FOCUS : POPULISME ET NOUVELLE DROITE AUX PAYS-BAS

Publié le par Anomalie

Les Pays-Bas n’ont pas de grand parti d’extrême droite structuré à l’image de ses voisins flamands (Vlaams belang), danois (Parti du Peuple Danois) ou scandinaves (Parti du Progrès). Le groupusculaire Leefbar Nederland (LN – Pays-Bas Vivables) stagne en dessous des 1% aux élections nationales, mis à part en son fief de Rotterdam où il frôle les 30% (municipales du 7 mars 2006). En revanche, chaque scrutin voit l’irruption aussi spectaculaire qu’éphémère de partis populistes, formations de circonstance créées peu de temps avant chaque consultation électorale en surfant sur le désarroi culturel d’un pays qui fait face à la douloureuse facture d’un choix de société multiculturaliste (communautarisme, poussée de fièvre islamiste, immigration).

La Liste Pim Fortuyn, parti populiste de droite, a fait une entrée fracassante au Parlement lors des élections législatives de 2002, avec 17% des voix, devenant la seconde formation du pays. La participation de ministres populistes à la coalition gouvernementale choqua l’Union Européenne. Phénomène alors hyper-médiatisé, qui symbolisa la vague populiste qui s’abattait sur l’ancienne « Europe rose », le succès de la liste Pim Fortyun tenait plus à des causes conjoncturelles (personnalité fantasque de son leader, thèmes politiques anti-islamiques en phase avec l’opinion, et surtout assassinat de Pim Fortyun une semaine avant le scrutin) que structurelles, puisque le parti est retombé à 5,70% lors de la consultation du 22 janvier 2003 (8 élus, 18 sièges de moins), avant de disparaître complètement, avec 0,21% des suffrages, aux législatives du 22 novembre 2006.


Créée ex-nihilo trois mois seulement avant les élections législatives du 15 mai 2002, la Liste Pim Fortuyn allait bouleverser le jeu politique néerlandais et révéler également, du point de vue sociologique, le profond malaise d’un pays sans repères conduit à s’interroger sur son modèle qualifié de plus tolérant d’Europe (l’assassinat de Pim Fortuyn est ainsi souvent interprété comme une prémisse à l’égorgement, deux ans plus tard, de l’artiste Théo Van Gogh par un islamiste). L’incroyable succès de la LPF tient tout entier dans la personnalité de son fantasque dirigeant (portrait de Pim Fortuyn par Jean Thomassen). Dandy homosexuel mégalomane et provocateur, pourfendeur de l’islam et de ses valeurs, Pim Fortyun est assassiné en pleine rue le 6 mai 2002 par un extrémiste « antifasciste », militant gauchiste de la cause animale. Cet assassinat souleva une vague d’indignation mondiale et causa une vive émotion dans l’ensemble du peuple hollandais, la reine Beatrix elle-même sortant de sa réserve habituelle pour faire part de sa consternation. Peut-être partiellement influencé par l’émotion causée par cet assassinat, le peuple néerlandais accorda 1 614 801 voix à la LPF, ce qui permit l’élection de vingt-six députés à la chambre basse du Parlement, soit 17 % des cent cinquante sièges de l’assemblée. La LPF devint ainsi le second parti néerlandais. Bien qu’intégrée à la coalition gouvernementale de Jan Peter Balkenende, le nouveau Premier ministre chrétien-démocrate, la Liste Pim Fortuyn, privée de son chef, révéla rapidement son absence d’idéologie et de caractéristique propres, et les électeurs ne tardèrent pas à constater l’hétérogénéité totale de ce rassemblement, les ministres multipliant maladresses et incompétences. La LPF entra rapidement dans une période de turbulences qui aboutit quelques mois plus tard à la dissolution de la chambre basse. Lors des élections de janvier 2003, le parti subit un fort reflux électoral et ne recueillit plus que 549 975 voix (5,7%) et huit sièges, passant de la deuxième à la cinquième place, et rejoignant ainsi l’opposition. Cette chute de la droite populiste peut s’expliquer très simplement : les trois quarts du programme de Pim Fortuyn, qui portaient sur l’immigration et l’intégration, ont été appliqués par le gouvernement libéral.

