LE CRIMINEL DE GUERRE SERBE RADOVAN KARADZIC A ÉTÉ ARRÊTÉ !

Publié le par Anomalie

Ce n’est pas tous les jours que nous pouvons nous réjouir des nouvelles qui nous viennent des Balkans. Alors ne boudons pas notre plaisir. Après plus d’une décennie de cavale, au cours de laquelle il a bénéficié de protections d’éléments nationalistes de l’armée, du clergé de l’Eglise orthodoxe, de réseaux mafieux, et vraisemblablement de l’ancien gouvernement serbe, Radovan Karadzic, l’ancien président de la République Serbe de Bosnie, et supplétif régional de la politique grand-serbe de Slobodan Milosevic, a été arrêté lundi à Belgrade. Recherché par le Tribunal Pénal de la Haye qui l’a inculpé du triple chef d’accusation de crimes de guerre, crimes contre l’Humanité et génocide pour le massacre de Srebrenica et de Sarajevo, Radovan Karadzic, psychiatre de formation, vivait à Belgrade sous la fausse identité de Dragan Dabic et travaillait dans une clinique privée de la ville, où il s’occupait de médecine alternative ! Sur une photo dévoilée aujourd’hui à la presse (crédits photo AP), Radovan Karadzic est apparu barbu, avec de longs cheveux blancs et des lunettes pour dissimuler son visage. Particulièrement mince, il semblait méconnaissable. Reste encore à localiser le « boucher des Balkans », Ratko Mladic, chef des milices paramilitaires serbes, et fidèle compagnon d’horreur de Karadzic.



Cette arrestation est l’occasion de revenir sur la guerre qui a ravagé les Balkans. Plus précisément, d’analyser la véritable folie sémantique qui s’est emparée des observateurs et de l’opinion publique. La propagande médiatique qui s’est déversée à cette occasion interdisait toute mise en perspective apaisée, rejetait toute complexité pour communier dans un révisionnisme historique et manichéen outrancier où les Serbes étaient les « nouveaux nazis » et les autres peuples, forcément, les « victimes de ces nazis ». Une fois encore, on assistait au triomphe du réductionnisme idéologique du « Bien » contre le « Mal », des « civilisés » contre les « barbares ». Il ne s’agit bien évidemment pas de relativiser les crimes des forces serbes, mais au contraire de ne pas minimiser ceux des autres parties. Retour critique sur les événements.



La logomachie manichéenne qui a accompagné la montée en puissance des concepts de guerre préventive et d’intervention armée nourrie de justifications humanitaires et droit-de-l’hommistes, dans le sillage du droit d’ingérence, a plaqué sur tout conflit sa logique et rhétorique binaire. Tout commentaire sur un conflit épouse désormais la vision en noir et blanc qui caractérise si bien notre ère de la victimisation, et qui sied aux maladies de notre temps : immédiateté, culte de l’émotion, clivages simples, bons et méchants immédiatement identifiables. Tout conflit se doit d’opposer anges et démons, bourreaux ontologiques et victimes intrinsèques. Le recours à des imageries nazies achève d’évacuer toute complexité en même temps qu’il permet d’hitlériser tout contradicteur, donc de le réduire au silence, sans passer par la case objection. La reductio ad hitlerum n’est rien moins que l’achèvement moderne du terrorisme intellectuel. « Qu’appelle-t-on terrorisme intellectuel ? », demandait Jean-François Revel ? « Le fait de vouloir déconsidérer une personne qui exprime des opinions au lieu de les réfuter par des arguments ». Dès lors que l’on parle de « Munichois » pour qualifier ceux qui émettent des doutes pour ne pas dire des craintes sur le fondement d’une intervention armée, nul besoin d’argumenter puisque ces « empêcheurs de désinformer en rond » sont d’ores et déjà assimilés à des aveugles inconscients qui ouvrent la voie à un nouvel Hitler… L’affaire était donc entendue : sans trop d’imagination, les scénaristes ont pondu un bien mauvais papier ; les Serbes seraient les nazis, et les autres les juifs.

