COMMENT J’AI TOUCHÉ DU DOIGT « L’ISLAM MODÉRÉ » À LA MOSQUÉE AL-AZHAR

Publié le par Anomalie

Du 7 au 13 mai dernier, les circonstances m'ont conduit en Egypte, pour la première fois de ma vie. Comme à chacune de mes visites au Proche et Moyen-Orient, je suis assailli de ce sentiment double fait d'émerveillement et de tristesse. Émerveillement devant la richesse de la culture arabo-musulmane, ses traditions d'accueil, d'ouverture, et de réelle humilité ; tristesse de constater la vitesse avec laquelle ces caractéristiques séculaires sont cannibalisées par l'ogre islamiste, la régression fondamentaliste et obscurantiste qui tente d'unir dans la haine sous la bannière d'une oumma artificielle et uniformisatrice la mosaïque de traditions spécifiques qui fonde chacune des sociétés arabo-musulmanes.


À proximité du vieux Caire et du souk Khan el-Khalili, la mosquée Al-Azhar est un joyau de l’architecture islamique fatimide. Mais Al-Azhar n’est pas qu’une mosquée : c’est le siège de la plus grande institution islamique mondiale, la plus vieille Université du monde encore en activité, puisqu’elle a été fondée en 988. Trois ans et demi après sa construction, la mosquée commence à jouer son rôle dans la diffusion et l’enseignement des sciences islamiques. Al-Azhar est aujourd’hui l’une des principales universités pour la propagation de l’Islam. Le cheikh Mohammed Tantaoui, 43ème imam d’Al-Azhar et recteur de l’université, est considéré comme la plus haute autorité de l'islam sunnite en Egypte. Non loin de là, une affichette collée sur un transfo précise que nous ne sommes pas précisément dans un quartier très modéré (ci-dessous). Bref, ce n’est pas sans émotion que j’ai décidé de franchir le seuil de la mosquée, accompagné de mon amie, préalablement voilée cela va de soi !



Immédiatement, le gardien des lieux se rue sur nous et se propose de nous faire la visite. Derrière l’apparence d’une visite touristique, le prosélytisme ne tarde pas à faire son apparition. Notre serviteur, l’air de rien, désignant mon amie : « s’il ne s’agit pas de votre sœur, j’aime autant qu’elle reste dans le vestibule ». L’ambiance est donnée... Soit ! Mon amie devenait donc ma sœur... Mais pour quelques mètres seulement ! Car arrivé devant la grande salle de la prière, ma « sœur » est priée de rester à l’extérieur… J’ai donc constaté que la liberté d’une « sœur » par rapport à celle d’une « amie » ne se mesure qu’en quelques pas ! Un jeune étudiant islamique me prend en charge, affable, tout sourire. Je l’ai surnommé Sourire. Sourire parle 6 langues ; je suis Français, Sourire m’entreprend donc dans un français impeccable. Sourire m’offre du thé, Sourire me vante la beauté des lieux, Sourire me met à l’aise, en un mot. Puis Sourire attaque : « Quelle est votre position par rapport à l’Islam ? Est-ce que vous connaissez cette religion ? ». Mes réponses évasives ne le désarçonnent pas, il a l’habitude. Dans le casier « français » derrière lui, il sort une pile de documentation sur l’Islam et l’Université. « Vous pouvez lire ceci, nous avons un site internet, vous pouvez venir ici quand vous le voulez ». Et de conclure, en approchant sa bouche de mon oreille : « nous avons beaucoup de Français, ici… ».

 
Je me souviens d’un article du Monde daté du 2 octobre 2005, intitulé « La mosquée égyptienne Al-Azhar va former des imams français ». Voici un extrait de cet article.


« Dalil Boubakeur, le recteur de la Grande Mosquée de Paris a été reçu le 29 septembre par l’imam de la mosquée égyptienne Al-Azhar. Dalil Boubakeur, le président du CFCM (Conseil Français du Culte Musulman), accompagnait Philippe Douste-Blazy, le ministre français des affaires étrangères en visite en Egypte. Selon un conseiller de l'imam, Ali Al-Samman, l'objet de cette rencontre à huis clos, dont il n'a été donné aucun compte rendu officiel, était la mise en place d'un « projet de coopération » entre leurs deux institutions, ayant pour cadre la lutte contre l'islamisme radical. « Il s'agit d'organiser la formation d'imams français à Al-Azhar et d'envoyer des imams égyptiens d'Al-Azhar enseigner dans les écoles Coraniques françaises », affirme M. Al-Samman. Dalil Boubakeur, président du CFCM et réputé modéré, a déclaré avoir besoin « d'imams de qualité, formés par des établissements de qualité. Al-Azhar offre le meilleur niveau d'enseignement et ce, depuis très longtemps ».



