– vous ne pourrez le croire – sera Ehud Barak.
DANS TROIS mois, des élections générales auront lieu en Israël. Nul Barack Obama à nous n'apparaîtra.
Obama est un grand homme politique. Selon ma définition, un grand homme politique est un homme politique qui ne ressemble pas à un politicien. Comme Abe Lincoln, comme le Mahatma Gandhi, comme Franklin Delano Roosevelt, comme David Ben-Gourion, tous les grands acteurs du jeu politique, les politiciens de la tête aux pieds. Mais ils n'en avaient pas l'air. Je pense que Obama est comme ça, lui aussi. .
En Israël, l'homme qui espère gagner, Benyamin Netanyahu, est tout le contraire. Il suinte la politique sordide de tous les pores. Durant son dernier mandat en tant que Premier ministre, il a tout raté.S'il gagne, rien ne s'améliorera.
Barak est un autre antithèse de l'American Barack. Comme Netanyahou et Tzipi Livni, il appartient à l'élite blanche ashkénaze. Il n'entretient pas d'affects ni de connexion avec les minorités. C'est un militariste en tous temps et en tous lieux. Il a profité, par exemple, de la nuit de l'élection d'Obama quand l'attention du monde entier était rivée là-bas, pour violer le cessez-le-feu et mener une action de provocation militaire dans la bande de Gaza.
Il reste Tzipi Livni. Difficile à dire. Ce n'est pas une grande oratrice. Est-ce que certaines des merveilleuses qualités d'Obama se sont reportées sur elle ? Elle n'est pas grande oratrice. En réalité, elle n'est pas du tout l'oratrice que de nombreuses personnes mettaient à son crédit. Mais elle a promis une "nouvelle politique". Elle n'a pas été mêlée à des scandales de corruption, comme le Premier ministre et Netanyahutout comme Barak. Elle n'a pas d'aura militaire. Son mandat en tant que ministre des Affaires étrangères lui a donné une certaine crédibilité en tant que diplomate.
La seule chose qui unit presque tous les Israéliens est l'importance de maintenir de bonnes relations avec les États-Unis. Tout le monde sait que la politique israélienne actuelle n'est possible que tant qu'il existe un indéfectible soutien américain. Parmi les trois candidats, Tzipi Livni paraît celui le plus susceptible d'être en mesure de travailler avec le nouveau président. L'élection d'Obama peut aider à sa propre élection, si elle sait comment l'utiliser.
LA QUESTION est : quelle politique vis-à-vis d'Israël Obama adoptera-t-il ?
Jérusalem est inquiet, mais les porte-parole se rassurent eux-mêmes - et le public - en disant (d'après l'expression en hébreu), que "le démon n'est pas si terrible". Le nouveau Congrès est différent du précédent en ce qui concerne l'équilibre des pouvoirs, mais sa crainte du lobby pro-Israël sera toujours aussi intense. Certes, l'influence des Evangélistes sionistes diminuera beaucoup , mais l'AIPAC est bien vivante, et ses coups de pied seront aussi douloureux que jamais.
Celui qui sera le nouveau Secrétaire d'État, comme les autres ministres et le Premier Ministre israélien, aura un accès direct au Bureau Ovale. Le nouveau portier, qui porte le nom à consonance israélienne d' EmmanuelRahm (Rahm signifie élevé, Emmanuel signifie Dieu avec nous), est le fils d'un ancien combattant clandestin de l'Irgoun.Rahm a grandi dans un foyer juif, parle l'hébreu et s'est précipité à l'aide de l'armée israélienne au cours de la première guerre du Golfe. Je ne connais pas son point de vue sur le conflit israélo-palestinien, mais certainement il ne bloquera pas l'accès au Président du Premier Ministre israélien.
S'il y a un changement, il sera probablement lent et graduel. Mais cela ne signifie pas qu'il ne sera pas significatif.
Il n'y a aucune chance pour progresser sur la voie de paix israélo-palestinienne sans la pression américaine sur le gouvernement israélien. Cela a été vrai pendant des décennies, et cela reste vrai aujourd'hui.
Tous les Présidents américains après Dwight Eisenhower ont eu peur d'exercer de telles pressions. Ceux qui ont essayé, comme Richard Nixon au début de son mandat, ont rapidement fait marche arrière. La seule exception a été Bush-le père, ou plutôt son secrétaire d'État James Baker, mais la pression (sur la poche) n'a pas duré longtemps.
Pour être efficace, la pression américaine n'a pas besoin d'être brutale. Elle devrait être douce, mais ferme et cohérente. Il est possible que cela corresponde au tempérament d'Obama.
Si la nouvelle administration américaine décide de réévaluer les intérêts nationaux américains au Moyen-Orient et en arrive à la conclusion que la paix israélo-arabe est une condition essentielle pour la politique de l'Amérique post-Bus, alors le nouveau Président devra informer notre nouveau Premier ministre de ce fait et demander poliment mais sans équivoque un gel des colonies de peuplement et d'un début de nouvelles négociations - cette fois, pas seulement pour gagner du temps, mais pour parvenir à un accord final en 2009.
Beaucoup d'Israéliens l'en remercieront. Il est assez possible que notre prochain Premier ministre aura lui aussi de la gratitude cachée dans les recoins de son coeur (à lui ou à elle).
Le nouveau président américain agira-t-il ainsi ? Barack Obama sera-t-il en mesure d'agir ainsi ?
Il n'y a qu'une seule réponse possible. Yes, you can ! Oui, vous pouvez !