 
Les agences de communication étaient ainsi chargées de rédiger le scénario des horreurs, ne reculant devant aucune manipulation, en utilisant les bonnes recettes éprouvées par le marketing qui garantissent une pénétration maximale du « consommateur d’information », en allant piocher les images force dans l’inconscient collectif commun, et notamment dans la figure paradigmatique et sécularisée du Mal : le nazisme. Hitler est en effet devenu la figure « désenchantée » (au sens wébérien du terme) du démon, du diable, dans le subconscient contemporain. Le terrorisme intellectuel produit donc son argumentaire émotionnel autour de ce repoussoir, en extirpant ses lignes de force pour les projeter dans une réalité contemporaine, afin de discréditer de manière définitive et infâmante tout raisonnement sceptique. Le linguiste américain Noam Chomsky, dans son essai les Illusions nécessaires, a écrit que dans le système démocratique, les illusions nécessaires ne peuvent être imposées par la force. Elles doivent être instillées dans la tête des gens par des moyens raffinés. Et pour créer « les illusions nécessaires », il faut inventer des scénarios crédibles, employer une communication agressive et avoir l’aide des médias : en deux mots inventer l’histoire, propager une désinformation plus crédible que la réalité. La désinformation se développe par mensonge ou par omission. En fait, c’est une nouvelle façon de faire la guerre : c’est la guerre médiatique. En ex-Yougoslavie, les Serbes sont tombés dans le piège de la guerre médiatique, qui a réussi à leur faire perdre toute crédibilité et les a totalement isolés sur le plan international. Le propos n’est bien évidemment pas ici de soutenir la politique ultranationaliste de Slobodan Milosevic, mais bien de rendre compte de la falsification de l’Histoire consistant à dire qu’il est le SEUL responsable de la guerre. Les Croates de Franjo Tudjman, les Bosniaques d’Alija Izetbegovic, plus tard les Kosovars de l’UCK ont tout autant perpétré des massacres au nom d’une conception ethniquement pure de la nation. Mais posez la question au grand public : unanimement, dans son esprit, les méchants, les nazis, c’étaient les Serbes, et UNIQUEMENT eux.

 
Des agences de communication comme Ruder & Finn Global Public Affairs, Hill & Knowlton, Saachi & Saachi, McCann & Erickson et Walter Thompson, étaient chargées de préparer le terrain. L’excellent travail de ces agences a réussi à créer l’image des victimes d’un côté et des tortionnaires de l’autre, tant en Iraq qu’en ex-Yougoslavie, et à minimiser l’horreur de la guerre en créant des slogans creux comme « guerre humanitaire », « action de police internationale », « dommages collatéraux ». L’agence de communication profite d’une technique opérative, souvent meurtrière, visant à placer le gouvernement client en position avantageuse aux yeux du monde. Les schémas sont répétitifs. Une campagne de matraquage diffamatoire est lancée dans la presse, où une série de révélations ignobles sur le comportement de la partie adverse crée le préjugé négatif qui s’ancrera profondément dans l’inconscient collectif.

 
James Harff, à l’époque directeur de l’agence de communication américaine Ruder & Finn Global Public Affairs, dans une interview accordée au journaliste français Jacques Merlino et publiée dans son livre (Les vérités yougoslaves ne sont pas toutes bonnes à dire), parlant des clients de l’agence en ex-Yougoslavie, de sa stratégie et des succès remportés, disait : « Entre le 2 et le 5 août 1992, le New York Newsday est sorti avec la nouvelle des camps. Nous avons attrapé la chose au vol et avons circonvenu trois grandes organisations juives (...). Aussitôt, nous avons pu dans l’opinion publique faire coïncider Serbes et nazis (...). Notre métier n’est pas de vérifier l’information (...). Notre métier est de disséminer les informations, de les faire circuler le plus rapidement possible pour obtenir que les thèses favorables à notre cause soient les premières à sortir (...). Quand une information est bonne pour nous, nous devons immédiatement l’ancrer dans l’opinion publique, parce que nous savons parfaitement que c’est la première affirmation qui compte. Les démentis n’ont aucune efficacité (...). Nous sommes des professionnels. Nous avions un travail à faire et nous l’avons fait. Nous ne sommes pas payés pour faire la morale. Et même si celle-ci était mise en discussion, nous aurions la conscience tranquille. Parce que, si vous entendez prouver que les Serbes sont de pauvres victimes, allez-y, vous vous retrouverez seuls ». Un exemple parmi cent : l’image du Musulman bosniaque squelettique derrière les barbelés est restée institutionnelle pour représenter les « camps de concentration » des nouveaux nazis. En réalité, il s’agissait d’un camp de réfugiés à Trnopolje, en Bosnie serbe. On sait désormais que l’équipe de la télévision britannique ITN, qui a réalisé le scoop, se trouvait elle-même derrière les barbelés, et avait placé les hommes autour de l’endroit où elle se tenait pour protéger son matériel des vols (De Groene Amsterdaamer, 1996).