 

En 2006, la Liste Pim Fortuyn a pratiquement disparu de la scène politique après ses 5,70% aux dernières élections législatives du 22 janvier 2003 ; plusieurs formations populistes ont donc surgi sur la scène nationale, qui se disputent l’héritage anti-Islam à la faveur des élections législatives anticipées du 22 novembre 2006. La politique des Pays-Bas se traduit ainsi, depuis plus de cinq ans, par une véritable course au populisme et à l’extrémisme, afin d’occuper un espace vacant. Geert Wilders, dissident du Parti Libéral, a fondé en mars 2006 le Parti pour la Liberté – Partij voor de Vrijheid (PvdV). Cette formation xénophobe et sécuritaire qui joue sur le ressentiment anti-islamique de la population se propose de fermer les frontières à l’immigration non-occidentale, d’interdire la double nationalité et la construction de mosquées et d’écoles musulmanes dans les cinq prochaines années et d’obliger les immigrés présents dans le royaume à signer un contrat d’assimilation. Sur proposition de Geert Wilders, le Parlement néerlandais a entériné, le 17 novembre, soit une semaine avant les élections, une loi interdisant totalement le port de la burqa dans les lieux publics, véritable révolution au « pays de la tolérance ». Menacé de mort, le dirigeant du PvdV vit depuis sous haute protection ; il prédit que « la criminalité des musulmans submergera les Pays-Bas et que l’intolérance et la culture violente toucheront le pays au cœur de son identité », évoquant un « tsunami d’islamisation ». De son côté, le leader du Leefbar Nederland de Rotterdam, Marco Pastors (30% des suffrages lors des élections municipales du 7 mars 2006 dans la ville, reprenant le flambeau des 34% de la Liste unie du Leefbar Rotterdam dirigée alors par Pim Fortuyn aux élections de mars 2002, alors que Leefbar Nederland n’a jamais dépassé les 1% aux législatives), a fondé le parti Een NL (Un Pays-Bas). Il souhaite mettre un frein à l’immigration et en finir avec le trouble politique et social qui règne dans le pays. Quant à la Lijst Pim Fortuyn, elle existe toujours et participe aux élections sous le nom de Fortuyn, mais est en voie d’extinction.

 
« Ils essaient de jouer sur le mécontentement supposé des électeurs qui ont porté l’ascension de Pim Fortuyn. Mais Pim Fortuyn était un phénomène en soi et il n’avait pas beaucoup de concurrence. Pim Fortuyn a fait irruption dans le système existant. Il ne se situait pas seulement à droite de l’éventail politique, il a exploité un malaise politique généralisé. Marco Pastors n’aura de chances de succès que s’il ne s’enferme pas dans une image de droite », analyse le politologue Linze Schaan, coordinateur du Centre pour la démocratie locale. Au lendemain des élections, alors que le populisme hérité de Pim Fortuyn paraissait moribond, tous les responsables politiques du parti chrétien-démocrate au pouvoir s’accordent à qualifier le résultat du scrutin de véritable « casse-tête », parlant même de « chaos » : un glissement vers les extrêmes qui rend difficile la formation d’une coalition, les populismes de droite et de gauche raflant plus de 20% des voix. En effet, si les trois formations d’extrême droite et populistes en lice ne réalisent un score qu’à peine plus important qu’en 2003, elles sont concurrencées par la percée exceptionnelle et inquiétante du Socialistische Partij (SP), formation d’extrême gauche radicale et anti-libérale dopée par la victoire du non au référendum européen du 1er juin 2005. Dirigé par l’ancien maoïste Jan Marijnissen, le SP, parti socialiste nationaliste et anticapitaliste, qui prône nationalisations et proclamation de la république, détrône ainsi, avec 26 sièges et 16,60% des suffrages, le Parti Libéral de sa troisième place sur l’échiquier politique, occupant le même espace que la Liste Pim Fortuyn en 2002. Les Pays-Bas, ou le transfert d’un populisme à un autre…

Seul le PvdV de Geert Wilders rafle la mise avec 9 sièges et 5,90% et obtient suffisamment de voix pour être représenté au Parlement, devenant ainsi le nouveau représentant de la « nouvelle droite » populiste aux Pays-Bas. Fortuyn disparaît de la vie politique (avec 0,21% des voix), confirmant ainsi l’analyse de nombreux observateurs politiques qui faisaient de cette formation un parti circonstanciel fondé sur la popularité de son leader ; de même, Marco Pastors n’a pas réussi son pari de remplacer la défunte Liste Pim Fortuyn, puisque son parti, Een NL, ne sort pas du ghetto groupusculaire où était déjà confiné Leefbar Nederland, avec 0,64% des suffrages.



Cet article fait partie du
DOSSIER EXTRÊME DROITE 

 

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Fra 07/07/2008 19:57

Dernier glissement du populisme du PVV vers l'extreme-droite:

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