BARACK OBAMA OU JOHN MCCAIN ? J-7 ET 5 SCENARII

Publié le par Anomalie


Plus que sept jours. Sept petits jours qui vont clore la campagne électorale la plus passionnante de l’histoire récente des Etats-Unis. Le vainqueur, quel qu’il soit, aura la lourde tâche de restaurer le prestige international d’une Amérique mise plus bas que terre par la clique de truands qui a occupé la Maison-Blanche pendant huit ans. George W. Bush achève son règne de manipulation, de corruption et de mensonges dans une atmosphère crépusculaire, en atteignant les cimes de l’impopularité, couronné du titre inavouable de pire président de l’après-guerre aux Etats-Unis. Jamais les Américains n’ont autant été la proie du doute, constatant un peu plus chaque jour l’ampleur des ravages économiques et politiques laissés par cette marionnette entre les mains d’idéologues fanatisés et inconscients qui n’auraient osé rêver jouet plus malléable pour mener à bien leurs desseins. C’est l’une des raisons de l’espoir fou et de la frénésie quasi-extatique qui se sont répandu sur l’ensemble de la surface du globe pour un homme, Barack Obama, symbole d’une Amérique pour laquelle des milliards d’êtres humains sont toujours prêts à s’enflammer. Voilà qui aura au moins un mérite : renvoyer définitivement dans les poubelles de la pensée les procédés de terreur intellectuelle qui consistaient à faire croire qu’être anti-Bush, c’était l’échappatoire convenue pour ne pas avouer son anti-américanisme. Ce genre de manipulations staliniennes est donc enfin caduc.


Reste une inconnue de taille : Barack Obama peut-il être élu ? La question paraît surréaliste au moment où les sondages lui font un pont d’or, et que sur le papier, il est déjà virtuellement le quarante-quatrième président des Etats-Unis. À une semaine du scrutin, les projections en termes de grands électeurs donnent à Barack Obama une avance considérable sur son rival républicain. Selon l’excellent site RealClearPolitics, Obama dispose d’ores et déjà de 306 grands électeurs, soit 36 de plus que la barre fatidique des 270 nécessaires à la victoire, alors même que 7 Etats demeurent indécis. Cela signifie que même si John McCain arrachait ces 7 Etats le soir du scrutin, et en prenait 1 autre à Barack Obama, le candidat démocrate serait tout de même élu (voir la carte ci-dessous) ! Et même si McCain devait remporter l’élection, il ne pourrait le faire que d’une très courte tête : il doit ravir à Barack Obama des Etats qui paraissent cette année inexpugnables (le Michigan, le Minnesota, le Wisconsin, le Nouveau-Mexique ou la Pennsylvanie) et son propre réservoir d’Etats très limité lui interdit d’espérer une vague républicaine. En revanche, Barack Obama peut aussi bien gagner sur le fil que surfer sur un véritable raz-de-marée : il est déjà confortablement assis sur tous les Etats remportés par Al Gore en 2000, et mène avec une avance allant de 2 à 8 points dans dix Etats remportés par Bush la même année. Statistiquement, la marge de manœuvre de McCain est donc quasi-nulle : il doit remporter les Etats indécis qui sont tous, à une semaine de l’échéance, en faveur d’Obama, ET ravir un gros Etat démocrate. En apparence, mission impossible, donc, pour John McCain.



Pourquoi le doute, alors ? Pour plusieurs raisons.


Premièrement, évacuons la raison principale qui est mon pessimisme naturel ! Je préfère envisager le pire et ne m’autoriserai à croire à la victoire de Barack Obama que lorsque je verrai son visage apparaître sur l’écran dans la nuit de mardi à mercredi prochain !


Deuxièmement, le « Bradley Effect ». Tom Bradley était le candidat afro-américain pour l’élection au poste de gouverneur de Californie en 1982. À la surprise générale, il perdit les élections alors que les sondages, y compris les sondages sortis des urnes le jour du scrutin, le donnaient largement en tête durant toute la campagne. On appelle donc « Bradley Effect » la distorsion qui existe, lorsque le candidat est noir, entre le comportement effectif des votants dans l’isoloir et les déclarations de ces mêmes votants aux sondeurs, motivées par le politiquement correct et la crainte de paraître raciste. Or dans certains Etats, comme la Pennsylvanie, la Virginie, l’Ohio et le Colorado, où Barack Obama est légèrement ou plus largement en tête, il est très difficile de mesurer le phénomène. La question est donc de savoir si la marge d’erreur naturelle des sondages couplée au « Bradley Effect » ne pourrait pas faire basculer l’élection dans ces Etats.


