LE NÉOCONSERVATISME, STADE ULTIME DU GAUCHISME

Publié le par Anomalie

« La guerre est la poursuite de la politique par d'autres moyens », a dit Clausewitz dans un aphorisme souvent cité. Le néoconservatisme, lui, est la poursuite du gauchisme par d’autres moyens. Plus précisément, il s’agit d’une refondation moraliste de l’internationalisme trotskiste. Démonstration.

 

 

GENÈSE : INTERNATIONALISME ET MESSIANISME

 

Contrastant avec les deux courants traditionnels de la « vieille droite » américaine (le réalisme et l’isolationnisme), une « New Right » américaine est apparue au début de la guerre froide, menée par la National Review, dont le directeur était alors William Buckley Jr. En quoi consiste cette nouvelle droite ? Il s’agit d’un messianisme démocratique, qui restructure le wilsonisme traditionnel autour d’une nouvelle Manifest Destiny portée par des critères moraux. Dans la foulée, une nouvelle garde d’intellectuels trotskystes a rejoint ce mouvement en faveur de la liberté, sur la base d’une critique féroce de la faillite morale du communisme. Mais sans abandonner ce qui fait l’essence du trotskisme : l’internationalisme, et le manichéisme entre le Bien et le Mal. Ce revirement idéologique est symptomatique de l’évolution de ces hommes issus du trotskisme auxquels le totalitarisme a définitivement montré que la guerre était devenue le moteur de l’Histoire ; ils sont mus par la recherche d’une révolution nouvelle, une révolution spirituelle et morale.

 

Ces universitaires étaient Irving Kristol (surnommé « le pape du néoconservatisme »), Daniel Bell, James Burnham, Seymour Martin Lipset, Patrick Moynihan. Organisés en associations, ils fondent des revues politiques pour diffuser rapidement leurs idées : Encounter, The Public Interest, The National Interest. Ils seront rejoints par Norman Podhoretz, qui a créé de son côté Commentary, dont la ligne éditoriale se résume à un soutien sans faille à l’Etat d’Israël et à une opposition virulente à ce qu’il appelle « le défaitisme de la New Left », accusé de la débâcle du Vietnam. Tous ces intellectuels se forment aussi aux relations internationales, et défendront l’implication croissante de l’armée américaine dans le monde afin de contenir la progression de l’empire soviétique. Ils se vivent comme les légions d’une guerre permanente pour la Liberté et le Bien.

 

Durant les années 80, une nouvelle génération prend la relève : William Kristol (fils d’Irving et fondateur du Weekly Standard), Paul Wolfowitz, Paul Kagan, Francis Fukuyama (qui s’est depuis éloigné du mouvement néoconservateur), Daniel Pipes (qui ne ne considère pas comme appartenant strictement à cette mouvance). Désormais organisés en think-tank, les néoconservateurs sont passés maîtres en art du lobbying, et fondent le PNAC pour convaincre les administrations américaines successives d’adopter les solutions néoconservatrices en matière de politique étrangère. La synthèse néoconservatrice s’achève alors dans l’alliance avec la droite chrétienne fondamentaliste, qui transforme le soutien politique à Israël en une nécessité religieuse et civilisationnelle. Héritage de l’internationalisme gauchiste à l’extérieur. Révolution culturelle et morale à l’intérieur. C’est la victoire de George W Bush en 2000, et surtout le 11 septembre, qui permet à ce courant au départ intellectuel d’émerger comme une véritable force politique.

 

 

SYNTHÈSE HÉGÉLIENNE ET MARXISTE
 


Sur le plan philosophique, le néoconservatisme est profondément hégélien, là où les réalistes sont des machiavéliens et les wilsoniens des kantiens. Hégéliens, ils le sont à travers l’idée de la lutte, de la puissance, et du déterminisme historique. Avec les wilsoniens, ils partagent l’idée qu’un monde à l’image de l’Amérique serait un monde meilleur, et que la démocratie et le libre-échange étant facteurs de paix, ils devraient à ce titre être promus, voire imposés dans le reste du monde. C’est ainsi que s’est opérée la jonction presque naturelle avec les dissidents moralistes du trotskisme, auxquels l’expérience marxiste a également enseigné l’hégélianisme. Les néoconservateurs puisent donc un certain nombre d’éléments dans l’expérience marxiste, à la fois dans l’idéologie trotskiste-léniniste, et aussi à travers le combat que nombre de trotskistes ont mené contre le stalinisme puis le communisme en général. Parmi ces éléments, l’idée de la guerre permanente – corollaire de la révolution permanente de Trotski ; et l’idée d’une élite dirigeant les masses, c’est-à-dire d’un parti d’avant-garde détenant la vérité que ne comprennent pas nécessairement les masses populaires. Ce complexe de supériorité surnage dans presque chaque ligne de la propagande néoconservatrice, brocardant la « désinformation » de masse ourdie par les médias traditionnels. Quand Bush déclare que « ceux qui ne sont pas avec nous sont contre nous » on se retrouve quelques décennies en arrière avec Lénine. De la lutte anti-communiste, le néoconservatisme tire enfin une profonde haine des totalitarismes qui se traduit aujourd’hui par la dénonciation du phénomène terroriste comme une manifestation d’un totalitarisme islamiste semblable au nazisme ou au stalinisme. C’est de là que vient l’idée d’une guerre préemptive, concept qui se rattache parfaitement avec celui de guerre permanente et qui en tant que tel constitue l’ossature de la politique étrangère de Bush.

