FOCUS : L'EXTRÊME DROITE EN ALLEMAGNE

Publié le par Anomalie

L’extrême droite n’est présente en Allemagne que sous la forme de deux partis néo-nazis et d’un groupuscule national-populiste qui réalisent des percées sporadiques et souvent éphémères à la faveur d’élections régionales. Le pays est donc, pour l’instant, imperméable à une grande formation nationale-populiste intégrée au jeu politique semblable à celle qui existe chez son voisin autrichien.




Le NPD (Nationaldemokratischer Partei Deutschlands) dirigé par Udo Voigt, expression légale du néonazisme, est considéré comme le parti le plus radical et le plus important de l’extrême droite allemande. Fondé en Allemagne de l’Ouest le 28 novembre 1964 par d’anciens militants du Deutsche Rechtspartei (DRP), le parti a connu son apogée en 1968, lorsqu’il est entré avec 9,8% des voix au Parlement régional de Bade-Wurtemberg, et en 1969 lorsqu’il échoue de peu à entrer au Bundestag avec 4,3% des suffrages. Après son échec aux élections législatives de 1969, le NPD était tombé dans l’oubli, plafonnant à 0,5% durant les trois décennies suivantes. Puis au milieu des années 90, les trois dirigeants du parti, Udo Voigt, Holger Apfel et Peter Marx ont vu dans la réunification allemande la condition de la résurrection du parti. En perte de vitesse à l’Ouest, ils ont délibérément décidé de se délocaliser à l’Est, rongé par « l’ostalgie » et le chômage, quittant Saarebruck, Hanovre et Munich pour s’installer à Dresde, Berlin et Schwerin. En septembre 2004, à la faveur d’une alliance avec la DVU, le NPD a obtenu 9,2% aux élections régionales en Saxe, ce qui lui permit pour la première fois depuis 1968 de siéger dans un parlement régional, provoquant un choc considérable dans le pays. Il a réitéré cet exploit en octobre 2006 en recueillant 7,3% des voix aux élections régionales de Mecklembourg-Poméranie occidentale. Bien ancré à l’Est, le NPD rêve désormais de « reconquérir » l’Ouest, patrie de ses premiers succès.



La seconde formation néo-nazie allemande est la DVU (Deutsche Volksunion), créée en 1971, qui combine le revanchisme et l’irrédentisme avec une certaine réhabilitation de la période nazie, et qui attire également, dans les Länder de l’Est, une population majoritairement jeune, déclassée, ouvrière et souvent nostalgique de l’encadrement social et économique de la République démocratique allemande. Peu actif en dehors des périodes électorales, le parti dépend complètement, notamment sur le plan financier, de son fondateur le millionnaire Gerhard Frey. Elle n’en est pas moins en perte de vitesse : après avoir remporté un stupéfiant 12,9% dans le Land de Saxe-Anhalt en 1998, elle n’y a même pas présenté de liste aux élections du 21 avril 2002. Elle a sporadiquement renoué depuis avec un relatif succès électoral, notamment au Brandebourg en 2004 (6,1% des suffrages). Plus encore que le NPD, dont la tradition de violence néonazie obère toute stratégie de respectabilité, la DVU offre une tribune régulière aux thèses négationnistes. Les fonds considérables dont dispose le parti servent au financement de conférences (comme en 1977 avec Arthur Butz, auteur de L'imposture du XX° siècle, ou de David Irving, invité pour une série de colloques en 1982).



Enfin, la dernière formation de l’extrême droite allemande, de moindre importance électorale, Die Republikaner («les Républicains») a été fondée à l’Ouest en 1983 par des dissidents de la CSU bavaroise (Ekkehard Voigt et Franz Handlos) et le journaliste Franz Schönhuber, ancien Waffen SS, et ami personnel de Jean-Marie le Pen, décédé en 2005. Après un relatif succès (3% des voix) aux élections régionales en Bavière (1986) et le séisme des européennes de 1989 (7,1%), les Rep’ comme on les appelle obtiennent plusieurs résultats décevants à Brême (1,2% en septembre 1987), au Bade-Wurtemberg (1% en avril 1988) et au Schleswig-Holstein (0,6% en mai 1988), avant de réaliser une nouvelle percée aux élections régionales du Bade-Wurtemberg de 1996 (9,14%) et de 2001 (4,38%). Très affaibli depuis, le parti est déchiré entre l’orientation de son dirigeant Rolf Schlierer, qui cherche à s’appuyer sur les classes moyennes en devenant une formation de droite nationaliste et ultraconservatrice, et la base qui n’en finit pas de déserter pour rejoindre le NPD.




L’extrême droite est donc en 2008 représentée aux Parlements régionaux de trois Länder de l’ancienne Allemagne de l’Est, sous les couleurs du NPD (en Saxe, 8 députés, et au Mecklembourg-Poméranie occidentale, 6 députés) et de la DVU (Brandebourg, 6 députés). Une première depuis la Seconde Guerre Mondiale… Au niveau de la représentation nationale, l’extrême droite demeure marginale, quoiqu’en progression (1,58% et 748 568 voix pour le NPD aux élections législatives de 2005, contre 0,45% des voix et 214 872 voix aux élections législatives de 2002).



Enfin, en Allemagne comme aux Pays-Bas, fleurissent les petits partis populistes sécuritaires et islamophobes, souvent éphémères, à la faveur d’élections régionales ou locales. Le Pro-Köln Partei (PKP), qui dispose de cinq sièges au conseil municipal de Cologne, est une petite formation de type « nouvelle droite », proche de l’UDC suisse ou du PvdV néerlandais, qui est parvenu à fédérer une clientèle hétéroclite atour de ses initiatives anti-mosquée. La construction du plus grand centre islamique d’Allemagne organisé autour d’une grande mosquée de style ottoman à Cologne suscite en effet toujours autant de controverses dans le pays. Le fantasme d’une « islamisation » de l’Europe fait donc également florès en Allemagne.


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