LE RÉPUBLICAIN COLIN POWELL REJOINT BARACK OBAMA

Publié le par Anomalie


À quinze jours des élections présidentielles, c’est un coup dur pour John McCain, mais pas une surprise. Colin Powell, ancien secrétaire d’Etat du président Bush, a annoncé le 19 octobre dans l’émission politique dominicale « Meet the Press » de MSNBC qu’il allait « voter pour Barack Obama », ajoutant qu’il « remplissait les critères pour diriger le pays ». Colin Powell, de tendance « réaliste » en politique étrangère, coupe enfin les ponts avec une formation politique en laquelle il ne se reconnaissait plus, noyautée par l’extrême droite belliciste et les idéologues néoconservateurs. Colin Powell demeure associé au discours du 5 février 2003 aux Nations Unies, point culminant de la vague de mensonges qui a précipité l’invasion américaine en Irak. Retour sur ces années où un homme d’Etat a été manipulé par une association de malfaiteurs.


C’est à l’été 2002 que la campagne d’intoxication médiatique a commencé : prudemment d’abord, pour installer tous les éléments du mensonge, puis par une avalanche d’informations et de « révélations » toutes plus alarmantes les unes que les autres, dans un crescendo parfaitement maîtrisé dramatisant les enjeux à l’extrême. Le coup d’envoi de la campagne de communication n’a pas été choisi au hasard : été 2002 ; le premier anniversaire des attentats du 11 septembre approche, la société américaine est sevrée d’émotions, de peurs, prête à entendre ce qu’ont à leur dire leurs dirigeants de guerre. Le 26 août 2002, devant un parterre de vétérans, le vice-président des Etats-Unis Dick Cheney lance l’offensive médiatique :


« Il n’y a aucun doute que Saddam Hussein possède maintenant des armes de destruction massive. Il ne fait simplement aucun doute qu’il les développe pour les utiliser contre nos amis, contre nos alliés et contre nous ».


Le Président George W. Bush lui répond en écho le 12 septembre :


« À l’heure où nous parlons, l’Irak étend et améliore les bases qui ont servi à la production d’armes biologiques ».


Le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld étaye les accusations du Président le 18 septembre devant le Comité sur le service militaire de la Chambre des Représentants :


« Nous savons que le régime irakien a des armes chimiques et des armes biologiques. Son régime en a entreposé de grandes quantités, de façon clandestine, y compris le VX, le sarin, le cyclosarin et le gaz moutarde ».


Il poursuit 9 jours plus tard, affirmant que « les services secrets américains possèdent des preuves incontestables de l’existence de liens entre Al Qaida et le gouvernement du Président Saddam Hussein en Irak » (cité par le New York Times, 27 septembre 2002). Immédiatement suivi par le Président : « [Saddam Hussein] est un homme qui privilégie la relation avec Al Qaida, un homme qui est une vraie menace pour l’Amérique » (New York Times, 28 septembre 2002).


Tous les éléments de la dramaturgie sont donc en place, en à peine un mois : les liens du régime irakien avec Al Qaida, les armes de destruction massive (ADM) à composante chimique, bactériologique et même nucléaire, la menace pour la sécurité américaine que représente Saddam Hussein.


« Nos services d’espionnage ont aussi découvert que l’Irak possède une flotte croissante d’avions et de drones qui pourraient être utilisés pour répandre des armes chimiques et biologiques sur de vastes zones. Nous pensons que l’Irak est en train de tester des moyens aériens pour cibler les Etats-Unis » (George W. Bush, dans un discours télévisé à Cincinnati, le 7 octobre 2002).


Avant de réitérer et de préciser les allégations de Donald Rumsfeld :


« L’Irak possède et produit des armes chimiques et des armes biologiques. Il cherche à obtenir l’arme nucléaire ».


Dans un exercice acrobatique qui apparaît rétrospectivement à la fois très éclairant et touchant de (fausse) naïveté, le faucon servile Ari Fleischer, porte-parole de la Maison-Blanche, déclare le 2 décembre 2002 :


« Le Président des Etats-Unis et le Ministre de la Défense n’affirmeraient pas si catégoriquement que l’Irak possède des armes de destruction massive si ce n’était pas vrai, et s’ils ne possédaient pas de solides preuves pour le dire. Si Saddam Hussein déclare qu’il n’en possède pas, alors nous saurons qu’il trompe le monde à nouveau ».