Publication originale : Gush Shalom . Traduction pour l'AFPS : LG / SW

Laurent G 16/11/2008 11:34

Voci un autre écho de la planète, en réaction à l'élécetion d'Obama = Le Monde , 14 Nov :  "Les ultra-nationalistes russes voient un signe du déclin américain dans l'élection du"musulman" Obama.
La désignation permanente de l'ennemi a du succès. Dans de nombreux blogs et commentaires, l'élection du "métis" Obama est interprétée comme un signe de plus du déclin des Etats-Unis. "L'Amérique est au bord du gouffre, a expliqué Maxime Chevtchenko, commentateur politique à la radio Echo de Moscou. Le charme d'Obama n'a rien fait, sinon de ramener les électeurs noirs en masse aux urnes." A tout bout de champ, le président élu est décrit comme "un musulman". La palme revient au député ultra-nationaliste Sergueï Abeltsev. "Obama a gagné parce qu'il avait beaucoup d'argent, l'argent des musulmans et de Ben Laden dont il est l'agent d'influence", a-t-il dit à la télévision le 9 novembre. D'autres pays seront bientôt touchés, a renchéri le vice-président de la Douma, Vladimir Jirinovski : "En France, ils auront bientôt un Sarkozy arabe."

Marie Jégo

Laurent G 10/11/2008 18:39

ANOMALIES  = désolé, mon post d'avant est illisible !effacez-le,   je rééditerai.

souris 06/11/2008 23:09

Salut anomalie,C'est toi le geek super intélligent, drôle, super gentil et super sexy qui délaisse sa copine au profit de son blog ? Si on lui demandait, je suis qu'elle aurait envie que tu te connectes à skype pour qu'elle puisse entendre le son de ta voix.souris

Laurent G 06/11/2008 15:30

 Bah, oui, moi aussi, ça m'a bêtement ému et fait pleurer, comme une victoire, tout du moins comme un espoir face à toutes ces discriminations anciennes, à toutes ces discriminations qui perdurent.Et puis une image télé fugace = au fin fond du Kenya, des gens sautent de joie, brandissant le drapeau américain.  Cela faisait longtenps que dans un pays du ''tiers-monde'', on déploie le drapeau US..., qu'on est pas rempli de colère (et de haine) à l'égard des States et de " l'occident''.Ca m'a rappelé une autre image  fugace = en 93  ? (date à vérifier ) on brandissait dans une autre foule en liesse le drapeau américain. C'était à Gaza. Lors  du retour d'exil d'Arafat.Pour moi, cette éléction d'Obama, c'est un symbôle et un tout petit espoir : sortir de ce cercle vicieux , de  ces théories et politiques ravageuses du "choc des civilisations". ("des prophéties auto-réalisatrices" comme ont dit  d'autres).Bref, un petit debut de ''11 septembre à l'envers''... ???
UN 11 SEPTEMBRE A L'ENVERS.
Eric Collier, Le Monde, 6//11/2008