Enfin, Barack Obama est le candidat le plus à gauche susceptible de jamais rentrer à la Maison-Blanche. Il est donc également difficile de connaître dans les sondages l’impact qu’aura eu sur un électorat américain traditionnellement conservateur et patriotique la campagne négative menée par le camp républicain sur le thème : Barack Obama est le candidat du socialisme et des forces anti-américaines, qu’elles soient intérieures (le terroriste d’extrême gauche Bill Ayers) ou étrangères (le profil atypique de Barack Obama, élevé en Indonésie dans la foi musulmane, avant d’embrasser un christianisme « douteux » sous la houlette de son « guide spirituel », le pasteur raciste et antisémite Jeremiah Wright).


À une semaine du scrutin, nous avons élaboré cinq scénarii pour le Collège électoral américain. Pour chacun d’entre eux, nous indiquerons la plausibilité de sa réalisation.



SCÉNARIO 1 : LE SCÉNARIO-CATASTROPHE POUR BARACK OBAMA



Dans ce scénario, « l’effet Bradley » joue à plein. Obama parvient certes à maintenir ses positions dans les Etats traditionnellement démocrates, mais échoue à conquérir les Etats républicains qui pouvaient basculer cette année, dans lesquels les sondages le donnaient largement devant (Ohio, Virginie, Colorado, Nouveau-Mexique). Mais le choc vient surtout de la perte de la Pennsylvanie et du New Hampshire, où Barack Obama menait dans les sondages par respectivement 10,8 et 8,5 points d’avance. Rappelons-nous que ces deux Etats étaient pourtant très serrés en 2004 (John Kerry ne remporta le New Hampshire que de 0,9 points). Ce scénario, bien que plausible, est peu probable.




SCÉNARIO 2 : VICTOIRE SUR LE FIL POUR JOHN MCCAIN



C’est l’exacte configuration de l’élection très serrée de 2000 entre Bush et Al Gore. Obama remporte les mêmes Etats que Gore, et McCain l’emporte dans ceux de Bush. C’est un désaveu majeur pour les sondages, qui avaient donné à Obama la possibilité de créer la surprise dans une dizaine d’Etats à sa portée, qui se sont rangés in extremis derrière McCain. C’est le scénario qui a longtemps eu ma faveur. Mais la crise financière et la catastrophe Sarah Palin sont passées par là ! Ce scénario n’en demeure pas moins probable. C’est celui que nous redoutons. Variante : avec ou sans le New Hampshire pour McCain.



SCÉNARIO 3 : LE SCÉNARIO LE PLUS PROBABLE, OBAMA GAGNE LA VIRGINIE ET LE COLORADO



Voilà le scénario qui risque fort de devenir réalité dans une semaine ! C’est le plus probable, le plus conforme aux trends des sondages, et à la dynamique du candidat démocrate. Barack Obama remporte tous les Etats de Gore en 2000, et ravit les bastions républicains du Colorado et surtout de Virginie (qui n’a pas voté démocrate depuis 1964 !) à John McCain.




SCÉNARIO 4 : LA VAGUE DÉMOCRATE



Il s’agit du second scénario en terme de probabilité. La dynamique de Barack Obama est telle qu’elle annule l’effet Bradley et, conformément à la tendance lourde des enquêtes sondagières depuis un mois, pousse le candidat démocrate dans l’Ohio, en Floride, et dans le Nevada. C’est une défaire cinglante pour John McCain.




