IL N'Y A PLUS RIEN : LE GÉNIE DE LÉO FERRÉ (DEUXIÈME PARTIE)

Publié le par Anomalie

SUITE DE LA PREMIÈRE PARTIE

 


Elle était belle comme la révolte

 

Nous l'avions dans les yeux,

dans les bras dans nos futals

Elle s'appelait l'imagination

 

Elle dormait comme une morte, elle était comme morte

Elle sommeillait

On l'enterra de mémoire

 

Dans le cocktail Molotov, il faut mettre du Martini, mon petit !

 

Transbahutez vos idées comme de la drogue… Tu risques rien à la frontière

Rien dans les mains

Rien dans les poches

 

Tout dans la tronche !

 

- Vous n'avez rien à déclarer ?

- Non.

- Comment vous nommez-vous ?

- Karl Marx.

- Allez, passez !

 

Nous partîmes… Nous étions une poignée…

Nous nous retrouverons bientôt démunis, seuls, avec nos projets d'imagination dans le passé

Ecoutez-les… Ecoutez-les…

Ça râpe comme le vin nouveau

Nous partîmes... Nous étions une poignée

Bientôt ça débordera sur les trottoirs

La parlotte ça n'est pas un détonateur suffisant

Le silence armé, c'est bien, mais il faut bien fermer sa gueule…

Toutes des concierges !

Ecoutez-les...

 

Il n'y a plus rien

 

Si les morts se levaient ?

Hein ?

 

Nous étions combien ?

Ça ira !

 

La tristesse, toujours la tristesse...

 

Ils chantaient, ils chantaient...

Dans les rues...

 

Te marie pas

Ceux de San Francisco, de Paris, de Milan

Et ceux de Mexico

Bras dessus bras dessous

Bien accrochés au rêve

 

Ne vote pas


Ô DC8 des Pélicans

Cigognes qui partent à l'heure

Labrador Lèvres des bisons

J'invente en bas des rennes bleus

En habit rouge du couchant

Je vais à l'Ouest de ma mémoire

Vers la Clarté vers la Clarté

 

Je m'éclaire la Nuit dans le noir de mes nerfs

Dans l'or de mes cheveux j'ai mis cent mille watts

Des circuits sont en panne dans le fond de ma viande

J'imagine le téléphone dans une lande

Celle où nous nous voyons moi et moi

Dans cette brume obscène au crépuscule teint

Je ne suis qu'un voyant embarrassé de signes

Mes circuits déconnectent

Je ne suis qu'un binaire

 

Mon fils, il faut lever le camp comme lève la pâte

Il est tôt Lève-toi Prends du vin pour la route

Dégaine-toi du rêve anxieux des biens assis

Roule Roule mon fils vers l'étoile idéale

Tu te rencontreras Tu te reconnaîtras

Ton dessin devant toi, tu rentreras dedans

La mue ça se fait à l'envers dans ce monde inventif

Tu reprendras ta voix de fille et chanteras Demain

Retourne tes yeux au-dedans de toi

Quand tu auras passé le mur du mur

Quand tu auras autre-passé ta vision

Alors tu verras…

Rien

 

Il n'y a plus rien

 

Que les pères et les mères

Que ceux qui t'ont fait

Que ceux qui ont fait tous les autres

Que les « monsieur »

Que les « madame »

Que les « assis » dans les velours glacés, soumis, mollasses

Que ces horribles magasins bipèdes et roulants

Qui portent tout en devanture

Tous ceux-là à qui tu pourras dire :

 

Monsieur !

Madame !

 

Laissez donc ces gens-là tranquilles

Ces courbettes imaginées que vous leur inventez

Ces désespoirs soumis

Toute cette tristesse qui se lève le matin à heure fixe pour aller gagner VOS sous,

Avec les poumons resserrés

Les mains grandies par l'outrage et les bonnes mœurs

Les yeux défaits par les veilles soucieuses…

Et vous comptez vos sous ?

Pardon.... LEURS sous !

 

Ce qui vous déshonore

C'est la propreté administrative, écologique dont vous tirez orgueil

Dans vos salles de bains climatisées

Dans vos bidets déserts

En vos miroirs menteurs…

 

Vous faites mentir les miroirs

Vous êtes puissants au point de vous refléter tels que vous êtes

Cravatés

Envisonnés

Empapaoutés de morgue et d'ennui dans l'eau verte qui descend

des montagnes et que vous vous êtes arrangés pour soumettre

À un point donné

À heure fixe

Pour vos narcissiques partouzes.

Vous vous regardez et vous ne pouvez même plus vous reconnaître

Tellement vous êtes beaux

Et vous comptez vos sous

En long

En large

En marge

De ces salaires que vous lâchez avec précision

Avec parcimonie

J'allais dire « en douce » comme ces aquilons avant-coureurs et qui

racontent les exploits du bol alimentaire, avec cet apparat vengeur

et nivellateur qui empêche toute identification…

Je veux dire que pour exploiter votre prochain, vous êtes les

champions de l'anonymat !