Chapeau l’artiste ! Voilà comment se prémunir de l’inexistence éventuelle d’ADM et déplacer l’attribution du mensonge de la Maison-Blanche à… Saddam Hussein ! Ainsi, pendant plus de six mois, pour justifier une guerre préventive dont ni les Nations Unies ni l’opinion mondiale ne voulaient, une véritable machine de propagande et d’intoxication pilotée par la secte doctrinaire qui entoure George W. Bush a répandu des mensonges d’Etat, assimilés à « la plus grande manœuvre d’intoxication de tous les temps » (Jane Harman, représentante démocrate de Californie).


La progression de la tension mise en scène par les responsables politiques américains culmina dans un festival paroxystique le 5 février 2003 avec le discours de Colin Powell aux Nations Unies. Véritable réquisitoire alarmiste, récapitulant et amplifiant toutes les désinformations précédemment distillées, l’intervention de Colin Powell demeure à ce jour la parfaite illustration de l’emballement de la machine propagandiste. Colin Powell décrit avec force détails les armes biologiques, chimiques et nucléaires irakiennes, ainsi que les missiles capables de les lancer au loin, et les liens avec des groupes terroristes capables de les transporter.


« Chers collègues, toute description que je fais aujourd’hui est étayée par des sources, des sources solides. Ce ne sont pas de simples affirmations. Nous vous donnons des faits et conclusions basés sur des renseignements solides. Nous possédons des descriptions de première main d’usines d’armes biologiques sur roues et sur rails. En l’espace de quelques mois, ils sont en mesure de produire une quantité de poison biologique égale à la quantité totale que l’Irak prétendait avoir produite avant la guerre du Golfe. Il ne fait aucun doute que Saddam Hussein possède des armes biologiques et la capacité de produire rapidement beaucoup plus encore. Saddam Hussein et son régime dissimulent leurs efforts pour produire des armes de destruction massive ». Et Colin Powell de détailler, slides PowerPoint à l’appui :


« plus de 8.500 litres d’anthrax, 18 laboratoires mobiles de production d’agents bactériologiques, de 100 à 500 tonnes d’agents chimiques dont le gaz innervant VX, le programme nucléaire sur le point d’aboutir, les photos satellites. Saddam Hussein a entrepris des recherches sur des douzaines d’agents biologiques provoquant des maladies telles que la gangrène gazeuse, la peste, le typhus, le choléra, la variole et la fièvre hémorragique ».


Or, on sait aujourd’hui que non seulement ces « sources solides » étaient en fait une pure affabulation concoctée par un mythomane irakien réfugié en Allemagne, mais qu’en plus Colin Powell a été lui-même victime de l’entreprise d’intoxication savamment construite par les propagandistes néoconservateurs.


Ainsi, Colin Powell a lui-même été manipulé, si l’on en croit l’enquête du International Herald Tribune publiée le 5 juin 2003. Il aurait tenté de résister aux pressions de la Maison-Blanche et du Pentagone qui comptent utiliser son image de modéré et de consensuel pour diffuser les informations les plus contestables. Avant son fameux discours du 5 février 2003 devant le Conseil de sécurité, Colin Powell a tenu à lire le brouillon préparé par Lewis Libby, directeur du cabinet du vice-président Dick Cheney. Il contenait des informations tellement douteuses que Colin Powell aurait piqué une colère, jeté les feuilles en l’air et déclaré : « Je ne vais pas lire cela. C’est de la m… ». Finalement, le secrétaire d’Etat exigera que George Tenet, le directeur de la CIA, soit assis bien en vue derrière lui, le 5 février, et partage la responsabilité de ce qui fut dit. Un an plus tard, le 24 janvier 2004, Powell en est réduit à avouer, utilisant un bel euphémisme, que ses fracassantes déclarations devant l’ONU étaient basées sur « ce que notre communauté de l’intelligence pensait crédible à l’époque ».