SCÉNARIO 5 : LE RAZ-DE-MARÉE



L’effet Obama rafle tout sur son passage. Il s’agit du scénario le plus optimiste, peu probable mais plausible. Tous les sondages, depuis un mois, donnent une légère avance à Barack Obama dans le Missouri (qui, depuis 1964, a toujours voté en faveur du vainqueur de l’élection) et en Caroline du Nord, et une très légère avance dans l’Indiana. Barack Obama remporte également des bastions républicains pluri-décennaux que les sondages ne donnaient pas à Barack Obama mais où McCain ne disposait que d’une très maigre avance, un désastre pour sa campagne en comparaison avec celle de George W. Bush quatre ans plus tôt. Il s’agit du Montana (+3,1 pour McCain selon les derniers sondages contre +20,5 pour Bush en 2004), du Dakota du Nord (+3 pour McCain contre +27 pour Bush en 2004), et de la Georgie (+5,2 pour McCain contre +17 pour Bush en 2004). C’est la victoire la plus éclatante pour un candidat démocrate depuis l’élection triomphale de Lyndon Johnson en 1964.


Cette année, l’élection de Barack Obama se jouera donc à l’Ouest. Alors que, traditionnellement, une élection se gagne dans le Midwest ou le Nord-Est (Pennsylvanie, Ohio, New Hampshire), le bouleversement de la démographie et de la sociologie électorale dans les Etats de l’Ouest (Nevada, Colorado, Nouveau-Mexique) rebattent les cartes. L’électorat latino, très présent dans ces Etats, ainsi que l’afflux de classes moyennes supérieures, constituent un véritable vivier pour Barack Obama. Pour finir, et compléter ainsi ce panorama électoral, voici le trend des dix derniers sondages Etat par Etat à J-7.


 





Barack Obama sera-t-il élu ? Je n’ose l’espérer. Mais quoi qu’il en soit, sa campagne a été menée avec une intelligence et surtout une justesse remarquables. Dans un pays où il y a encore cinquante ans on lynchait les Noirs dans les rues, où les droits civiques les plus élémentaires leur étaient refusés, où la ségrégation et le racisme conféraient aux Etats du Sud un statut d’Apartheid, Barack Obama a su dépasser les clivages raciaux en refusant de jouer la détestable partition revancharde et la fragmentation communautariste. Au contraire, par le choix judicieux de porter une candidature post-raciale, il a offert à l’Amérique la chance de sa rédemption. À cet égard, le fait que la Virginie, bastion des anciens Etats sudistes et confédérés, jadis forteresse de l’esclavage puis de la ségrégation, s’apprête, selon les sondages, à élire un candidat noir à la présidence des Etats-Unis, est en soi un incroyable symbole de la réconciliation de l’Amérique avec elle-même et avec son passé. Un achèvement. Peu importe, à ce jour, que l’esprit critique de certains puisse être aveuglé par la force du symbole et que la réalité d’une présidence Obama nourrisse au final une désillusion inversement proportionnelle à l’espoir que le candidat Obama a su susciter. Reste qu’une fois de plus, l’Amérique nous a donné avec cette campagne une incroyable leçon.
 



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Anomalie 31/10/2008 11:25


Expropriés, ils craignent
de ne pas pouvoir voter


Florentin Collomp, notre envoyé spécial à Detroit (Michigan)

30/10/2008 | Le Figaro




Aux États-Unis, les saisies immobilières ont augmenté de 21 % en un an. Certains groupes républicains cherchent à empêcher les propriétaires expulsés de voter.