O-Ba-Ma. Trois syllabes qui claquent. Une belle "marque" diraient des spécialistes du marketing. Une marque d'avenir. A peine élu, le 44e président des Etats-Unis jouit d'une popularité planétaire sans précédent. En quelques mois, notamment depuis son discours sur la race prononcé en mars à Philadelphie ("la ville de la fraternité"), il est devenu une star internationale comme seul, jusque-là, le monde du sport ou du spectacle avaient pu en produire. Le monde entier a voté pour lui : un sondage lui avait accordé 69 % des intentions de vote des Français.
Son charisme et son talent, déployés pendant toute la campagne électorale, ont fait de Barack Obama à la fois l'idole des enfants des quartiers défavorisés et l'homme politique favori des élites mondialisées. Partout, son effigie se retrouve sur des tee-shirts ou des robes dessinés par les meilleurs créateurs de mode, mais aussi sur des œuvres d'art ou en fond d'écran de téléphones portables. On parle d'"Obamania".
Pour plusieurs spécialistes des Etats-Unis interrogés par Le Monde, cette incroyable popularité vient tout d'abord d'un rejet "massif" des années Bush, liées au souvenir des mensonges sur les armes de destruction massive du régime de Saddam Hussein et au scandale des tortures de la prison d'Abou Ghraib, en Irak. Mais aussi d'un double effet d'identification et de reconnaissance. "A l'heure de la mondialisation et du village planétaire, l'Amérique se remet à ressembler au monde, au moment où elle en a le plus besoin, et Barack Obama ressemble au reste du monde", indique Justin Vaïsse, chercheur à la Brooklyn Institution de Washington et auteur de Histoire du néoconservatisme aux Etats-Unis (Odile Jacob).
"Barack Obama était le candidat du monde, ajoute l'écrivain français Pascal Bruckner. Avec sa famille présente sur quatre continents, il est à lui seul une généalogie du genre humain." Pour l'historienne Nicole Bacharan, le nouvel élu est "celui qui donne au monde entier l'impression d'être reconnu" : "Les gens savent que, de par son histoire, ses origines ethniques, il sait que le reste du monde existe, d'une façon sensible et personnelle", explique l'auteur de Les Noirs américains, des champs de coton à la Maison Blanche (Editions du Panama, 2008).
Barack Obama n'incarne pas seulement "l'homme le plus puissant au monde". Il est surtout l'homme-symbole le plus puissant au monde. Premier président noir des Etats-Unis, il ressemble à l'idée qu'on se fait partout dans le monde du "rêve américain". Et son succès planétaire semble indiquer que le monde a besoin de croire de nouveau en ce rêve, à ses promesses d'une société où le champ des possibles n'est plus encadré par telle ou telle origine sociale. "Avec son élection, on a envie d'être optimiste, de croire que le monde peut être plus généreux", avance Frédéric Martel, auteur de De la culture en Amérique (Gallimard, 2006).
"Le plus génial des consultants politiques n'aurait pas pu inventer quelque chose de mieux pour restaurer l'image des Etats-Unis après la présidence de George Bush, souligne Justin Vaïsse. Il offre une forme de rédemption à l'Amérique. Il tourne la page d'environ un siècle d'esclavage et d'un siècle de ségrégation, et il montre la voie de la coexistence des communautés, ethniques, religieuses, etc. Il est le premier à avoir compris qu'on en est à ce moment de l'Histoire où cette coexistence est possible." Même approche pour Denis Lacorne, professeur à Sciences Po et auteur de Les Etats-Unis (Fayard, 2006) : "On est à un moment où, pour Barack Obama, ce sont les thèmes unificateurs comme l'intérêt général qui l'emportent. Il est dans la critique du multiculturalisme radical. Pour lui, on n'est plus dans l'après-Martin Luther King, un moment qui avait donné MalcolmX ou Jesse Jackson, des leaders mettant en avant une fierté ("Black is beautiful") où l'ethnique primait sur le civique. Il a fait la démonstration que l'idée d'une Amérique balkanisée, divisée en communautés irréconciliables, était désuète." Et cette démonstration trouve, semble-t-il, un très fort écho dans le reste du monde.
Jusqu'à la fin du mois d'octobre, Pascal Bruckner animait un séminaire sur "la crise du patriotisme" dans une université du Texas. Il a vu certains de ses étudiants, parmi lesquels figuraient quelques soldats de retour d'Irak, "choqués" quand il leur demandait si la principale tâche de Barack Obama ne serait pas de "réconcilier l'Amérique avec le reste du monde".
Les Américains voient en leur nouveau président celui qui peut les aider à se rapprocher les uns des autres après les divisions nées de la guerre en Irak, de l'échec de la politique des néoconservateurs et, surtout, de la crise économique; le regard du monde extérieur, approbateur ou pas, vient loin derrière ces considérations intérieures. "Ils ont encore cette impression de toute-puissance", explique Pascal Bruckner.
C'est pourtant sur ce terrain de la réconciliation que le président élu est le plus attendu loin des Etats-Unis. Pour Frédéric Martel, l'avènement de Barack Obama restera comme "une date positive" de l'histoire contemporaine, une sorte de "11-Septembre à l'envers".
Mais qui est-il ce président élu qui soulève des espoirs dans le monde entier ? Est-il cet "homme providentiel" envisagé par Pascal Bruckner ? "L'homme qui montre que l'Amérique sait corriger ses erreurs", discerné par l'écrivain-journaliste Frédéric Martel ? Sera-t-il celui qui va réconcilier son pays avec le reste du monde après les huit années de la présidence controversée de George Bush ? Ou restera-t-il dans la continuité de son prédécesseur sur de nombreux sujets, comme le prévoient les spécialistes des Etats-Unis ? "Il y a des sujets de politique étrangère, comme la crise en Géorgie ou l'Iran, sur lesquels il peut se retrouver à incarner des positions à peine moins impérialistes que celles de George Bush", observe Thomas Piketty, professeur à l'Ecole d'économie de Paris (EEP).

