CE QUE DOSTOÏEVSKI A DIT DU SOCIALISME

Publié le par Anomalie

La vulgate veut que le communisme soit une perversion du marxisme, et que ses crimes soient de fait des accidents conjoncturels dont la doctrine ne saurait être tenue pour responsable. Cet argument, maintes fois entendu pendant l'affaire du Livre Noir du Communisme, peut se résumer par la désormais célèbre formule : le communisme a commis des crimes, oui, mais il répondait à un noble idéal. Le mot-clé est perversion. Vraiment ? Il est intéressant de faire un détour par Dostoïevski - le plus grand écrivain depuis 2000 ans. Voilà ce qu'écrivait Dostoïevski dans la seconde moitié du XIXème siècle, c'est-à-dire à une époque où la doctrine socialiste n'avait pas encore été mise en application, autrement dit, où la validation de la théorie par les faits n'avait pas encore eu lieu.
 


En 1865, il exposait dans Crime et Châtiment le projet socialiste avec des mots et une clairvoyance sidérants quand on le lit aujourd’hui : « les socialistes ont commencé par exposer leur théorie. Elle est connue : le crime est une protestation contre une organisation sociale anormale. «Tel individu a été perdu par son milieu» et c’est tout ; c’est leur phrase favorite, ils n’admettent aucune autre raison, pas une. D’où la conclusion que si la société était organisée de façon normale, il n’y aurait plus de crimes car on n’aurait plus à protester et tous les hommes deviendraient des «justes». Ils ne prennent pas en considération la nature ; ils la suppriment ; elle n’existe pas pour eux. Ils ne voient pas une humanité qui se développe par une progression historique et vivante mais un système social sorti de la tête d’un mathématicien et qui doit organiser, en un clin d’œil, la société, la rendre juste et parfaite avant tout processus historique ; d’où leur haine instinctive pour l’Histoire ; d’où également leur haine de ce processus vivant qu’est l’existence ; pas besoin d’âme vivante, car l’âme vivante a ses exigences, elle n’obéit pas aveuglément à la mécanique, une âme vivante est méfiante, rétrograde. Le phalanstère est prêt, mais c’est la nature humaine qui ne l’est pas ; elle veut encore vivre, traverser tout le processus de la vie avant de s’en aller au cimetière. La logique ne suffit pas à permettre ce saut par-dessus la nature. La logique ne prévoit que trois cas quand il y en a un million. Ce million, le supprimer et ramener tout à l’unique question du confort ! Voilà la solution la plus facile du problème ».


En 1871, dans les Démons, Dostoïevski toujours place dans la bouche du prédicateur socialiste ces mots dont l’écho est glaçant de vérité prophétique. Lisez plutôt, en gardant bien en tête que ce chef-d’œuvre a été écrit avant toute application politique du socialisme à grande échelle, ce qui le rend rétrospectivement encore plus admirable. « Je suis le partisan du nouveau principe de la destruction universelle en vue du triomphe définitif des idées saines. Il exige plus de cent millions de têtes pour établir le règne du bon sens en Europe. Nous proclamerons la destruction... Nous allumerons des incendies ! Nous répandrons des légendes. Ce sera un chambardement comme jamais encore le monde n’en aura vu… Une brume épaisse descendra sur la Russie. Chacun de vous a une lourde tâche à accomplir. Vous êtes appelés à rénover une société décrépite et puante : que cette pensée stimule continuellement votre courage ! Tous vos efforts doivent tendre à ce que tout s’écroule, l’État et sa morale. Nous resterons seuls debout, nous qui nous sommes préparés depuis longtemps à prendre le pouvoir en main. Nous nous annexerons les gens intelligents. Cela ne doit pas vous troubler : il nous faudra rééduquer la génération actuelle pour la rendre digne de la liberté ».