«Je vais voter pour Obama, parce que les républicains ne montrent aucune compassion pour les victimes d'une crise survenue depuis qu'ils sont au pouvoir. J'irai au bureau de vote de mon ancienne adresse et que quelqu'un essaye seulement de m'empêcher de voter ! Je connais mes droits, je ne me laisserai pas faire.» Sandra Hines, dont la maison à Detroit a été saisie voici quelques mois, n'entend pas se laisser intimider par les menaces de groupes républicains qui prévoient d'utiliser des listes d'expropriations pour empêcher les ex-propriétaires de voter au motif qu'ils n'habitent plus à l'adresse indiquée. Plus de 33 000 électeurs auraient ainsi été radiés des listes électorales dans le Michigan. Une sorte de double peine qui priverait de leurs droits civiques des citoyens souvent pauvres, noirs ou hispaniques, déjà frappés par la perte de leur logement.
C'était le premier jour de neige de l'hiver, quinze jours avant Noël dernier. En rentrant à la maison où elle vivait avec sa sœur et sa nièce dans un quartier du nord-ouest de Detroit, Sandra Hines a trouvé tous leurs meubles et leurs affaires dans deux bennes posées dans la rue. «Des objets venant de ma mère, les albums photos de famille, c'est toute votre vie que vous retrouvez là, sur le trottoir», se souvient cette femme de 54 ans. Six mois plus tôt, les deux sœurs avaient reçu une notification d'expulsion à la suite d'impayés sur leur emprunt. La maison de style colonial, dans la famille depuis quarante ans, était pourtant payée depuis longtemps. Mais la sœur de Sandra l'avait donnée en garantie d'une hypothèque sur un emprunt souscrit lorsque sa pension d'invalidité versée par General Motors a diminué de moitié. Comme souvent dans ces prêts «toxiques», le montant du remboursement a bondi tout d'un coup de 500 à 800 dollars par mois, tandis que Sandra perdait son emploi d'assistante sociale dans une école lors d'une vague de réductions d'effectifs municipaux. Depuis, les sœurs Hines ont trouvé refuge chez un neveu. «Sans lui, nous serions à la rue. Perdre sa maison, c'est comme mourir. Vous perdez tout, vos souvenirs, vos voisins, votre emploi, vous ne pouvez plus compter sur personne», témoigne Sandra. Estimée à 100 000 dollars au moment de l'emprunt, sa maison, devenue propriété de la banque, est à vendre pour… 14 000 dollars, et tombe en décrépitude faute d'acheteur. 
 
Moratoire de 90 jours
 
Lundi dernier, avec une poignée d'autres militants, Sandra manifestait devant la mairie de Detroit pour réclamer un moratoire de deux ans sur les expulsions. Le sénateur démocrate de la ville, Hansen Clarke, a proposé au Congrès du Michigan un projet de loi en ce sens, qui suscite l'opposition des républicains. Obama, lui, a repris la proposition d'Hillary Clinton d'un moratoire de 90 jours. Certains États ont déjà adopté des mesures de ce type, permettant au nombre de saisies de ralentir de 12 % en septembre par rapport à août - même si elles ont augmenté de 21 % par rapport à septembre 2007. 
Plus de 2,3 millions de logements ont fait l'objet d'une procédure de saisie depuis le début de l'année dans le pays. Le Michigan est le sixième État américain le plus touché, après le Nevada, la Floride, la Californie, l'Arizona et la Géorgie. Une maison sur 194 est concernée dans le comté de Wayne, où se trouve Detroit. En septembre, les prix de l'immobilier ont chuté de 34 % dans la ville. Deux tiers des transactions immobilières portent sur des saisies. L'Agence fédérale de garantie des dépôts bancaires, à Washington, travaille sur un plan de 40 milliards de dollars d'aide aux propriétaires qui peinent à rembourser leurs prêts, l'une des causes de la crise économique et financière.

Anomalie 30/10/2008 17:49

L’Obama-show à son apogée
SPÉCIAL USA / jeudi 30 octobre par DOUG IRELANDBakchich.Info 




« Bakchich » se met à l’heure américaine. Jusqu’à l’élection du 4 novembre, notre correspondant aux States, Doug Ireland, livre ses impressions de campagne au quotidien. 


Pour plus de quatre millions de dollars Barack Obama s’est offert un publi-reportage de 30 minutes diffusé hier soir sur sept télés nationales. Parmi elles, les deux grandes chaînes hertziennes NBC et CBS mais aussi Univision, une chaîne latino en espagnol et Black Entertainment Network, la chaîne afro-américaine. Par contre, ABC s’est dérobé à la dernière minute, tout comme CNN, et n’ont donc pas vendu ces 30 minutes au tarif prohibitif en vigueur : 100 000 dollars pour 60 secondes ! 
Voir le publi-reportage de 30 minutes :






