AUTRICHE : L'EXTRÊME DROITE AU ZÉNITH... MAIS ORPHELINE

Publié le par Anomalie

Depuis la scission de l’extrême droite autrichienne le 4 avril 2005, deux partis politiques se partagent le champ florissant du nationalisme : le FPÖ de Heinz-Christian Strache, qui a renoué avec les thèses xénophobes et extrémistes, et le BZÖ de Jörg Haider, le chef historique de l’extrême droite autrichienne, qui peut être qualifié aujourd’hui de parti national-populiste, assagi après son expérience de participation gouvernementale. Alors que la scission avait affaibli l’extrême droite lors du précédent scrutin de 2006 (respectivement 11,21% et 4,2% pour le FPÖ et le BZÖ), les élections législatives du 28 septembre 2008 ont constitué un véritable tremblement de terre, à double titre. Premièrement, jamais, depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, l’extrême droite n’avait été aussi puissante. C’est un véritable raz-de-marée pour le FPÖ (18,01%) et le BZÖ (10,98%) qui, ensemble, raflent 28,99% des voix (soit 2 points de plus que le résultat historique de 1999, qui avait porté le FPÖ au pouvoir en coalition avec les conservateurs de l’ÖVP). Personne n’avait anticipé un tel séisme : l’extrême droite autrichienne est désormais la première force politique du pays.


Cette déferlante est encore accentuée par l’effondrement historique des conservateurs et des sociaux-démocrates, qui réalisent leur plus mauvais résultat depuis 1945. Le BZÖ a séduit 39,41% des électeurs dans le Land de Carinthie, tandis que le FPÖ réalise son résultat le plus élevé à Vienne (21,42%). Surtout, la « nouvelle droite » de Strache a réussi à incarner une dynamique moderne, en phase avec la jeunesse. Le résultat est à peine croyable : 50% des 16-18 ans ont plébiscité l’extrême droite… Le second séisme de ce scrutin tient en la disparition brutale de Jörg Haider. Le chef historique de l’extrême droite autrichienne s’est tué le 11 octobre 2008 dans un accident de voiture : ironie du sort, il disparaît alors que le mouvement qu’il a porté est à son zénith. Contre toute attente, c’est une vague d’émotion qui a submergé le pays, et ses obsèques, le 18 octobre, avaient des allures de funérailles nationales. La classe politique a presque unanimement déploré la perte d’un des plus grands hommes politiques autrichiens de l’après-guerre. Jörg Haider quitte la scène alors que son pays, l’Autriche, redevient le bastion de l’extrême droite européenne. 




CET ARTICLE FAIT PARTIE DU
DOSSIER EXTRÊME DROITE 

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