D’où venaient alors ces fameuses « sources fiables et solides » ? Le pot aux roses a été découvert en 2007 par les enquêteurs de CBS, au terme d’une investigation de plus de deux ans. Cette « source solide » était un informateur auquel les services secrets américains avaient donné le nom de « Curveball », présenté comme un « ingénieur chimiste » travaillant au centre de Djerf al Nadaf, où il s’occupait de la production d’armes biologiques pour Saddam Hussein. Les « fioles d’anthrax », les « tubes d’aluminium » censés représenter des tubes à missile, les « laboratoires mobiles de production d’agents chimiques », c’est lui. Or, cet homme, de son vrai nom Rafid Ahmed Alwan, n’était qu’un piètre étudiant irakien en chimie, désireux d’obtenir un titre de séjour en Allemagne ! L’individu, sous le coup d’un mandat d’arrêt pour vol, a sciemment alimenté la machine de propagande de ses mensonges afin, selon son propre aveu, d’accélérer sa demande d’asile ! Dès 2001, les services secrets allemands avaient pourtant de sérieux doutes sur le personnage, et en avaient alerté leurs homologues américains. En vain. L’invasion d’un Etat pour complaire aux chimères d’idéologues vaut bien quelques arrangements avec les vérifications d’usage… C’est avec ces « sources solides » que Dick Cheney alimentait en mémos Colin Powell, qui, ne pouvant soupçonner le niveau d’immoralité des néoconservateurs, est tombé dans le panneau.


Colin Powell, en rejoignant Barack Obama, rompt donc avec ses erreurs et ses errements : il est désormais la voix de l’honneur d’un parti corrompu par ses idéologues, celui qui a refusé d’avaliser les mensonges et les manipulations de la Propagandastaffel néoconservatrice.  
 

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Laurent G 21/10/2008 12:07

Oui, j'avais vu aussi ce reportage de france 2, dont tu parles, chez un coiffeur de l'Amérique profonde.Il ya 8 jours autre  reportage France 2, sur le vote juif et Obama =2 mamies juives US discutent entre elles au resto.La première = " Obama, il fait partie d'Al Quaida"la seconde = " Non, non..., tu dis ça parce qu'il est noir"la première = "si si, il est dans Al Quaida"la seconde = "non, tu ne dirais pas ça s'il était blanc".Ce que j'en conclue :1- être  assimilé au diable Al Quaida, ça signifie, pur mal d'esprits confus aux USA , une autorisation de tir sans sommation.2- Cet échange entre ces 2 braves mamies US me conforte dans mon analyse dans l'exploitation,l'excitation d'une certaine islamophobie, et d'une islamophobie certaine. Ce n'est pas d'aujourd'hui que les politiciens divers, ceux qui souhaitent du pouvoir, ou de simples frustrés , ont recours à la peur / haine de l'autre, aux bas instincts humains  pour désigner un Ennemi, coupable de tous les maux. Un Ennemi si dangereux et insidieux , d'autant plus qu'il est multiforme et invisible, qu'il faut resserer les rangs , sans réflexion ni discussion.Mon analyse, mon sentiment aussi, c'est qu'aujourd'hui, cet Ennemi, ce Démon, c'est tout ce qui est vaguement lié à l'arabe, à l'Islam. L'Ennemi,  ce fut en Occident, le juif, et c'est encore présent. Mais je pense qu' à présent, en Occident, l'ennemi a pris les figures de l'arabe,du musulman.3- C'est là que je diverge un peu de l'artcile de Wiewiorka de Rue89.je ne me souviens pas de sa phrase exacte, mais il fait le lien entre la campagne anti-obama, qu'il décrit et analye bien, et l'antisémitisme. Pour moi, l'antisémitisme est une variante particulière et bien identifiable d'un phénomène plus général, la peur / haine d'un Ennemi, d'un démon invisible et sournois.Selon moi, la campagne "raciste - symbloqiue" anti Obama, si elle ressemble par certains aspects  ( le "il n'est pas  de chez nous, il est lié à l'Etranger"") à l'antisémitisme ce n'est que parce que tout racisme , avec ses variantes, joue sur les mêmes peurs.Donc, je ne vois pas de l'antisémitisme dans les    Antiobamas, mais du racisme tout court,  prenant la variante islamophobe.4) Rappelons nous la folie anti-sorcières au moyen -âge = fondamentalement ce racisme, cette peur de l'Ennemi insidieux, responsables de nos maux. Cet  Ennemi là, il n'avait pas forme de Juif, ni de Noir, ni d'Arabe, mais il se cachait sous les  apparences des Femmes, êtres étranges, à désigner à la vindicte, et bonnes à brûler vifs.Bref, Mac Cain, son  staff de campagne, ses fans n'ont rien inventé = ils servent la même soupe ancestrale, à quelques vraiantes près....