 
Les services de l’agence Ruder & Finn Global Public Affairs avaient été retenus, au début du conflit yougoslave, par la Croatie, les Musulmans de Bosnie-Herzégovine et l’opposition du Kosovo. Ils profitaient en outre de l’appui de lobbies très puissants aux USA, notamment le sénateur Bob Dole du Parti Républicain. Pendant ce temps, sur le terrain des Balkans, le gouvernement croate approuvait la nouvelle Constitution selon laquelle plus de 600.000 Serbes et autres groupes ethniques minoritaires se retrouvèrent étrangers dans leur patrie. 40.000 Serbes furent contraints d’abandonner leurs maisons en 1992. L’écrasante majorité des médias n’a jamais fait mention de cet événement. Les médias ont aussi passé sous silence le massacre de la Poche de Medak et d’autres villages en septembre 1993, le nettoyage ethnique et les carnages dans la Krajina occidentale, le 1er mai 1995, pendant l’Opération Eclair, et ceux de la Kninska Krajina, le 4 août 1995, pendant l’Opération Tempête, qui a provoqué le départ de plus 250.000 Serbes qui n’ont jamais pu retourner dans leurs foyers. Tout cela se passait avec l’aide de l’agence de mercenaires US « Military Professional Resources » et la passivité du Département d’Etat américain. Aucun media n’a mentionné non plus, ni visité les terribles camps croates de prisonniers de Lora ou de Tarcin. En revanche, les horreurs bien réelles perpétrées par les Serbes étaient, elles, relayées à satiété par tous les médias du globe. Certaines factions bosniaques ont quant à elles organisé l'importation de djihadistes démobilisés du front afghan, qui ont mené un double djihad contre la population serbe de Bosnie d'une part, et pour réislamiser la population bosniaque musulmane d'autre part. Si le second djihad a été un échec patent, l'islam balkanique étant largement sécularisé et syncrétique, le premier djihad a conduit au massacre de centaines de civils serbes de Bosnie. Cette rare photo montre un moudjahidin saoudien sur le front bosniaque avec les têtes de victimes serbes.  

 
En mai 1992, la République à majorité musulmane de Bosnie s’attache les services de l’agence US Ruder & Finn Global Public Affairs qui sera chargée de soigner son image internationale et les relations avec les media. Le contrat se terminera en décembre 1992. À propos de cette période, on lit dans Offensive in the Balkans de Yossef Bodansky, à la page 54 : « Depuis l’été 1992, il y avait eu des provocations marquées, mises en œuvre par les forces musulmanes, pour susciter une plus forte intervention militaire occidentale contre les Serbes, et, accessoirement, des interventions mineures contre les Croates. Initialement, ces provocations étaient surtout constituées d’attaques en apparence absurdes contre les populations musulmanes elles-mêmes, mais elles prirent bien vite pour cible des objectifs occidentaux et de l’ONU. Les enquêtes des Nations unies et celles d’autres experts militaires ont mis au nombre de ces actions auto-infligées, celle de la bombe dans la file de la boulangerie (27 mai 1992, 16 morts 140 blessés), la fusillade lors de la visite de Douglas Hurd (17 juillet 1992), les tirs de snipers dans le cimetière (4 août 1992), l’assassinat du présentateur et producteur de télévision américaine ABC, David Kaplan (13 août 1992), et la destruction en vol d’un avion de ligne de l’Aviation italienne G.222, sur le point d’atterrir à Sarajevo (3 septembre 1992). Dans tous ces cas, les forces serbes étaient hors de portée, et les armes utilisées contre les victimes n’étaient pas celles dénoncées par les autorités musulmano-bosniaques et par les médias occidentaux ».

