FRANK MILLER : PRÉSENTATION PAR FRÉDÉRICK SIGRIST (PREMIÈRE PARTIE)

Publié le par Frederick Sigrist




Frederick Sigrist est auteur / metteur en scène, chroniqueur, et surtout l'un des plus grands spécialistes français de la mythologie moderne des super-héros et de la pop-culture. Frederick Sigrist est au Point-Virgule jusqu'en septembre, du mercredi au samedi à 19H, pour la représentation de son one man show ET APRÈS ON VA DIRE QUE JE SUIS MÉCHANT. Une petite pépite d'érudition, d'acidité, et de clairvoyance... Et bien sûr de drôlerie. Toutes les informations ici.

En réponse à l’interprétation néoconservatrice de 300, le film de Zack Snyder adapté du roman graphique éponyme de Frank Miller, Frederick Sigrist se propose de poursuivre le débat en livrant un article passionnant sur la personnalité complexe de Frank Miller. Histoire de revenir aussi sur cet art méconnu et parfois méprisé qu’est le comics.



Alors Frank Miller, thuriféraire du néoconservatisme américain ou bien simple provocateur ? Un laconique « oui » pourrait suffire à répondre à cette double question, pourtant à y regarder de plus près, le parcours du bonhomme est jalonné de contradictions qui rendent ce postulat bien plus complexe qu’il n’y paraît.

J’ai découvert Frank Miller comme beaucoup sur la série Marvel Daredevil, dans les années 80. Contrairement à l’idée reçue, Frank Miller a débuté comme simple dessinateur sur cette série, et encore, un dessinateur qui à l’époque était loin de provoquer l’enthousiasme… Tout juste se distinguait-il des dessinateurs de cette période par un cadrage et une mise en scène bien plus dynamiques que ce que l’on avait l’habitude de voir dans un comic-book.


Dans le panthéon du monde
Marvel
, Daredevil a toujours fait figure de série découvreuse de talent ; moins rentable et spectaculaire que bien d’autres super héros, elle a pourtant profité d’un aréopage de scénaristes qui ont souvent livré leurs meilleurs travaux dans ses pages. Frank Miller, Kevin Smith, Brian Michael Bendis et aujourd’hui Ed Brubaker pour ne citer qu’eux, en sont la parfaite illustration. Cela s’explique par la relative humilité de fond du personnage ; la création de Stan Lee et Bill Everett souffre en effet d’un handicap, la cécité, vecteur d’empathie de la part du lecteur.

 

Daredevil est aveugle… Néanmoins, monde Marvel oblige, les mêmes produits toxiques qui ont coûté la vue au jeune Mathew Murdock, ont accru ses autres sens à un niveau surhumain. On retrouve en toile de fond la figure de l’Oracle antique, l’aveugle qui voit clair dans le mensonge que constitue le monde tangible, celui qui sait… Fils d’un boxeur issu de la classe ouvrière et d’une mère dont initialement on ne sait rien, Murdock sera incité par son père à poursuivre des études de droit afin de ne pas marcher dans ses pas. C’est ainsi qu’il deviendra avocat, réalisant par là l’ambition de son défunt père, assassiné pour n’avoir pas voulu se coucher lors d’un combat de boxe truqué. Mais toute sa vie, Murdock sera partagé par cette dualité entre ce que l’on attend de lui et ses pulsions naturelles antinomiques. Il est avocat, mais préfère se faire justice lui-même ; catholique pratiquant, mais vêtu d’un costume de diable rouge ; handicapé, mais incarnant une forme de surhomme délivré des contingences physiques qu’imposent la vie en milieu urbain. Évoluant de toit en toit, il désobéit à la fatalité qu’impose selon toute logique sa condition.

 

C’est donc à la destinée de ce personnage contrasté que va présider Frank Miller dans les années 80. Immédiatement, ces éléments scénaristiques peu exploités depuis sa création, trouvent un écho favorable chez Miller. Non seulement le Miller scénariste approfondira tous les aspects de la mythologie du personnage, mais y ajoutera également une dose d’orientalisme dont on sent encore les effets aujourd’hui. Il créera Stick le mentor senseï de Murdock, la secte de ninja assassin « the Hand », et surtout la première bad-girl officielle de l’histoire du comic book : Elektra. Il donnera également à Daredevil un ennemi enfin digne de ce nom, l’énorme Caïd qui, loin d’être sa création, était en fait un adversaire de second plan s’opposant de temps à autre à Spiderman.