L’Université d’Al-Azhar serait donc une institution prêchant « l’islam modéré » dont il faudrait s’inspirer pour former les imams français. Le tout, au nom de la lutte contre l’islamisme ! Curieusement, ce n’est pas l’impression que j’ai eue en visitant ce haut lieu de la culture islamique ; voici un extrait d’une documentation éditée par la Société du Message Islamique, que m’a gracieusement remise Sourire.


« L’ISLAM LA RELIGION DE TOUS

 

NOTRE BUT : Répandre la paix sur les différentes races. Unifier toutes les religions pour supprimer l’esprit de haine qui remplit et enflamme de chauvinisme religieux certaines personnes (sic !). Travailler au bonheur de l’humanité en orientant l’âme égarée et errante vers le droit chemin qui conduit et aboutit à une vie de paix, de calme et de droiture.

 

MENSONGES DES ENNEMIS DE L’ISLAM : Les idées fausses sur l’Islam qui sont répandues dans les livres des écrivains fanatiques étant le contraire de la vérité, il est mal de leur part de les insinuer dans leurs écrits qui sont répandus à travers le monde. Un juge impartial devrait bien connaître les enseignements fondamentaux de l’affaire à laquelle il est confronté afin d’énoncer un jugement équitable. Mais, il paraît que le but de ces fanatiques est de servir la propagande colonialiste, alors qu’ils ne mentionnent jamais rien de la persécution de l’Occident à un Orient désarmé. Ils combattent l’idée de l’esclavage mais le pratiquent sous le masque de la réforme et de la protection des soi-disant faibles. Il est facile de briser la force de vie d’une nation en y répandant l’alcoolisme et la prostitution ; seraient cela (sic) les réformes introduites dans les nations orientales par l’Occident ?!......

 

NULLE CONTRAINTE EN RELIGION : l’Islam vous donne liberté entière de pensée et d’action. Il permet à l’Humanité et à l’âme de se développer pour le bien et les nobles vertus. S’il en était toujours ainsi, il n’y aurait plus de guerres, mais la paix et l’élévation des sentiments. Nous sommes « Musulmans », c’est-à-dire « Hommes de paix ».


 Difficile de ne pas traduire : « Unifier toutes les religions pour supprimer l’esprit de haine » par : « répandre l’islam sur l’ensemble de la surface de la Terre » ; difficile de ne pas traduire « orientant l’âme égarée et errante vers le droit chemin qui conduit et aboutit à une vie de paix, de calme et de droiture » par : « établir la charia ». Comment ne pas songer à ce passage fantastique de Mars Attacks de Tim Burton, lorsque des armées de martiens ravagent les villes et exterminent tout ce qui s’y trouve, avançant derrière un haut-parleur qui hurle : « Ne courez pas, nous sommes vos amis. Nous venons en paix » ! Exagération ? La suite m’a confirmé que non.



Tiraillé par le doute, je décide de glaner quelques informations sur « l’islam modéré » à Al-Azhar : voici ce que je découvre, confirmant mon impression première. Le cheikh Mohammed Tantaoui perçoit l’Arabie Saoudite comme un modèle en matière de droits de l’homme, et un modèle duquel l’Egypte devrait s’inspirer. Rappelons que loin d’être un prêcheur sans importance, le Recteur de l’Université islamique est à la tête d’une institution multiséculaire formant des centaines de milliers d’imams. Plus grave : Mohammed Tantaoui a confirmé le 21 août 2007 l’effectivité de la peine de mort pour tout musulman tenté par la conversion. Ainsi, le cheik a émis une fatwa condamnant à mort un jeune de 25 ans, Mohamed Hegazy, et sa femme, qui ont embrassé le christianisme. Le quotidien gouvernemental égyptien Al-Messa, affirme que selon un sondage réalisé par ses soins, tous les oulémas sont unanimes sur la « nécessité de tuer l’apostat ». Nous voilà donc éclairés sur la jolie proclamation de la brochure de Sourire : « Unifier toutes les religions pour supprimer l’esprit de haine qui remplit et enflamme de chauvinisme religieux certaines personnes ».