 
Le gouvernement de Sarajevo a très habilement obtenu l’intervention des USA et de l’OTAN en août 1995, mais auparavant on a pu voir sur les écrans les deux obus sur le marché de Markale, le 6 février 1994 (68 morts et 200 blessés), et le 28 août 1995 (37 morts et 86 blessés). À ce sujet, François Mitterrand écrira dans son livre L’année des adieux à la page 175 : « Il est vrai que ce qu’ils cherchent depuis le début, c’est l’internationalisation, si nécessaire, par des provocations. Il y a quelques jours, M. Boutros Ghali m’a dit être sûr que l’obus tombé sur le marché de Sarajevo était une provocation bosniaque ». Lord David Owen confirmait l’histoire de l’obus bosniaque de Markale en pages 260/261 de son livre Balkan Odyssey.
Le président Clinton, pressé par les médias et par le sénateur Dole, avait promis à Alija Izetbegovic de faire intervenir l’OTAN s’il y avait plus de 5.000 morts. Le 11 juillet 1995, Srebrenica fut la réponse. La tempête médiatique fut terrible, le massacre de Srebrenica par les forces serbes de Radovan Karadzic appuyées par les milices ultranationalistes et racialistes de Ratko Mladic est considéré depuis comme le plus grand massacre européen depuis 1945, à la charge symbolique immense. Or les conditions du massacre demeurent controversées. Un rapport de l’ONU daté du 28-29 novembre 1993 rédigé par Kofi Annan prévenait déjà contre le cynisme des autorités bosniaques ; on peut y lire : « Izetbegovic avait appris qu’une intervention de l’OTAN en Bosnie-Herzégovine était possible. Mais elle n’aurait lieu que si les Serbes s’introduisaient de force à Srebrenica et y massacraient au moins 5.000 personnes ». Les forces bosniaques ont-elles délibérément laissé faire voire provoqué le massacre, comme le suggère le général français Morillon, selon lequel « ce sont les autorités d’Izetbegovic qui se sont opposées à ce qu’on évacue tous ceux qui le demandaient, et ils étaient nombreux », afin de « maximiser » le nombre de morts et décupler de fait l’effroi de l’opinion internationale ?

 
Le fait est que les forces bosniaques de l’ABiH, commandées par Naser Orić, conservaient, malgré la démilitarisation officielle, certaines de leurs armes et plusieurs tranchées derrière la zone sûre, perpétrant nombre de crimes de guerre. Mais la « zone protégée » - désarmée, selon le Conseil de Sécurité – d’où la 28ème division musulmane et son chef Naser Orić attaquait les villages serbes, tuait, pillait et rentrait dans la ville, n’intéressait pas la presse. Pourtant, le général Morillon, qui commandait les forces de l’ONU sur place, avait mis en garde : « dans la nuit du Noël orthodoxe, nuit sacrée de janvier 1993, Nasser Orić a mené des raids sur des villages serbes... Il y a eu des têtes coupées, des massacres abominables commis par les forces de Nasser Orić dans tous les villages avoisinants ». Nasser Orić a depuis été condamné par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY). Reste que personne ne s’informa sur l’énorme nombre des morts civils serbes dans les villages aux alentours de Srebrenica et dans la ville de Bratunac. Plus de 1.500 morts serbes, de 1992 à 1995, sont passés sous silence.

 
Le massacre de Srebrenica, en revanche, a réveillé des peurs enfouies dans l’inconscient collectif européen depuis les camps d’extermination nazis. Des milliers de musulmans ont été massacrés, mais le chiffre exact est invérifiable, et pour cause : l’identification de ces corps est rendue difficile par le manque de registre d’état civil, des déclarations pas toujours crédibles, des déplacements incessants des populations d’un pays en guerre, des déplacements de corps a posteriori, des pressions politiques de tous bords etc. Bernard Kouchner raconte même dans son livre Les guerriers de la Paix que, lors de sa visite au chevet d’Aljia Izetbegovic agonisant, l’habile homme d’Etat lui avait avoué que les chiffres avaient été volontairement gonflés… Le Srebrenica Research Group a néanmoins publié un historique des diverses estimations avancées, dans lequel un nombre variant entre 3000 et 6000 corps exhumés de charniers se dégage. La ville était censément « protégée » par 15.000 soldats musulmans, attaqués par une force serbe bien inférieure en nombre ; or le commandement en chef de Sarajevo avait rappelé le commandant Naser Orić avec 20 de ses meilleurs officiers, laissant l’armée sans direction, livrée aux milices serbes qui pilonnèrent les colonnes de réfugiés. Le massacre de Srebrenica semble donc avoir été un piège tendu aux forces serbes par Alija Izetbegovic afin d’émouvoir l’opinion internationale et enfin obtenir une intervention armée de l’Occident. Mais toute complexité étant médiatiquement et politiquement invendable, la fable du manichéisme (méchants Serbes contre victimes bosniaques musulmanes) devait à tout prix être préservée pour le confort de l’esprit et de l’identification

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