AUX ORIGINES DU NÉOCONSERVATISME

Publié le par Anomalie

Le néoconservatisme qui a phagocyté l’administration Bush et le Parti Républicain n’a pas surgi ex-nihilo des limbes de la refondation politique. Tantôt assimilé à l’extrême droite, voire au fascisme (critique marxiste des « straussiens »), tantôt présenté comme une révision conservatrice de l’internationalisme trotskyste, le néoconservatisme est multiforme ; et si le courant messianique qui s’épanouit actuellement aux Etats-Unis est clairement de droite et religieux, il n’en a pas toujours été ainsi. Saisir les ressorts de cette idéologie complexe (car il s’agit bien d’une idéologie) demeure néanmoins fondamental pour en comprendre l’offensive mondiale, dont la version européenne recompose patiemment le spectre politique conservateur sous le nom de « nouvelle droite ». Littéralement « contre-révolutionnaire », le projet néoconservateur ou de la nouvelle droite n’est rien moins que la liquidation de l’héritage de la révolution libérale de la fin des années 60 pour ressouder la nation autour de valeurs morales et religieuses. Le relativisme moral et culturel qui a ébranlé le socle judéo-chrétien de nos civilisations occidentales a atteint selon les idéologues néoconservateurs son seuil critique, et menace désormais les équilibres sociaux et spirituels des nations. L’Europe est entrée dans une phase de décadence semblable à celle qui a débouché sur la chute de l’Empire Romain, menacée par les nouveaux barbares musulmans qui se pressent à ses portes et en noyautent les sociétés.

 

Historiquement, le néoconservatisme naît dans les années 30 sur la côte Est des Etats-Unis sous la plume d’étudiants trotskistes qui ont recomposé l’internationalisme autour de valeurs morales. La Seconde Guerre Mondiale agit ainsi comme un révélateur qui déporte progressivement les néoconservateurs du socialisme démocratique vers un anticommunisme viscéral. Ils prennent ainsi toute leur place dans l’offensive maccarthyste aux côtés des ultraconservateurs du parti Républicain. Leur ancrage à droite se poursuit dans le courant des années 60 où ils combattent la gauche libérale (c’est-à-dire, selon la terminologie européenne, le gauchisme politique) largement adossée aux mouvements culturels alternatifs, dans le sillage de la révolution libertaire et du mouvement hippie. À travers le sas néoconservateur s’est ainsi créé un vaste terrain doctrinal vers lequel convergeront contempteurs des institutions internationales et du relativisme ambiant, zélateurs d’une démocratie que les USA se doivent d’imposer au monde quitte à renverser par les armes les régimes dictatoriaux. Mais l’arrière-fond « gauchiste » n'a jamais été aboli : la campagne électorale de George W. Bush en 2000 autour du « conservatisme compassionnel » a été inspirée par la frange trotskiste des néoconservateurs. Ainsi doté d’un discours à la fois moral et économique, le néoconservatisme fut alors à même de conquérir de larges pans de la droite américaine.

 

Dans le sillage de la « révolution conservatrice » initiée par Ronald Reagan, véritable héros pour les néoconservateurs, cette matrice idéologique s’est exportée en Europe où elle s’est adaptée aux particularismes locaux. Elle inspire tout un pan doctrinal des formations de la « nouvelle droite » européenne (UDC de Christoph Blocher en Suisse, AN de Gianfranco Fini en Italie…) et tire progressivement les grands partis de la droite classique vers une recomposition de leur conservatisme traditionnel autour d’une nouvelle mystique du peuple, d’un idéalisme démocratique aux accents populistes, et d’une véritable charge antibureaucratique. Ce sont sur ces thèmes que Nicolas Sarkozy a remporté la bataille présidentielle en mai 2007. À l’instar de ses homologues européens, il a bien saisi ce véritable raz-de-marée néoconservateur nourri de l’essoufflement de la social-démocratie européenne et de l’Etat providence.

 

L’offensive néoconservatrice est indissociable de son volet mystique et spirituel, qui se reflète dans les évocations permanentes à la religion comme ferment de l’unité nationale. De l’évangélisme « born again » de George W. Bush à la piété protestante du fils de pasteur qu’est Christoph Blocher, en passant par le retour aux valeurs religieuses fondatrices de la France que réclame Sarkozy, la religion est placée au centre du processus social. Les néoconservateurs, comme les gauchistes internationalistes avant eux, puisent à une source identique : une mythique pureté originelle, identifiée au peuple fier de ses origines et de sa prétendue supériorité morale. Sur le plan international, cette mystique se traduit par un messianisme démocratique assis sur l’excellence intrinsèque des valeurs occidentales qui se doivent d’être imposées par la force si besoin.

 

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