Anomalie 21/10/2008 11:47

Sprint final pour Barack Obama
PRÉSIDENTIELLE AMÉRICAINE / mardi 21 octobre par DOUG IRELAND

Bakchich.InfoA J-14 de la présidentielle américaine, Barack Obama est archi-favori dans les sondages. L’on parle même d’un possible raz-de-marée démocrate au Sénat.


A deux semaines à peine de l’élection présidentielle américaine, John McCain continue sur sa ligne idéologique de conservateur pur et dur qui, selon les sondages des chaînes de télévision, lui a fait perdre le troisième face-à-face télévisé avec Barack Obama, le 15 octobre dernier. Et poussé le républicainColin Powell a soutenir le démocrate. Dans ses meetings, le candidat républicain et sa colistière Sarah Palin traitent maintenant le plan de relance économique d’Obama de « socialiste ». McCain a employé ce qualificatif le 18 octobre, estimant qu’« au moins en Europe les leaders socialistes qui admirent tant mon concurrent sont francs et directs sur leurs objectifs ». Le ticket républicain accuse Obama de cacher son « socialisme » et de vouloir« redistribuer les richesses » par l’intermédiaire de son plan qui prévoit de taxer les multinationales, les sociétés pétrolières et les milliardaires.
Avec la crise actuelle, l’idée de répartir un peu mieux les richesses n’est probablement pas pour déplaire à une majorité d’électeurs. Et les attaques de John McCain et de Sarah Palin contre le prétendu « socialisme » d’Obama sont contredites par les faits : son programme économique est classiquement centriste. Le démocrate a pleinement soutenu le plan Paulson pour le sauvetage de Wall Street, une escroquerie qui taxe les contribuables, y compris les plus défavorisés, pour renflouer les spéculateurs boursiers et bancaires. L’Amérique a toujours eu un système d’impôts progressifs où les plus riches paient davantage que les foyers modestes et le plan d’Obama ne vise qu’à revenir aux taux d’imposition d’avant les baisses massives des taxes sur les riches et les multinationales décidées par George W. Bush. De plus, l’idée d’Obama pour stimuler l’économie d’octroyer une baisse d’impôts de 1 000 dollars par Américain moyen ne gagnant que 50 000 dollars par an est loin d’être radicale. Les présidents John F. Kennedy et Lyndon Johnson, qui n’avaient rien de gauchiste, ont eu des idées similaires. Ainsi, dépeindre Obama comme un « socialiste » n’est franchement pas crédible.

