LES INTÉGRISTES PROSPÈRENT AU NORD DU LIBAN / BAKCHICH.INFO

Publié le par Anomalie

Le Liban et la Syrie ont enfin, depuis le 15 octobre, des relations diplomatiques. Damas est inquiet de voir que l’influence des djihadistes s’étend au nord Liban.

 

Alors que pour la première fois de leur histoire, la Syrie et le Liban ont établi des relations diplomatiques officielles, les Libanais se demandent toujours à quelle sauce leurs voisins syriens et israéliens vont les manger. En fait, même si les survols du territoire libanais par l’aviation israélienne se poursuivent quotidiennement, même si quelques militaires israéliens narguent parfois la FINUL en passant au peigne fin un petit coin du Liban-Sud, c’est surtout la frontière nord et la Syrie qui inquiètent les Libanais.


Le récent déploiement de dix mille soldats syriens dans cette zone frontalière viserait certes à lutter contre la contrebande – notamment de produits pétroliers – qui pénalise l’économie syrienne. Mais surtout à contrôler la circulation des hommes et des armes à travers ce que certains n’hésitent pas à qualifier de « passoire » du Nord-Liban. Les inquiétudes des dirigeants et des services de sécurité syriens sont d’autant plus grandes que, pour le général Karim Abbas, haut responsable sécuritaire, les auteurs de l’attentat sur la route de l’aéroport de Damas – qui a coûté la vie le 27 septembre dernier à 17 Syriens – seraient des terroristes venus du nord du Liban.


Des sources libanaises affirment qu’une centaine d’extrémistes ont été arrêtés ces dernières semaines, juste après qu’ils aient franchi clandestinement la frontière nord. Plusieurs centaines de salafistes venus de Tripoli (nord du Liban) se seraient installés dans le Akkar, région jugée relativement « tranquille »…. en attendant de passer en Syrie pour tenter d’y semer la zizanie. Abou Hourayra, un des chefs de ces groupes extrémistes tué il y a quelques mois à Tripoli, venait précisément du Akkar. Dans le camp de Ain Héloué, près de Saïda (40 km au sud de Beyrouth), une cinquantaine d’islamistes viendraient de s’y établir pour répandre la bonne parole…


LA FAUTE AU RAPPROCHEMENT DE DAMAS AVEC WASHINGTON ET PARIS


En Syrie, en plus de l’attentat sur la route de l’aéroport de Damas, trois personnes, dont deux islamistes irakiens, ont été tués le 9 octobre dans le grand camp palestinien de Yarmouk, près de Damas. Ces tensions sont évidemment liées au rapprochement opéré par le régime syrien avec Washington et, accessoirement, Paris. Les Libanais, dont beaucoup ne comprennent pas et regrettent le blanc seing accordé par Nicolas Sarkozy au régime de Bachar al-Assad, considèrent avec une certaine ironie la situation nouvelle. Où des combattants islamistes empruntent le chemin inverse de celui auquel ils étaient habitués. « Puissent les Syriens mesurer enfin ce qu’ils nous ont fait subir depuis si longtemps ! », pensent la plupart des Libanais.


La Syrie est soumise aux pressions accrues des Occidentaux. Elle est priée avec insistance par Washington et Bagdad de mieux surveiller la longue frontière commune avec l’Irak. Mais aussi consciente des échecs subis par Al Qaïda à Bagdad et désireuse de ne pas rester à l’écart des tractations internationales, à quelques mois d’un changement possible d’administration à Washington. Du coup, la Syrie a multiplié les gestes de bonne volonté, notamment à l’égard des Etats-Unis. La violence s’est ainsi beaucoup réduite dans l’ouest irakien, en particulier dans la province d’al-Anbar, près de la Syrie. Preuve de l’efficacité de l’armée syrienne quand elle s’en donne les moyens…


Mais cette évolution notable a un prix : les problèmes sécuritaires liés aux barbus se multiplient en Syrie. Un des chefs islamistes syriens les plus connus, « Abou Kaakaa », aurait été récemment tué lors d’affrontements avec l’armée syrienne. Mais ses hommes demeurent actifs ; et les groupes clandestins, dans l’incapacité de pénétrer en Irak, ont décidé de s’attaquer au régime alaouite. L’opposition islamiste violente en Syrie sait pouvoir compter sur les salafistes du nord-Liban, engagés dans une guerre sans merci contre les 40 000 Alaouites du quartier de Jabal Mohsen, à Tripoli. La mésaventure de deux jeunes journalistes américains du Jordan Times, disparus au Liban le 1er octobre avant d’être libérés huit jours plus tard par les responsables damascènes, illustre bien l’étrange climat qui règne en ce moment dans cette zone.


BACHAR AL-ASSAD : « LE NORD LIBAN EST UNE BASE POUR L’EXTRÉMISME »


Ces deux journalistes Taylor Luck et Holli Chmeila voulaient regagner la Jordanie après un peu de tourisme en Syrie. Ils affirment que c’est un chauffeur malhonnête, un faux taxi, qui les a enlevés, puis a franchi la frontière nord du Liban par des routes clandestines. Selon des sources de sécurité libanaises, le faux chauffeur, manipulé par des islamistes, aurait voulu tester le degré de vigilance des Syriens. À Tripoli et dans le nord du pays, où des incidents ont lieu pratiquement chaque jour et où la population fuit tout ce qui ressemble à un uniforme de l’armée libanaise de peur d’être une victime collatérale, chacun regarde avec inquiétude du côté du puissant voisin. Walid Moallem, le ministre syrien des Affaires étrangères, s’est d’ailleurs entretenu – en marge des réunions de l’Assemblée générale de l’ONU –, avec son homologue américaine Condoleeza Rice, ainsi qu’avec le sous-secrétaire d’État pour les questions du Proche-Orient, David Welsh, sur la situation à la frontière fin septembre.


Les Américains affirment avoir obtenu l’engagement de Damas de ne pas pénétrer au Liban. Mais le président syrien, a fait passer le message aux Libanais sur ses préoccupations actuelles. En confiant, début octobre, à Melhem Karam – vieille figure du journalisme libanais – que le nord-Liban était devenu « une base pour l’extrémisme et constituait un danger pour la Syrie ». Ainsi, à Beyrouth, personne n’exclut l’idée que les troupes syriennes, à l’instar des forces turques dans le Kurdistan irakien, ne lancent des opérations ponctuelles au nord-Liban si les islamistes se montraient trop actifs. On voit d’ailleurs mal en quoi de telles initiatives dirigées contre des radicaux islamistes dérangeraient les Occidentaux et Israël.

 


Un article de Bakchich.info
Emplacement original ici.
Dimanche 19 octobre par Amédée Sonpipet


Publié dans Islam et islamisme

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