 

Les révolutions ? Parlons-en !

Je veux parler des révolutions qu'on peut encore montrer

Parce qu'elles vous servent,

Parce qu'elles vous ont toujours servis,

Ces révolutions de « l'histoire »,

Parce que les « histoires » ça vous amuse, avant de vous intéresser,

Et quand ça vous intéresse, il est trop tard, on vous dit qu'il s'en prépare une autre.

Lorsque quelque chose d'inédit vous choque et vous gêne,

Vous vous arrangez la veille, toujours la veille, pour retenir une place

Dans un palace d'exilés, entouré du prestige des déracinés.

Les racines profondes de ce pays, c'est Vous, paraît-il,

Et quand on vous transbahute d'un « désordre de la rue », comme vous dites,

à un « ordre nouveau » comme ils disent, vous vous faites greffer au retour et on vous salue.

 

Depuis deux cent ans, vous prenez des billets pour les révolutions.

Vous seriez même tentés d'y apporter votre petit panier,

Pour n'en pas perdre une miette, n'est-ce pas ?

Et les « vauriens » qui vous amusent, ces « vauriens » qui vous dérangent aussi,

on les enveloppe dans un fait divers pendant que vous enveloppez les « vôtres » dans un drapeau.

 

Vous vous croyez toujours, vous autres, dans un haras !

La race, ça vous tient debout dans ce monde que vous avez assis.

Vous avez le style du pouvoir

Vous en arrivez même à vous parler à vous-mêmes

Comme si vous parliez à vos subordonnés,

De peur de quitter votre stature, vos boursouflures, de peur qu'on vous montre du doigt,

dans les corridors de l'ennui, et qu'on se dise : « Tiens, il baisse, il va finir par se plier, par ramper »

Soyez tranquilles ! Pour la reptation, vous êtes imbattables ; seulement, vous ne vous la concédez

que dans la métaphore… Vous voulez bien vous allonger mais avec de l'allure,

Cette « allure » que vous portez, Monsieur, à votre boutonnière,

Et quand on sait ce qu'a pu vous coûter de silences aigres,

De renvois mal aiguillés

De demi-sourires séchés comme des larmes,

Ce ruban malheureux et rouge comme la honte dont vous ne vous êtes jamais décidé à empourprer

votre visage,

Je me demande comment et pourquoi la Nature met

Tant d'entêtement,

Tant d'adresse

Et tant d'indifférence biologique

À faire que vos fils ressemblent à ce point à leurs pères,

Depuis les jupes de vos femmes matrimoniaires

Jusqu'aux salonnardes équivoques où vous les dressez à boire,

Dans votre grand monde,

À la coupe des bien-pensants.

 

Moi, je suis un bâtard.

Nous sommes tous des bâtards.

Ce qui nous sépare, aujourd'hui, c'est que votre bâtardise à vous est sanctionnée par le code civil

Sur lequel, avec votre permission, je me plais à cracher, avant de prendre congé.

Soyez tranquilles, Vous ne risquez Rien

 

Il n'y a plus rien

 

Et ce rien, on vous le laisse !

Foutez-vous en jusque-là, si vous pouvez,

Nous, on peut pas.

Un jour, dans dix mille ans,

Quand vous ne serez plus là,

Nous aurons TOUT

Rien de vous

Tout de nous

Nous aurons eu le temps d'inventer la Vie, la Beauté, la Jeunesse,

Les Larmes qui brilleront comme des émeraudes dans les yeux des filles,

Le sourire des bêtes enfin détraquées,

La priorité à gauche, permettez !

 

Nous ne mourrons plus de rien

Nous vivrons de tout

 

Et les microbes de la connerie que nous n'aurez pas manqué de nous léguer, montant

De vos fumures

De vos livres engrangés dans vos silothèques

De vos documents publics

De vos règlements d'administration pénitentiaire

De vos décrets

De vos prières, même,

Tous ces microbes…

Soyez tranquilles,

Nous aurons déjà des machines pour les révoquer

 

NOUS AURONS TOUT…
 

 

DANS DIX-MILLE ANS !

 

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Paul 09/02/2011 14:06



Dans ce texte la fin c'est "Et les microbes de la connerie que vous n'aurez pas manqué de nous légué montant de vos Fumures de vos livres engrangé dans vos cylothèques, de lvos document publiques
de vos réglement d'administration pénitentière, de vos décret, de vos prière même, tout ces microbes juridicopantoufles, soyez tranquilles nous avons déjà des machinnes
pour les révoquez, Nous aurons tout, dans 10.000 ans.