Barack Obama, c’est le meilleur à la marelle !
© Pakman

Parmi les républicains, il n’y a pas que McCain et Palin qui tentent de faire passer leur rival démocrate pour un dangereux gauchiste. Dans onze États clés, les troupes de McCain ont lancé des millions de « robocalls » (coups de téléphone automatiques) qui retentent de lier Obama à William Ayers, un leader du violent groupuscule d’extrême gauche Weather Underground, actif dans les années 60 et 70. Une ligne d’attaque que McCain a lui-même suivi sans succès lors du dernier débat télévisé avec Obama. Le lien entre le candidat démocrate et Ayers, aujourd’hui respectable professeur d’éducation et conseiller du maire de Chicago (un démocrate de droite), est en fait très mince et se limite essentiellement à la réforme de l’éducation. Mais si vous êtes un électeur de l’un de ces États et décrochez votre téléphone pour entendre une voix masculine et glauque vous débiter que « Barack Obama s’associe avec des terroristes domestiques comme Bill Ayers, dont les bombes ont tué des Américains… Le programme gauchiste est sur le point d’être promulgué à Washington » si Obama est élu, cela peut avoir un impact.
A la télévision et dans les quotidiens, on a beaucoup parlé de ces « robocalls » et, par leur biais, de l’aspect négatif de la campagne de McCain qu’une majorité d’électeurs (à commencer par les indépendants et les femmes) trouve déplacé, selon les sondages. Aux yeux d’un électorat stressé par la crise financière, seule la question de l’économie est pertinente. Disserter sur le cas Ayers semble superflu et reflète une campagne républicaine autant désespérée qu’en perte de vitesse.
SUR LE PAPIER, OBAMA L’EMPORTE AU COLLÈGE ÉLECTORAL
Sur la carte du Collège électoral, l’avantage d’Obama est de plus en plus important. Selon un sondage pour CNN et le magazine Time publié le 15 octobre, Obama possède 10 points de plus que McCain en Virginie (un Etat du sud qu’aucun candidat présidentiel démocrate n’a gagné depuis le sudiste Lyndon Johnson en 1964), tandis qu’un sondage réalisé pour une université de Virginie, publié le lendemain, donne à Obama une marge de 6 points sur son rival.
Aucun républicain n’a été élu président sans gagner l’état de l’Ohio (20 voix au Collège) mais le plus récent sondage de l’institut Marist, plutôt fiable, accorde à Obama en avance de 4 points. La moyenne des 10 sondages effectués dans l’Ohio par différents instituts depuis le début octobre donne une marge d’avance moyenne de 3,2 points au démocrate. Dans le sondage également fiable du Los Angeles Times-Bloomberg News, rendu public le 17 octobre, la crise économique ne semble pas avoir exacerbé le racisme larvé des électeurs. En effet, chez les électeurs blancs, Obama n’est en retard que de treize points. Soit le même score obtenu par le démocrate John Kerry lors de l’élection de 2004 contre George W. Bush. Si le 4 novembre Obama enregistre les même résultats parmi les blancs que Kerry il y a quatre ans, il remportera l’élection confortablement tant le vote des noirs et des latinos sera décisif lors du scrutin du 4 novembre. Dans les derniers sondages nationaux, Obama gagne 95 % du vote black et jouit d’une marge d’avance de 40 % sur McCain chez les électeurs latinos.
LE COMBAT POUR LES ETATS INDÉCIS
On recense trois estimations de cartes électorales dans les médias américains. Sur celle du site Real Clear Politics, construite exclusivement sur les sondages, Obama dispose de 286 voix au Collège électoral (il en faut 270 pour devenir président) contre 155 pour McCain. Pour CNN, qui ajoute les dépenses financières des deux candidats aux sondages, Obama en est à 277 voix contre 174 pour McCain.
Mais la carte la plus fiable car la plus sophistiquée est celle de la chaîne NBC dont le directeur politique, l’admirable Chuck Todd, un as des calculs électoraux, distingue les sondages fiables de ceux qui le sont moins. Le tout en ajoutant aux dépenses pour les spots publicitaires à la télévision les reportages sur le terrain par les médias. Sur la carte NBC, Obama en est à 264 voix contre 163 pour McCain avec 8 États toujours classés « indécis. »