On comprend que les thuriféraires du communisme voudraient que de tels écrits disparaissent. En effet, ils mettent complètement à terre la belle construction de propagande patiemment forgée selon laquelle les crimes du communisme au XXème siècle sont une perversion de l’idéal communiste. Car enfin si c’était le cas, si les crimes du communisme étaient réellement une perversion, c’est-à-dire par définition des accidents non prévisibles car non contenus dans le corps de la doctrine, que l’on ne pourrait donc envisager avant la validation par l’expérience, alors comment des penseurs contemporains ou à peine postérieurs à la chose marxiste, mais qui n’ont en tout cas pas connu les applications pratiques de la théorie, ont pu prévoir son caractère criminel ?… Ce n'était pas le hasard, simplement la clairvoyance et le refus de se laisser aveugler par les paillettes étincelantes qui recouvrent le fond du discours : le crime, la terreur sont consubstantiels à la doctrine marxiste politique. Ce qui était prévu par Dostoïevski était prévisible.

 

 

 

 


 

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Anomalie 01/08/2008 20:10

Peu importe que le "fascisme" ait été inventé en 1919, si vous considérez qu'on peut utiliser ce terme en dehors du contexte de l'Italie de cette époque.On peut utiliser les idées-force de l'idée fasciste EN DEHORS du contexte italien, oui ; l'historiographie a bien distingué entre le fascisme mouvement politique et l'idée fasciste ; mais on ne peut certainement pas utiliser ce terme AVANT. Sinon, c'est de l'anachronisme. Les éléments de la synthèse fasciste ne sont pas présents en Russie au XIXème siècle, et encore moins dans les propos sur l'excellence orthodoxe que vous citez. Si vous voulez absolument définir péjorativement Dos., qualifiez-le de slavophile, idéologie récurrente en Russie depuis Pierre le Grand qui consiste à allier sentiment national russe et orthodoxie. Par opposition au courant occidentaliste.
Vous vous enfoncez dans une justification puérile, je vous assure que plus vous essayez de vous justifier, plus vous vous empêtrez. Vous voilà avec les dinosaures maintenant ! Mais jusqu'où s'arrêtera-t-il ? Vous n'êtes pas prêt de me convaincre avec vos raccourcis idéologiques, vos sophismes et syllogismes, et vos extrapolations hors du contexte de l'époque. Le tout pour me faire dire quelque chose que je n'ai pas dit, et jouer sur les mots, et sur la définition élargie de fascisme. 
Une bonne fois pour toute, j'ai qualifié Ygal Amir de fasciste parce qu'il est un extrémiste identitaire luttant pour un projet ultranationaliste. Trois mots importants : Dostoïevski n'est pas un extrémiste, il n'a jamais lutté pour mettre en pratique ses idées slavophiles ; il ne défendait aucun projet. Vous n'avez pas répondu à ma question commentaire 11, d'ailleurs, à dessein, sans doute...
J'attends que vous me citiez des historiens ou des spécialistes du fascisme qui ont parlé de Dos. en ces termes... j'attends que vous me citiez les ouvrages de Dos. où il fait montre d'un programme, d'un projet politique fasciste... J'attends  que vous me prouviez que Dos. à lutté concrètement, politiquement, pour mettre en pratique ce projet... Ces trois points, je peux le faire aisément avec le fasciste israélien Ygal Amir. Et vous ? j'attends vos références.Sinon, vous continuerez à brasser du vent et à vous amuser à divaguer sur la définition du fascisme...

Marcoroz 01/08/2008 15:26

Mozart a donc utilisé quelque chose qui n'existait pas.Et Ravaillac a anticipé quelque chose avec plus de 3 siècles d'avance: quel visionnaire !

Marcoroz 01/08/2008 14:52

Peu importe que le "fascisme" ait été inventé en 1919, si vous considérez qu'on peut utiliser ce terme en dehors du contexte de l'Italie de cette époque.Amir s'est-il réclamé de Mussolini, du mouvement fasciste ou d'un parti fasciste ?S'il est un fasciste simplement parce qu'en tirant sur un dirigeant politique, il lutte, transforme et assassine, alors Gavrilo Princip était aussi un fasciste, et Ravaillac également. Peu importe que le concept n'ait pas encore été défini à ce moment-là.Qu'est-ce qui a existé en premier, les dinosaures, ou le concept de dinosaure ?A l'époque de Mozart, personne ne parlait encore de "forme sonate". Pourtant c'est bien selon ce schéma très précis, défini (et nommé) seulement quelques décennies plus tard, que Mozart a composé ses sonates et ses symphonies.

