THE RUINS DE CARTER SMITH : LA CRITIQUE CINÉMA DE FREDERICK SIGRIST

Publié le par Frederick Sigrist

Autant vous le dire de suite, il faut lutter pour voir ce film. Je vis à Paris, cité de toutes les cultures, et pourtant il n’est programmé que dans 3 salles. Ce qui en dit long sur la confiance des diffuseurs quant à ce genre de film... Car n’allons pas par quatre chemins, Ruines est un film d’horreur. Point.

Précédé d’une réputation flatteuse sur les différents sites spécialisés (Mad Movies, Ain’t it cool news, etc.), je me suis laissé tenter. Pour tout vous dire, j’affectionne tout particulièrement le cinéma fantastique ou d’horreur ; la faute à ma mère qui m’a initié très tôt à ce genre considéré à tort comme du cinéma bis. Sur un canevas ultra classique - 6 jeunes et beaux touristes américains découvrent une carte indiquant l’emplacement d’une antédiluvienne pyramide maya, en plein cœur de la jungle mexicaine - Carter  Smith évite les écueils du genre.

Effort notable, le spectateur n’a pas droit à une énième représentation d’une jeunesse dévoyée venue là uniquement pour les 2 B…Baise et biture ! Paradigme que l’on retrouve généralement dans ce genre de film, et qui pour ma part remugle la bienséance judéo-chrétienne cinématographique qui voudrait que la jeunesse qui cherche à s’encanailler n'ait pour seule alternative : une mort violente aux mains d’une quelconque entité maléfique (Version moderne du croquemitaine censé te faire rentrer dans le rang !).

Non là, au contraire, on a affaire a de jeunes adultes plutôt normaux, ni plus ni moins dissipés que vous et moi ; dès lors, l’identification du spectateur n’en est que plus facile. D’autant que le réalisateur a choisi un casting de jeunes acteurs à peine connus : aucune starification ne vient donc éclipser le propos du film. Leur interprétation est d’ailleurs à saluer, ils jouent juste et sans pudeur ni orgueil, c'en est bluffant. Mention spéciale pour Jonathan Tucker, l’étudiant en médecine qui de par son sang froid face aux événements distille une ambiance de paranoïa saisissante.

Sans dévoiler le pot aux roses, sachez juste que tout ce petit groupe va se retrouver coincé au sommet de cette pyramide, prison en plein air et sous le soleil, ce qui déjà en soi est une originalité. Ici, pas de corridor sombre ou de mansarde lugubre, on est sous un ciel bleu dans une région ensoleillée magnifiée par la photographie de Darius Khondji (le directeur photo des plus grands Spielberg) et on se déshydrate lentement avec les personnages.

L’ennemi, car il en est un, a cela de terrifiant qu’il n’a pas de visage. Il n’est pas incarné par un acteur dans un costume de monstre, Carter n’a pas voulu aller vers l’anthropomorphisme éculé. Il nous propose cependant une autre vision autrement plus dangereuse d’un élément, que l’on n'a plus l’habitude de considérer comme dangereux. En cela, il rejoint le propos de Shyamalan dans Phénomènes, le sérieux en plus.

La somme de ces petits plus donne un film très réussi où l'on est vraiment vissé à son siège, les ongles dans les accoudoirs ; car oui le film est tendu, très tendu ! Et gore à souhait. Auto-mutilations, os qui craquent, amputations, j’en passe et des meilleures. On voit et on entend…Si pour vous, la vague des derniers films d’horreur constituait déjà un spectacle insoutenable, (je pense à la trilogie Saw, au remake de la colline a des yeuxHostel ou plus proche de nous, Haute tension ou à l’intérieur)  alors mieux vaut passer votre chemin. Ruines est un film d’horreur old school, fait et vécu viscéralement, comme avait pu l’être en son temps le premier Massacre à la tronçonneuse ou le 1er Freddy. Donc je conseillerai très chaleureusement ce film à un public averti qui sait faire la part des choses.

Pour le grand public, ça n’apparaîtra que comme du gore un peu vain, mais les connaisseurs j’en suis sûr, y trouveront leur compte, tant le film a été fait dans un respect du genre qui fait plaisir.
 

* Mon ami Frederick Sigrist est auteur / metteur en scène, chroniqueur, et surtout l'un des plus grands spécialistes français de la mythologie moderne des super-héros et de la pop-culture. Aucune flatterie dans cette description ! Frederick Sigrist sera au Point-Virgule de juillet à septembre 2008, du mercredi au samedi à 19H, pour la représentation de son one man show ET APRÈS ON VA DIRE QUE JE SUIS MÉCHANT. Une petite pépite d'érudition, d'acidité, et de clairvoyance... Et bien sûr de drôlerie. Toutes les informations ici
 

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