Selon NBC, pour qu’Obama gagne, il lui suffit de n’emporter qu’un seul État « indécis » parmi les États considérés comme clés. Dans le Colorado qui pèse neuf voix au Collège électoral, les cinq sondages qui y ont été réalisés depuis le 6 octobre donnent tous Obama gagnant avec une marge d’avance moyenne de 6 points. C’est également le cas en Virginie (13 voix au Collège) où le démocrate est en tête. Ou encore en Floride (27 voix) où la marge d’avance moyenne d’Obama est de 3,2 points selon les cinq sondages qui y ont été réalisés depuis le 11 octobre. Même topo pour la Caroline du Nord (15 voix). Le combat y est certes très serré mais Obama progresse chaque jour et enregistre maintenant une marge moyenne de 1,2 point d’avance. Dans l’État du Missouri (11 voix), Obama devance McCain dans les 4 derniers sondages effectués depuis le 6 octobre d’une moyenne de 2,5 points. Le démocrate y a, en outre, rassemblé une foule gigantesque et enthousiaste de plus de 100 000 personnes dans la ville de St. Louis le 18 octobre. Du jamais vu dans l’histoire politique de cet État de l’Amérique profonde ! Par contre, si Mc Cain veut entrer à la Maison-Blanche, il doit l’emporter dans chacun des huit États précédemment cités… Autant dire que le républicain n’a presque aucune chance d’inverser la tendance au vu du peu de temps de campagne qu’il reste.
RAZ-DE-MARÉE DÉMOCRATE AU SÉNAT EN VUE ?
Et pourtant… Il faut reconnaître que la campagne d’Obama n’a guère été hardie. C’est en réalité la crise financière et économique qui en est la vraie force motrice et explique son avance dans les sondages. Ceux effectués au niveau national montrent en effet qu’à peine 8 % des électeurs estiment que le pays est « sur la bonne voie » et les indices de confiance des consommateurs sont à leur plus bas niveau depuis la Grande Dépression des années 30. Barack Obama jouit de plus d’un énorme avantage comparé à McCain : son trésor de guerre. Depuis le début de sa campagne, il a collecté 605 millions de dollars dont 160 millions pour le seul mois de septembre. Du coup, Obama dépense 4,5 millions de dollars par jour pour sa campagne, soit trois fois plus que McCain. Résultat, le sénateur de l’Illinois peut s’offrir des spots publicitaires à la télévision dans des États traditionnellement républicains comme l’Indiana et la Virginie de l’Ouest. Et ainsi espérer y rafler une victoire inattendue.
L’Obamania est si profonde et généralisée (et les républicains tellement montrés du doigt pour la crise économique) qu’il devient envisageable que le parti démocrate emporte le contrôle absolu du Sénat. Pour ce faire, il faudrait que l’actuelle courte majorité démocrate de 51 sièges (sur 100, dont seulement un tiers sont renouvelés cette année) passe à 60 sièges. Pourquoi ? Parce que c’est le nombre de voix nécessaires pour mettre fin au « filibuster ». Il s’agit là d’un procédé unique au Sénat américain via lequel un seul sénateur ou une petite poignée d’entre eux peut prolonger à l’infini un débat sur un projet de loi et ainsi le bloquer. Les « filibusters » ont notamment été rendus célèbres par le film de Frank Capra « Mr. Smith Goes To Washington » (« Mr. Smith au Sénat » en VF).
LE CENTRISME EST INSCRIT DANS SON ADN
Selon les savants calculs des stratèges du National Committee for an Effective Congress (NCEC), une association proche du parti démocrate qui offre une aide technique aux candidats au Sénat et à la Chambre des Représentants, 6 sénateurs républicains sortants devraient être battus. Il s’agit de Ted Stevens d’Alaska (actuellement en procès pour corruption et abus de pouvoir), de John Sununu du New Hampshire, d’Elizabeth Dole de la Caroline du Nord, de Gordon Smith de l’Oregon, de Norm Coleman du Minnesota et de Gordon Allot du Colorado. De plus, toujours selon le NCEC, les démocrates emporteront facilement les sièges libérés par deux républicains partis à la retraite dans le Nouveau-Mexique et en Virginie, ce qui leur ajouterait huit sièges. Grâce à un vote noir record dans des états sudistes, les démocrates espèrent aussi enlever un des trois sièges disputés cette année dans le Kentucky, la Géorgie et le Mississippi — des États traditionnellement républicains — et ainsi décrocher le Saint-Graal du 60ème siège. Quant à la Chambre des Représentants, où le résultat n’est pas prédéterminé par le découpage électoral que dans 50 circonscriptions, les démocrates augmenteront leur majorité actuelle à 235 sièges (contre 199 pour les républicains) par un minimum de 18 nouveaux sièges selon le NCEC, avec la possibilité même d’en gagner jusqu’à 24.
S’il s’avère que ces calculs sont exacts, un Obama président pourrait engendrer une majorité démocrate au Congrès assez large pour faire voter ce qu’il veut. Mais qu’en ferait-il ? Obama termine sa campagne comme il l’a menée : dans la prudence. Le centrisme est inscrit à son ADN comme dans celui de ses conseillers. Même avec la crise économique, il ne faut pas attendre de Barack Obama une présidence audacieuse.