 

La fameuse (et fumeuse) « guerre contre la terreur » traduit parfaitement en des termes politiques l’idéologie de la guerre permanente. Les néoconservateurs sont parvenus à flatter l’ego collectif du peuple américain avec l’idée d’une hégémonie américaine au service de la liberté universelle. L’idée d’exploiter l’avantage comparatif des Etats-Unis à travers sa force militaire correspond à la culture stratégique américaine et a l’avantage d’être simple à expliquer, beaucoup plus, par exemple, que le concept de « puissance molle » véhiculé par les wilsoniens. Leur grand dessein, qui part d’un remodelage géopolitique au Moyen-Orient, s’appuie sur les principes kantiens de la paix démocratique réinventés par les wilsoniens et se justifie à travers une politique de sécurité axée sur la double menace du terrorisme et de la prolifération nucléaire (ce paragraphe est adapté d’une conférence donnée au C.A.P.E. le 1er octobre 2004 par Arnaud Blin, le désarroi de la puissance, les Etats-Unis vers la « guerre permanente » ?).

 

 

UN « GAUCHISME DE DROITE »


De Trotski à George W Bush, une seule et même obsession : la croisade morale pour le bonheur de l’humanité… Il est donc tout à fait cohérent de retrouver dans les rangs de cette nouvelle « internationale » les anciens gauchistes qui ont troqué leur détestable logomachie communiste et internationaliste pour le néoconservatisme et le moralisme. Ils ont toutefois conservé de leurs amours de jeunesse le poison du pire : la prégnance de l’idéologie sur toute autre considération, le sectarisme, et une foi inébranlable en leur dogme qu’aucune réfutation par les faits ne saurait atteindre. Ils ont conservé jusqu’aux réflexes pavloviens de l’assimilation idéologique, en recyclant les slogans simplistes et publicitaires des gauchistes, adaptés aux situations contemporaines : on est ainsi passé du « CRS-SS » soixante-huitard au « Saddam Hussein = nazi » néoconservateur. La vision manichéenne du monde professée par cette cohorte d’idiots utiles ne résiste pas une seule minute aux faits ? Il leur faut donc, comme une nécessité vitale, arranger la réalité, la travestir jusqu’à ce qu’elle corresponde à leur vision fantasmée. Plus les faits s’acharnent à donner tort à leurs vaticinations simplistes, plus ils dénoncent avec une audace et une violence décuplées les « aveugles inconscients » qui ont commis le terrible sacrilège d’avoir raison contre eux… Ils se contentent alors d’incantation rituelle sans consistance, hors de toute donnée factuelle.



En une phrase, Karl Rove, ancien conseiller de George W. Bush à la Maison-Blanche, a mieux que personne résumé cette gigantesque « fabrique à réalité » tenue par les néoconservateurs. Dans un article du New York Times publié le 17 octobre 2004, intitulé « Sans l’ombre d’un doute, foi et certitudes dans la présidence Bush », le journaliste Ron Suskind relate l’entretien qu’il a eu avec l’éminence grise du président américain. « Il m’a dit que les gens comme moi faisaient partie de ces types “appartenant à ce que nous appelons la communauté réalité” [the reality-based community] : “Vous croyez que les solutions émergent de votre judicieuse analyse de la réalité observable”. J’ai acquiescé et murmuré quelque chose sur les principes des Lumières et l’empirisme. Il me coupa : “Ce n’est plus de cette manière que le monde marche réellement. Nous sommes un empire maintenant, poursuivit-il, et lorsque nous agissons, nous créons notre propre réalité. Et pendant que vous étudiez cette réalité, judicieusement, comme vous le souhaitez, nous agissons à nouveau et nous créons d’autres réalités nouvelles, que vous pouvez étudier également, et c’est ainsi que les choses se passent. Nous sommes les acteurs de l’Histoire (...). Et vous, vous tous, il ne vous reste qu’à étudier ce que nous faisons” ».

