LA GRENOUILLE CRUCIFIÉE AFFOLE SA CONGÉNÈRE DE BÉNITIER

Publié le par Anomalie

Cela pourrait être le titre d’une fable de la Fontaine, ce n’est que la morale d’une valse picrocholine au royaume des bigots. Dans la petite ville de Bolzano, à l’extrême nord de cette Italie quadrillée par des élus paranoïaques qui voient un musulman derrière chaque platane, la grenouille crucifiée de l’artiste allemand Martin Kippenberger observe la polémique depuis le troisième étage du musée d’art moderne de la ville. C’est que l’heure est grave : on ne badine pas avec le Messie ! Ces élus, si prompts à dénoncer l’obscurantisme quand il s’agissait de l’affaire des caricatures du Prophète, se montrent soudain beaucoup moins véloces pour défendre la liberté d’expression. Et de surjouer les vierges effarouchées, drapés dans la toge immaculée du chevalier blanc garant du respect des traditions…


L’évêque de la ville, Monseigneur Wilhem Egger, ne s’embarrasse pas de détail : « aujourd’hui les symboles de la foi chrétienne sont très souvent dépréciés. Il est pourtant fondamental qu’ils soient respectés, ainsi que les sentiments religieux. Une exposition de telles œuvres n’aide pas à la paix entre les cultures et les religions ». Bigre ! Exactement ce qui disaient les autorités religieuses musulmanes quand les premiers dessins apparurent dans le Jyllands Posten… On peut croquer Mahomet, mais représenter une grenouille crucifiée, quel blasphème pour Notre Seigneur Jésus-Christ ! Le mot qui fâche est même prononcé par Luis Durnwalder, président du Trentin-Haut-Adige : il s’agit d’une « provocation », dans une « région à 99% catholique ». Certains poussent même le ridicule jusqu’à mettre en danger leur propre vie : un élu local, Franz Pahl, s’est lancé dans une grève de la faim, jusqu’à ce que la sculpture impie soit remisée. Il y a vraiment des coups de pieds au cul qui se perdent… Et voilà la liberté d’expression menacée une fois de plus par les culs-bénits, qui invoquent, comme de bien entendu, le « respect » de leurs inepties.


Il n’y a pourtant pas de quoi flageller un Christ (ou fouetter un chat) : intitulée « autoportrait de l’artiste en état de crise profond », cette sculpture, métaphore des états d’âme de son auteur, n’avait soulevé aucune vague lorsqu’elle avait été exposée en 2004 au musée de Laguna Beach en Californie, dans le cadre d’une exposition intitulée « 100 artistes voient Dieu ». Mais dans un pays où le sentiment religieux est de plus en plus instrumentalisé par des politiciens de la 
nouvelle droite, cette affaire est symptomatique du repli identitaire et de la régression obscurantiste qui accompagnent l’offensive mondiale anti-Lumières. 

 

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