A propos de ses choix de société, "les gens vont être stupéfaits de réaliser qu'il est favorable au port d'armes : c'est un Américain !", ajoute Ezra Suleiman, professeur de sciences politiques à l'université de Princeton. Il est également favorable à la peine de mort. Mais pour l'heure, l'"Obamania" qui a saisi la planète ne s'arrête pas à ces considérations.
A propos de ses choix de société, "les gens vont être stupéfaits de réaliser qu'il est favorable au port d'armes : c'est un Américain !", ajoute Ezra Suleiman, professeur de sciences politiques à l'université de Princeton. Il est également favorable à la peine de mort. Mais pour l'heure, l'"Obamania" qui a saisi la planète ne s'arrête pas à ces considérations.Une fois installé à la Maison Blanche, en janvier 2009, Barack Obama pourrait donc décevoir ses supporteurs non américains, préviennent ces observateurs. "Il hérite d'une situation économique très difficile : il n'aura pas une grande marge de manœuvre", rappellent-ils. Pour eux, le nouvel homme fort de la scène internationale n'est pas le "radical" que beaucoup avaient cru reconnaître en Europe. "Il ne faut pas surestimer l'impact idéologique produit aux Etats-Unis par la crise financière, souligne Thomas Piketty. De Barack Obama, il ne faut pas s'attendre à un changement radical de politique économique." Sa couleur de peau joue évidemment un grand rôle dans sa popularité internationale. Pourtant, la question raciale, la plus commentée de toutes pendant la campagne électorale, n'a pas forcément le sens qu'on lui attribue à l'extérieur des Etats-Unis. "Dans le reste du monde, il est le candidat des minorités, mais je ne suis pas sûr qu'il soit vraiment le candidat des minorités aux Etats-Unis", explique Frédéric Martel. Les Africains-Américains eux-mêmes, Jesse Jackson en tête, ont tardé à se rallier à sa candidature.
Pour Denis Lacorne, "très nombreux sont les Américains qui ont dépassé la question de la race. Il y a déjà eu avant lui des maires ou des gouverneurs noirs élus dans des villes ou des Etats à majorité blanche. Et Colin Powell ou Condoleezza Rice ont occupé des postes importants au gouvernement. Il y a plus important que la race pour les Américains : la crise économique et le ras-le-bol de Bush et des "reaganomics". Ils veulent un changement et il se trouve qu'Obama est là. Qu'il soit noir ou pas n'est pas la question."
Au-delà de cette différence de perception du phénomène Obama vu des Etats-Unis ou du reste du monde, une chose est sûre : le choix des électeurs américains aura un impact sur la vie politique du monde entier. A certains vieux pays européens torturés par la question de "l'identité nationale", il renverra inévitablement l'image d'une société bloquée. "Cela va devenir compliqué, en France, de caricaturer les Etats-Unis, prédit Thomas Piketty. C'est tout de même un pays où l'on a moins peur de renouveler les élites ou de présenter aux élections des gens encore jeunes."
Pour Denis Lacorne, "on n'imagine pas un Barack Obama à l'ENA. Dans le système français, il n'aurait pas pu réussir". "Les Américains ont compris qu'ils ont besoin de tous les talents et que les talents se trouvent dans toutes les communautés, observe Ezra Suleiman. En France, les élites se protègent et toute la société se prive de nombreux talents."
Le professeur américain, qui vient de publier Schizophrénies françaises (Grasset, 2008), était à Paris quand Barack Obama a effectué une brève escale à l'Elysée, en juillet. Ce n'est pas un hasard, note-t-il, si le sénateur de l'Illinois ne s'est arrêté que deux heures à Paris après son triomphe à Berlin, où il avait pris la parole devant 200 000 personnes : "J'ai toujours pensé que cela arrangeait aussi bien Obama que Sarkozy. Mieux valait pour le candidat américain ne pas s'afficher trop longtemps avec des Français : cela ne passe pas toujours très bien auprès d'une partie de l'Amérique profonde; et pour le président de la République, la confrontation ne faisait que souligner l'écart entre les deux pays sur la question de la représentativité des minorités au sein des élites."