Anomalie 21/10/2008 11:12

Comment McCain use du racisme symbolique face à Obama


Par Michel Wieviorka | Sociologue, EHESS | 10/10/2008 | 13H31



Les attaques du camp McCain contre Barack Obama ont plusieurs objectifs, et il serait abusif de les réduire à la seule manipulation d’une thématique raciste. Mais le racisme est bien présent dans la campagne du candidat républicain, et il présente des particularités suffisamment novatrices pour qu’on s’y arrête.
Il n’est plus possible depuis plusieurs années, aux Etats-Unis, d’étaler un racisme explicite, direct, de s’en prendre à la couleur de la peau, à la forme du crâne, à la chevelure, pour en déduire, avec éventuellement référence à la science, que la personne ou le groupe visés sont inférieurs, et peuvent être maltraités, infériorisés, disqualifiés ou surexploités. Le racisme est devenu plus subtil, et passe par des références à la culture.
C’est ce que des psychologues et des politologues américains ont appelé dès la fin des années 70 le racisme « symbolique », qui vise non pas les attributs physiques ou biologiques de la cible, mais ses valeurs supposées, son identité culturelle, ou religieuse, qui la rendraient irréductiblement différente, incapable de s’adapter à la Nation et à son credo, l’American creed, et donc aux valeurs du travail, de l’effort ou de la famille.
Mais jusqu’ici, la menace que les Noirs étaient supposés faire peser sur l’intégrité de la Nation ou sur l’harmonie du corps social était interne, cette fois-ci, avec Obama, le mal viendrait d’ailleurs, du dehors.
La colistière de John McCain, Sarah Palin, a nettement joué sur ce registre en s’interrogeant sur ce qui rend Obama différent à ses yeux: il n’est pas comme nous autres -comprenez les vrais Américains, mais entendez peut-être aussi les autres Noirs, les descendants d’esclaves-, il vient d’ailleurs, il a un drôle de nom. Il n’est pas vraiment américain, il y a en lui quelque chose d’étranger. Il ne pourrait pas vraiment comprendre l’Amérique, il n’en aurait pas la parfaite connaissance, celle qui provient de l’intérieur.
Son deuxième prénom, Hussein, ne fleure-t-il pas l’islam et pourquoi pas l’islamisme?
Cette image de l’altérité appelle le rejet, et non l’infériorisation. Obama, dans cette perspective, est un danger pour les Etats-Unis, le problème n’est pas, comme dans le racisme classique, de mettre un Noir à sa place, en bas, dans un emploi inférieur et difficile, mal payé, de l’enfermer dans un quartier de ségrégation, il n’est pas davantage dans la dénonciation d’une sorte de parasitisme social, d’une supposée paresse propre aux Noirs, qui leur ferait préférer l’aide sociale au travail, et accepter la décomposition de la famille.
Non, le problème est de refouler un danger externe. C’est pourquoi, dans le discours de John McCain et de sa colistière, Obama est également suspect d’accointance avec le terrorisme, prêt, dit Sarah Palin, à s’en prendre à son propre pays –n’a-t-il pas fréquenté dans le passé deux activistes du groupe des Weathermen, William Ayres et Berbadine Dohrn ; son deuxième prénom, Hussein, ne fleure-t-il pas l’islam et dès lors, pourquoi pas, l’islamisme?
Un autre aspect de la thématique raciste, telle qu’elle est mise en œuvre pour tenter d’affaiblir Obama, consiste à dire qu’il cache son jeu, qu’il ne se donne pas à voir tel qu’il est vraiment. Il y aurait chez lui des dimensions secrètes, masquées, qui tiendraient à sa personnalité, à son parcours, il y aurait des motivations réelles bien distinctes de ce qu’il avance en public.
Qui est cet homme, martèle John McCain à son propos, prétendant que « même à ce stade avancé de la campagne, il demeure des choses essentielles que nous ne savons pas au sujet du Sénateur Obama » -une affirmation stupéfiante quand on sait que la campagne présidentielle a commencé il y a deux ans. Et John McCain résume sa pensée : « Qui est le vrai Barack Obama ? »
Celui-ci est ainsi présenté comme une menace insidieuse, dissimulée, il est proche de ceux qui complotent contre la Nation, il est, dit McCain « dangereux » et fait courir « trop de risques à l’Amérique ».
Il y aurait deux Obama, et non pas un, dit Sarah Palin, qui considère que lorsqu’on lui pose une question, « il n’est pas malhonnête, mais il y a deux dimensions : le jugement ou la sincérité, et l’incapacité de répondre simplement à une question élémentaire ». Il y aurait de la duplicité chez Obama, quelque chose qui fait, si l’on peut dire, qu’il n’est pas clair.
Une forme de racisme qui rappelle l’antisémitisme
Ajoutons l’anti-intellectualisme, qui lui reproche ici ou là d’avoir fait des études dans une université de premier plan, de bien s’exprimer –trop bien peut-être : bien des ingrédients rappellent ici une forme de racisme que l’on ne s’attendait pas à rencontrer, l’antisémitisme.
Un pied dedans, et un pied dehors, et donc jamais vraiment dans la Nation, cachant un jeu évidemment maléfique, lié aux forces du mal et de l’étranger : Obama est traité dans les catégories du soupçon et de la traîtrise, exactement comme les Juifs, souvent, dans l’histoire, furent accusés de menacer l’intégrité de la Nation, de trahir (souvenons-nous de l’Affaire Dreyfus), de pactiser avec des forces diaboliques. Une thématique empruntée à l’antisémitisme vient ainsi renforcer celle du racisme anti-Noirs, elle-même voilée et indirecte.
Marketing politique, ou spontanéité de ceux qui connaissent les affects d’une partie au moins de leur électorat potentiel ? Les deux vraisemblablement. Toujours est-il que cette argumentation joue sur un mélange inédit, où s’agrègent une haine raciale traditionnelle, quelque peu édulcorée, et des thèmes empruntés à un registre qui d’ordinaire fonctionne à propos des Juifs, et donc d’un autre groupe que les Noirs.
La force de ce discours nauséabond est qu’il flatte un électorat blanc soucieux de l’intégrité de la Nation, ainsi que de sa sécurité, tout en étant susceptible de diviser l’électorat noir, encourageant alors les Africains-américains, les « vrais » citoyens Noirs du pays, à se méfier eux aussi du personnage « pas assez noir » que serait Obama, comme on l’entend dire parfois, y compris, de façon agressive, par le pasteur Jessie Jackson.
Il faut souhaiter, pour les Etats-Unis, comme pour le monde entier, que le néo-racisme que manipule ainsi John McCain soit la marque d’un candidat en perte de vitesse, et de moins en moins capable d’embrayer sur les attentes de l’électorat.
Photo : Barack Obama a Dayton le 9 octobre (Jim Young/Reuters).