Dès sa reprise en main, les scénarios deviennent de plus en plus adultes, et surtout plus engagés, jusqu’à devenir, chose rare pour l’époque, carrément sombres, notamment dans la saga qui consacrera Miller : Born again. Le postulat de départ de cette saga : une ex de Murdock, Karen Page, devenue actrice junkie de cinéma porno (ouais c’est joyeux chez Miller !), décide de vendre l’identité secrète du héros en échange d’une dose d’héroïne. Cette information finira par se trouver sur le bureau du Caïd qui décidera alors de briser l’homme derrière le justicier. Dès lors, ce dernier s’ingénie à le faire rayer du barreau, fait exploser sa demeure, l’isole de ses proches, le pousse psychiquement dans ses derniers retranchements, à la limite de la folie, puis histoire de parachever ces joyeusetés, luit met une monumentale raclée qui conduira tout simplement le héros dans la rue ! Bien avant Spawn, Daredevil est le premier super héros SDF ! Précisons que la fin de cette saga, jugée trop violente par la commission de censure des lectures jeunesse, ne fut jamais publiée en France.


Daredevil est l’oeuvre matricielle de Miller, dans laquelle il annonce déjà tous ses thèmes de prédilection. L’homme seul broyé par la violence des villes mais également par la violence des institutions ; la rédemption ; la femme/pute/esclave/amazone dans un monde d’homme ; la déchéance de l’âme humaine Chez Miller, le héros doit se débarrasser des oripeaux de la civilisation, se retrouver seul face à lui-même, se réinventer et ressusciter, j’utilise le terme à dessein, dans une explosion de violence qui rappelle la fameuse loi du talion qui prévaut chez le Dieu de l’Ancien Testament. La loi de la jungle est toujours de mise chez Miller ; les voitures rutilantes, la façade des immeubles, les complets cravates ne sont que des simulacres. Le confort moderne a endormi le barbare qui sommeille en nous, barbare que selon lui, on doit réveiller si l’occasion s’en fait sentir. Mais derrière la radicalité de ses positions se cache un auteur qui avait, et j’insiste sur l’utilisation du passé, un talent certain pour donner une authenticité et un visage à l’homme de la rue. Dans Daredevil, c’est le journaliste du Daily Bugle Ben Urich qui incarne cet archétype. Un homme normal, spectateur d’un affrontement entre des demi-dieux (30 ans après, il remplit d’ailleurs toujours ce même rôle dans le monde Marvel. Cf Frontline), et qui devra se positionner dans l’affrontement qui oppose Murdock et le Caïd.
Urich c’est vous, c’est moi. Ou comment être courageux et faire ce qui est juste quand on n’a pas de super pouvoirs : étonnamment, la réponse ne va pas de soi. Miller, par le truchement de ce personnage, nuance son intégrisme thématique : Urich peut en effet être lâche, et finalement, on le comprend. C’est l’humain contemporain et complexe, figure qui a tout bonnement disparu de l’œuvre plus récente de Miller. L’auteur d’hier, moins ancré dans ses certitudes et aussi moins starisé, laissait exister une alternative au médiévalisme, solution de tous les maux, mais ça c’était avant la déconvenue d’Hollywood… (À suivre…).

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grandpas 15/07/2008 18:57

Pourtant, si ce n' était pas lui, c' était donc son frére ! Car , il lui ressemblait presque son négatif.Tu as défilé le 14 Juillet pourtant je n' ai pas les " Demoiselles au pompom rouge" sur le bitume des champs, il y avit bien un MIG 29 qui fumait comme un diésel des années 50.Si seulement, il avait pu tomber sur la tête du petit nico , faut bien rêver.

Anomalie 15/07/2008 18:45

Ton poto, il me semble l' avoir déjà vu au Point Virgule , il y a quelques années.LA personne commençait le spectacle accroupi sur un tabouret ou une chaise en slip de bain argnté avec des ailes complétement déjanté le gars.

Je crois que vous vous trompez de personne, Petitpas ! Ce n'est pas tellement le genre de la maison ! En revanche, si vous voulez retourner au Point Virgule cet été, n'hésitez pas, et amenez-y vos amis. Si vous n'avez pas aimé, recommandez-le aux gens que vous détestez !

grandpas 15/07/2008 18:28

Bonjour ma chére Anne du MaliTon poto, il me semble l' avoir déjà vu au Point Virgule , il y a quelques années.LA personne commençait le spectacle accroupi sur un tabouret ou une chaise en slip de bain argnté avec des ailes complétement déjanté le gars.A part ça, je suis allé voir "Bon baisers de Brugges", très bon film noir et toujours cet humour anglais et puis il ya cette ville magnifique , une putain ville de conte de fée comme diarit Harry , un des protagonistes du Film.Bisous, bisous ma chére Anne du Mali.