Dans son publi, Obama y joue à la fois le rôle du commentateur et de la guest-star, à l’aide d’images toutes droit sorties de l’iconographie américaine (champs de blé à perte de vue, pick-up, bannière étoilée…) et dans une pièce évoquant le bureau oval de la Maison-Blanche. Le démocrate a présenté des clips soigneusement tournés d’Américains « typiques » dissertant sur leurs problèmes du quotidien : une famille hyper-blanche du Missouri, au cœur de l’Amérique profonde, un couple de cinquantenaires noirs lisant leur Bible, une famille latino du Nouveau-Mexique, un « col bleu » du Kentucky avec son accent sudiste… Le tout entrecoupé par le visage et la voix de leur Sauveur qui se l’est joué bien terre-à-terre et proche des gens. 
Pour Tom Shales, le critique télé du Washington Post, « le ton et la texture rappelle le film de campagne de Ronald Reagan, « Morning in America » car il (le spot d’Obama) était conçu pour donner aux téléspectateurs un sentiment de sécurité et d’assurance, que tout va bien avec Obama… » Trop enjôleur peut-être ? « Les images sont toujours plus importantes que les mots », avait pour habitude de dire Michael Deaver, le gourou en communication de Reagan. 
Autre spot publicitaire, autre ambiance. Il s’agit d’un clip démocrate réalisé par les équipes d’Obama et qui attaque McCain sur ses défaillances en économie. On y voit une photo du républicain l’air distrait et silencieux sur un arrière-plan tristoune avec ses propres propos lâchés lors d’une interview avec le Wall Street Journal qui s’affichent à l’écran : « je n’ai pas compris les questions économiques comme j’aurais dû le faire » ! Puis, apparaît une phrase tirée d’un débat de novembre dernier contre ses rivaux républicains lors des primaires : « je vais peut-être devoir m’appuyer sur un vice-président de mon choix pour avoir une expertise en économie ». Et le coup de grâce avec l’image finale : Sarah Palin qui décoche son célèbre clin d’œil face caméra précédée d’un assassin sous-titre : « son choix ? » Dévastateur pour McCain, ce petit spot d’à peine 30 secondes — le meilleur de toute la campagne d’Obama jusqu’ici — est massivement diffusé sur les petits écrans de 18 Etats clés depuis hier. Réalisé avec un budget ridicule, il est probablement bien plus efficace que le coûteux spectacle « feel good » à la sauce hollywoodienne que Barack nous a servi pour récolter les voix des indécis.

Anomalie 30/10/2008 00:53

Trop tard pour McCain (et pour la surprise d'octobre)