Anomalie 21/10/2008 11:05

Mais jusqu’ici, la menace que les Noirs étaient supposés faire peser sur l’intégrité de la Nation ou sur l’harmonie du corps social était interne, cette fois-ci, avec Obama, le mal viendrait d’ailleurs, du dehors. 
La colistière de John McCain, Sarah Palin, a nettement joué sur ce registre en s’interrogeant sur ce qui rend Obama différent à ses yeux: il n’est pas comme nous autres -comprenez les vrais Américains, mais entendez peut-être aussi les autres Noirs, les descendants d’esclaves-, il vient d’ailleurs, il a un drôle de nom. Il n’est pas vraiment américain, il y a en lui quelque chose d’étranger. Il ne pourrait pas vraiment comprendre l’Amérique, il n’en aurait pas la parfaite connaissance, celle qui provient de l’intérieur.

Son deuxième prénom, Hussein, ne fleure-t-il pas l’islam et pourquoi pas l’islamisme?



Ce passage de l'article de Michel Wiewiorka est éclairant. Il s'agit exactement de la rhétorique qu'avec utilisée Jean-Marie le Pen face à Sarkozy à 20 jours de l'élection. Souvenez-vous : "Sarközy n'est pas un Français de souche, dit-il en substance. Il vient de Hongrie. Est-il vraiment qualifié pour représenter la France et les Français" ? 

Anomalie 21/10/2008 10:59

Tout à fait d'accord avec vous. J'ai posté un article en ce sens ici ou encore ici.Les Républicains jouent avec le feu. C'est pourquoi McCain a été obligé de rectifier le tir, constatant les ravages de ses attaques racistes anti-arabes sur le gros de ses troupes, peu habitués à réfléchir par eux-mêmes. Un reportage hier sur France2 dans le Mississippi montrait un bon redneck bafouillant, à court d'argument (c'est venu assez vite!) : "ouais mais Obama, il est musulman. Non ? Non ? Ah il est chrétien ? Ouais, n'importe qui peut se dire Chrétien, non ?". Consternant. La Reine des Neiges Sarah Palin n'est pas pour rien dans cette culture de la haine. On se demande encore pourquoi Powell a attendu tant de temps avant de rompre avec ce ramassis de ratés mythomanes et paranoïaques.