 

Combien sont convaincus chaque jour par le Sourire d’Al-Azhar de rejoindre « l'islam modéré » ? 
 

Publié dans Islam et islamisme

Commenter cet article

Anomalie 15/07/2008 23:51


Traduction (anglaise) de la
fatwa d’Al-Azhar 

The Question : 
In the Name of Allah the Most
Beneficient the Most Merciful. 

Al-Azhr Council of Fatawa. 

This question was presented by
Mr. Ahmed Darwish and brought forward by [name obscured] who is of German
nationality. 

A man whose religion was Islam
and his nationality is Egyptian married a German Christian and the couple
agreed that the husband would join the Christian faith and doctrine. 

1) What is the Islamic ruling in
relation to this man? What are the punishments prescribed for this act ? 

2) Are his children considered
Muslim or Christian ? 

The Answer :
All praise is to Allah, the Lord
of the Universe and salutations on the leader of the righteous, our master
Muhammed, his family and all of his companions. 

Thereafter :
This man has committed apostasy ;
he must be given a chance to repent and if he does not then he must be killed according
to Shariah. 

As far as his children are
concerned, as long as they are children they are considered Muslim, but after
they reach the age of puberty, then if they remain with Islam they are Muslim,
but if they leave Islam and they do not repent they must be killed and Allah
knows best.

Anomalie 15/07/2008 23:42


Lu sur Rue89
Le grand mufti d’Al Azhar : au fouet les
journalistes 

Par MAÂTI KABBAL | Journaliste & écrivain | 30/10/2007 |
09H29 

Le grand mufti de la mosquée Al
Azhar du Caire, Mohammed Sayed Tantaoui a un faible pour la flagellation. On
croyait la pratique en voie de disparition, mais la voilà exhumée du fin fond
du moyen-âge comme méthode disciplinaire pour « redresser les torts des
journalistes ». Lors de l’assemblée de la nuit sacrée qui correspond au
27e jour du mois de ramadan, le cheikh Tantaoui s’est donc fendu devant le
président égyptien Moubarak d’un édit dans lequel il légalise la flagellation
(80 coups de fouet) des journalistes « qui calomnient et ébruitent de
fausses rumeurs ».
 
Sa déclaration visait en fait
certains directeurs de journaux tel Al Dostour, dont le rédacteur en chef
Ibrahim Eissa risque jusqu’à trois ans de prison pour avoir évoqué l’état de
santé chancelant du raïs. Trois autres directeurs de presse ont écopé d’un an
de prison pour « diffamation à l'égard du président Hosni Moubarak et de
son fils Gamal ». Il faut rappeler que ce n’est pas la première fois que
les journalistes ont eu maille avec le grand mufti. Par le passé, certains
d’entre eux ont subi les excès de son verbe et de ses gestes.
 
Dans certains pays, notamment
dans les pays dictatoriaux, l’état de santé du chef de l’Etat relève du secret
d’Etat. Les dirigeants de ces pays n’ont pas pour habitude de publier leur
bulletin de santé. Tantaoui se fait ainsi le porte voix d’un pouvoir qui craint
la rumeur, notamment celle qui porte sur l’état de santé du président ; le
régime y voit une arme de destruction massive. Cette prise de position traduit
également l’engagement de l’institution religieuse aux côtés d’un pouvoir qui
cherche à faire taire au moyen de la censure et de l’emprisonnement des voix
libres. Dans son rapport 2007 sur l’état de la presse en Egypte, Reporters
sans frontières en pointe les points noirs :
censure, harcèlement, emprisonnement…
 
Après cet édit, le syndicat des
journalistes égyptiens est monté au créneau pour condamner les propos du grand
mufti, l’accusant de transformer les journalistes en gibier pour les
extrémistes. Il s’agit indique le syndicat « d’un indigne amalgame entre
politique et religion ». Par cet engagement, poursuit le communiqué,
Tantaoui prend part à la campagne d’incitation dont la visée est de terroriser
les journalistes, indique le communiqué du syndicat.