Par Justin Vaïsse | Chercheur à la BrookingsRue89 | 29/10/2008 | 23H28



Parmi toutes les nouveautés de cette élection, il en existe une qui change la donne en matière de prévisions : le vote anticipé, qui s’est considérablement développé, surtout suite aux fiascos de 2000 et 2004. Le 4 novembre, un tiers de l’électorat aura déjà voté. 
D’après Gallup, 18% des électeurs américains inscrits avaient déjà voté lundi le 29 octobre et 15% de plus prévoient de le faire avant le mardi 4 novembre, un chiffre en progression de 10 points par rapport à l’élection de 2004. 
Les démocrates, électeurs prévoyants 
Traditionnellement, les électeurs prévoyants sont plutôt républicains. Mais cette année, il semble au contraire qu’ils soient démocrates : ceux qui ont déjà voté auraient choisi Obama par 10 points (53% contre 43%), tandis que ceux qui prévoient de le faire avant le mardi 4 novembre choisiraient Obama par 14 points (54% contre 40%). 
Si l’on veut croire les sondages (et on se laisse toujours avoir, surtout quand les marges paraissent si nettes), on peut en tirer trois conclusions. 
Concernant les 66% d’électeurs qui ne voteront que le mardi 4 novembre, jour officiel du scrutin, McCain doit faire plus que renverser la tendance. Il doit obtenir non pas une bête majorité de 50%, mais (puisque Obama aura déjà obtenu à ce stade, si l’on en croit Gallup, 17,64% contre 13,74% des électeurs) au minimum 52,8% des votes qui s’exprimeront ce jour-là. 
McCain : reprendre l’avantage… mais aussi compenser les pertes 
Autrement dit, il doit obtenir plus de 36,26% du total de l’électorat, contre seulement 32,36% nécessaires à Obama pour atteindre 50%. Ceci afin de compenser son retard existant parmi les votes anticipés. Bref, non seulement McCain doit, d’ici mardi, reprendre l’avantage s’il veut l’emporter mais il doit également compenser les pertes déjà enregistrées et acquérir en quelques jours une sorte de super-marge d’avance. 
Et encore, je raisonne ici de façon simplifiée, puisqu’on sait bien (et Al Gore mieux que quiconque) qu’il ne suffit pas de remporter 50% du vote populaire, mais que l’on gagne Etat par Etat, à cause du système winner-take-all.
Mais même comme ça, Obama semble favori : d’après mon collègue Michael McDonald, compte tenu du fait qu’Obama semble en tête dans tous les Etats que Kerry avait remporté en 2004, et que par ailleurs il semble également en tête dans le Colorado, où 60% des électeurs auront voté par anticipation avant le mardi 4 novembre, McCain pourrait n’être même plus en mesure, le fameux mardi 4, de rattraper son retard. 
Deuxième conclusion : Ben Laden aussi doit se dépêcher pour sa surprise d’octobre -si l’on suppose qu’un attentat ou une cassette jouerait en sa faveur. Car à ce jour, environ un électeur sur cinq n’est déjà plus susceptible d’être influencé, et à la fin du week-end, ce sera près d’un sur trois. 
Dernière conclusion : notre soirée électorale va être à la fois moins angoissante et plus angoissante. Moins angoissante, parce qu’un tiers de l’électorat aura déjà voté, en majorité pour Obama. Plus angoissante, parce que, si les écarts d’intentions de vote se resserrent d’ici là, comme cela semble se produire à l’heure où j’écris ces lignes, les sondages de sortie des urnes risquent de surreprésenter le score final des républicains… sauf si les sondeurs intègrent dans les « sondages sortie des urnes » les sondages par anticipation. 
Photo : John McCain à Allentown, Pennsylvanie, le 27 octobre 2008 (Brian Snyder/Reuters).

Anomalie 29/10/2008 20:06

Des "scénarios catastrophe" pourraient prolonger le suspense

il y a 2 heures 57 min


 Charles Babington 
 


Les Américains se coucheront-ils au soir du 4 novembre sans connaître le nom de leur prochain président? Si une réédition de l'affaire du recomptage des voix en Floride lors de la présidentielle de 2000 est peu vraisemblable, plusieurs "scénarios catastrophe", certes peu probables mais pas impossibles, pourraient plonger le scrutin dans la confusion et la controverse, et ainsi retarder l'annonce du résultat.Un cas de figure théoriquement possible serait que Barack Obama et John McCain obtiennent le même nombre de grands électeurs (269). Cela pourrait arriver si le candidat démocrate gagnait les mêmes Etats que John Kerry en 2004, plus l'Iowa, le Nouveau-Mexique et le Nevada. Il y aurait aussi égalité parfaite si McCain prenait le New Hampshire aux démocrates mais perdait l'Iowa, le Nouveau-Mexique et un autre Etat remporté par George W. Bush il y a quatre ans, le Colorado. 



 