 

 

STORYTELLING ET RÉVISIONISME

 

Le néoconservatisme qui s’est épanoui dans le sillage de George W Bush en phagocytant le Parti Républicain est l’illustration même de cette « fabrique à réalité » appliquée aux domaines politiques afin de créer une nouvelle mythologie. Les néoconservateurs ont très vite compris le gigantesque potentiel mobilisateur du storytelling pour instaurer, en l’appliquant aux exigences médiatiques de notre temps, une nouvelle Manifest Destiny forgée autour des concepts de « guerre pour la liberté », « guerres préventives et humanitaires », « promotion par la guerre de la démocratie et des Droits de l’Homme », « combattants de la liberté », « axe du Bien contre axe du Mal », « croisade pour la civilisation » et autres slogans publicitaires. Comme l’on vend un yaourt, on vend désormais des segments de réalité simplifiée, émotionnelle, en tout point semblables aux spots publicitaires qui véhiculent une histoire léchée, idéalisée et formatée. En créant une peur artificielle sans commune mesure avec la réalité de l’objet décrié, on forge en même temps l’histoire qui permettra de répondre à cette peur.

 

Le storytelling rejoint ainsi les « illusions nécessaires » dont le processus a été brillamment décrit par Noam Chomsky : inventer l’histoire, propager une désinformation plus crédible que la réalité, qui deviendra in fine la vérité par contamination médiatique et à grand renfort de sondages. « Notre métier n’est pas de vérifier l’information (...). Notre métier est de disséminer les informations, de les faire circuler le plus rapidement possible pour obtenir que les thèses favorables à notre cause soient les premières à sortir (...). Quand une information est bonne pour nous, nous devons immédiatement l’ancrer dans l’opinion publique, parce que nous savons parfaitement que c’est la première affirmation qui compte » (James Harff, ancien directeur de l’agence de communication américaine Ruder & Finn Global Public Affairs). Il s’agit de créer l’histoire qui deviendra l’Histoire, de forger une contre-réalité à la charge émotionnelle immense, décuplée encore par le truchement des médias, et qui deviendra la vérité. Le storytelling est donc une nouvelle idéologie, ni plus ni moins, une idéologie de la mobilisation émotionnelle.

 

 

CONCLUSION

 

Sur l’arbre philogénétique de la politique, le néocon est un animal qui descend donc du gauchiste ! Ce qui explique son inconséquence et son inefficience à l’épreuve des faits. La maladie infantile du néoconservatisme reste en effet, comme le gauchisme avant lui, son idéalisme immature qui s’avère mortifère à l’épreuve de la dure réalité des faits. Comme le gauchisme avant lui, le néoconservatisme substitue à la complexité des faits un simplisme manichéen au service de sa cause. Comme une gigantesque partie de Risk, ils bougent les pions sans rien connaître aux subtilités du terrain. Ceci explique sans doute les catastrophiques interventions en Irak et en Afghanistan, mal préparées, contribuant à renforcer l’ennemi terroriste qu’ils prétendent combattre.

 

Les néoconservateurs sont avant tout convaincus de la valeur universelle du modèle démocratique américain. En matière de politique étrangère, ils placent au-dessus de toute autre considération l’idée que les États-Unis doivent mener une mission quasi-divine de prosélytisme démocratique dans le monde. Mais, à la différence du wilsonisme, cette « mission civilisatrice » se combine avec l’idée de puissance. Pour les néoconservateurs, un ordre mondial apaisé ne peut reposer que sur la suprématie stratégique des États-Unis et donc sur une puissance militaire américaine sans égal. Irving Kristol théorisa cette rupture avec le reste de la gauche américaine en se définissant comme « un progressiste giflé par la réalité ». Autrement dit, un progressiste ayant pris conscience que, dans le monde tel qu'il est, la démocratie libérale ne pouvait être défendue et promue que les armes à la main. Lorsque l’on voit le bilan calamiteux de l’équipée sauvage de ce quarteron d’aventuriers néo-trotskistes, on se dit que quitte à se prendre une gifle par la réalité, ils auraient mieux fait de tendre aussi l’autre joue…

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Anomalie 01/08/2008 01:00

Eh bin, ça va être sympa l'ambiance au McDo McCain quand vous me payerez mes frites !Sérieusement, petitpas, laissez tomber, voilà le couplet sur le sacrifice des boys le long des plages de Normandie... je coannais déjà vos argutis, dites-vous. De même ! 

grandpas 31/07/2008 21:01

Dites ma petite Anne si vous pouvez encore ouvrir votre bouche d' âne , c''est tout simplment que des bastards d" am&ricain sont venus mourir sur les terres d' Europe et que la parapluie nucléaire qui vous protégeait vous et autres faux derches du même acabit, vous n' aboyez pas le russe avec le KGB aux trousses, dont l' ancêtre le NKVD avait massacré ldes officiers polonais à Katyn.Mais j' oubliais, vous n' ^tes pas rouge simplement idiot et cela c'est bien plus grave que d' être de gauche.Ne repondez pas , je coannais déjà vos argutis, risible vous êtes!