Anomalie 01/08/2008 12:32


Qui est-ce qui appelle "wahabbite" John Hagee ? Vous vous plaisez à faire ce genre de "petites provocations" mais vous n'aimez pas celles que font les autres? Si Hagee peut être wahabbite, alors Dosto peut bien être fasciste. 
Quels sophismes permanents ! Vous mélangez tout !
Hagee wahhabite, c'était un bon mot pour représenter la proximité avec les théoriciens islamistes, dans leprojet. Comme un islamiste inversé, Hagee prône le strict respect de son texte sacré dans les affaires publiques. Comparaison de réalités contemporaines ; alors que Dostoïevski fasciste, c'est un anachronisme, et surtout une telle imbécillité conceptuelle : comment Dostoïevski peut-il être le représentant de quelque chose qui n'existe pas ? Aporie logique. 
Dostoïevski n'a pas de PROJET POLITIQUE il est le scribe de son temps, et l'enfant de son temps, il ne transforme pas la réalité qui l'entoure, il l'a dépeint, il l'explicite, il y projette SES fantasmes, ses peurs, ses croyances, son mysticisme crépusculaire à la fin de sa vie. Ygal Amir est un fasciste : il LUTTE, il TRANSFORME, il ASSASSINE. J'aurais mieux fait de m'abstenir en donnant ma définition "large" du fascisme : je savais que n'importe quel sophiste pouvait la détourner pour jouer au plus malin et raconter d'atterrantes sottises ! Ma définition part de celle d'un mouvement politique et idéologique né en 1919 ! 60 ans après Dostoïevski ! 
On appelle ce que vous faites des sophismes, raisonnements qui ont l'apparence d'un raisonnement logique mais qui ne le sont pas ! Un chat a quatre pattes, or mon chien a quatre pattes, donc mon chien est un chat ! Dostoïevski a écrit sur la grandeur russe et le mysticisme ; or le fascisme c'est aussi la grandeur et le mysticisme ; donc Dostoïevski est fasciste !Et tant pis si Dos. n'est pas un théoricien ; et tant pis si AUCUN historien, AUCUN, tans pis si AUCUN spécialiste du fascisme, AUCUN, n'a JAMAIS cité Dos. comme un précurseur du fascisme ! Vous devriez écrire une thèse à ce sujet, vous êtes seul sur le créneau !
Ah ! Et vous parlez de Gobineau... Vous frisez encore la fessée : Gobineau est un THÉORICIEN, un IDÉOLOGUE, qui a théorisé une forme d'antisémitisme racialiste. Son livre est un PROJET. Quel livre de Dostoïevski est un PROJET ? Hum ? Un projet qui ait pu être une quelconque anticipation du fascisme ? Hum ?
 

Marcoroz 01/08/2008 10:51

Le mot "fascisme" n'existait pas encore au temps de Dostoïevski, et alors ?Si on avait dit à Beethoven que la musique qu'il composait était "classique", quelle tête aurait-il fait, à votre avis ?Il faudrait savoir si ce mot doit désigner un mouvement italien apparu dans les années 1920, ou bien un ensemble d'éléments moins daté, transposable un peu partout.La complainte de l'homme russe slavophile: comme c'est délicat. Ce que Besançon évoque ici, c'est bien un projet, même si ce projet est simplement dans la tête de l'écrivain (mais apparemment il l'a exprimé). Qu'importe que celui qui conçoit ou caresse un projet le réalise ou non. Et Gobineau, c'est la complainte de l'homme occidental germanophile ?Ygal Amir a-t-il prôné quelque part la nécessité de créer un Etat totalitaire ?Qui est-ce qui appelle "wahabbite" John Hagee ? Vous vous plaisez à faire ce genre de "petites provocations" mais vous n'aimez pas celles que font les autres? Si Hagee peut être wahabbite, alors Dosto peut bien être fasciste.