Dans une telle situation, c'est la future Chambre des représentants, qui sera entièrement renouvelée le 4 novembre, qui aurait à désigner le nouveau président, le principe étant que les délégations parlementaires de chaque Etat disposent chacune d'une voix. L'unique représentant du Wyoming aurait ainsi un poids équivalent aux 53 élus de la Californie. 
Les démocrates contrôlent aujourd'hui les délégations de 26 Etats, contre 21 pour les républicains, et ils devraient conserver ou accentuer cet avantage. Si bien que dans l'hypothèse peu plausible d'une égalité de grands électeurs, c'est Obama qui accéderait certainement à la Maison Blanche. Une telle égalité ne s'est produite qu'en 1800 et 1824: la Chambre avait alors préféré John Quincy Adams à Andew Jackson. 
Reste que la confusion, de longues files d'attente et de possibles contestations en justice dans plusieurs circonscriptions sont sans doute plus probables le jour du scrutin. De tels problèmes auraient toutefois un impact limité, à moins qu'ils ne se produisent dans un Etat où la course est extrêmement serrée et qui pourrait faire basculer l'élection. 
C'est bien ce qui s'était passé en Floride en 2000. La Cour suprême avait mis fin à l'imbroglio politico-judiciaire né de la contestation de l'infime avance accordée à George W. Bush sur Al Gore dans cet Etat. Le Congrès avait par la suite voté la loi "Help America Vote", qui a débloqué trois milliards de dollars pour l'achat de matériel électoral neuf et le financement d'autres mesures. 
La plupart des circonscriptions ont salué cet effort, mais des responsables électoraux notent que des millions d'Américains voteront à l'aide de nouveaux équipements auxquels ils ne sont pas habitués, pas plus que les scrutateurs. Certains bureaux de vote pourraient aussi être débordés par un taux de participation record. 
Les problèmes survenant le jour de l'élection sont plus souvent d'origine humaine que liés à un dysfonctionnement du matériel, affirme Kimball Brace, président du cabinet Services de données électorales. 
Les démocrates accusent les républicains d'avoir eu recours à la désinformation et à l'intimidation dans de précédentes élections pour tenter de limiter la participation dans des bastions démocrates, notamment dans des quartiers noirs. 
Le gouverneur démocrate de l'Ohio Ted Strickland affirme que les républicains cherchent à intimider les électeurs nouvellement inscrits dans son Etat en multipliant les actions en justice qui mettent en doute leur droit à participer au scrutin. Les responsables du Grand Old Party assurent qu'ils veulent simplement éviter la fraude électorale. 
En Floride, des milliers de nouveaux électeurs pourraient être privés de vote en raison de différences entre leur formulaire d'inscription sur les listes électorales et des documents officiels comme leur permis de conduire. Et en août dernier, dans le comté floridien de Palm Beach, qui utilisait un nouveau matériel de vote, les autorités ont perdu 3.500 bulletins dans le cadre d'une élection locale serrée. Les suffrages ont finalement été retrouvés, mais il a fallu trois recomptages des voix avant de désigner le vainqueur, un mois après.

Les équipes d'Obama et de McCain ont pris des mesures pour tenter d'éviter les problèmes et faciliter le vote de leurs partisans. "Nous avons envoyé des éclaireurs des mois à l'avance", pour identifier de possibles points sensibles et consulter les responsables électoraux à travers le pays, précise Jenny Backus, membre de l'équipe démocrate. La campagne Obama a organisé de nombreuses réunions pour aider les électeurs potentiels à connaître leurs droits, dit-elle, et une armée d'avocats volontaires se tiennent prêts à intervenir en cas de litiges.

"Nous aurons des gens partout -des bénévoles, des personnes chargées d'observer les sondages, des avocats- qui porteront leur attention sur des problèmes que nous avons vu par le passé le jour de l'élection", déclare de son côté Ben Porritt, porte-parole de l'équipe de John McCain. Ils se concentreront sur certaines circonscriptions où "nous avons vu des exemples d'activités frauduleuses", notamment des manoeuvres pour inscrire indûment des électeurs, ajoute-t-il. 
Dans l'hypothèse peu probable où l'issue de l'élection dépendrait du résultat dans l'Etat de Washington, le suspense pourrait en théorie être prolongé de plusieurs jours: le système de vote par correspondance en vigueur dans l'Etat autorise en effet l'envoi de bulletins par la poste jusqu'à minuit le jour de l'élection, le cachet de la poste faisant foi. Les sondages montrent toutefois que cet Etat penche fortement vers Barack Obama. AP

Anomalie.over-blog.com 29/10/2008 16:42

Julian : merci de vos critiques favorables ; vous êtes bien évidemment le bienvenu sur ce blog. Pour le résultat de ce mardi, comme je le dis dans l'article, j'espère comme vous une victoire de Barack Obama. Mais je reste très prudent : d'où le scénario 3. Il y a une chose qui m'inquiète : aucun sondage depuis plus de 15 jours au Nouveau-Mexique ! Rien. Nada. Le dernier en date remonte au 13/10. Or, c'est un Etat crucial, le socle sur lequel s'appuierait une victoire passant par le Colorado. Obama y est largement en tête (+8,4). Mais les sondages "secrets" sont-ils défavorables pour ne pas être publiés ? Curieux alors que McCain et Obama ont sillonné l'Etat le week-end dernier... M'enfin, la semaine n'est pas finie.